Politique

RDC : guerre de succession à l’UDPS entre Jean-Marc Kabund et Jacquemain Shabani

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Lorsque Félix Tshisekedi est devenu président de la RDC, il a lâché la direction de l’UDPS, qu'avait créé son père. Depuis, c'est une véritable guerre pour le leadership qui se joue entre Jean-Marc Kabund, président par interim, et Jacquemain Shabani, qui mène la fronde et réclame un congrès du parti.

Depuis que Félix Tshisekedi est chef de l’État, une querelle de leadership divise chaque jour un peu plus l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Tout a commencé le 22 janvier quand, la Constitution lui interdisant de cumuler ses fonctions avec celles de dirigeant de parti, il a nommé Jean-Marc Kabund-a-Kabund à la présidence par intérim de cette formation.

Certes, Kabund y jouit d’une légitimité « historique », puisque feu Étienne Tshisekedi, alias le Sphinx de Limete, l’avait nommé secrétaire général en 2016. Mais aujourd’hui, plusieurs caciques n’acceptent pas qu’il ait pris du galon, et se placent sur le terrain juridique. Le meneur des contestataires n’est autre que Jacquemain Shabani, une figure de l’UDPS qui fut également son secrétaire général en 2011-2012.

Autonomie de l’UDPS

Lui et ses amis brandissent les statuts du parti, en particulier l’article 26, qui stipule qu’en cas « d’empêchement définitif » de son président, un « directoire » est tenu d’organiser un congrès dans un délai de trente jours. L’« empêchement » de Félix Tshisekedi est bel et bien définitif, arguent-ils, puisque son mandat à la tête de l’UDPS aurait de toute manière expiré avant la fin de son mandat de chef de l’État.

Félix Tshisekedi a décidé de placer son mandat sous le signe de l’État de droit

D’après les statuts, donc, cette direction collégiale serait composée de Shabani lui-même, en sa qualité de président de la Commission électorale permanente ; de Victor Wakwenda, président de la Convention démocratique du parti et ancien directeur de cabinet d’Étienne Tshisekedi ; enfin, du secrétaire général, qui, selon Shabani et ses proches, est toujours… Jean-Marc Kabund.

« Félix Tshisekedi a décidé de placer son mandat sous le signe de l’État de droit. On ne comprendrait pas que les statuts de son propre parti ne soient pas respectés », plaide Albert Moleka, qui fut l’un des directeurs de cabinet d’Étienne Tshisekedi, et est aujourd’hui en froid avec le fils.

Ce ne serait pourtant pas la première fois que les cadres de l’UDPS prendraient quelques libertés avec les textes. Après le décès du Sphinx de Limete, le 1er février 2017, il avait par exemple fallu attendre plus d’un an avant qu’un congrès soit organisé. Mais la question est sans doute et avant tout politique. Le principal enjeu n’est-il pas le degré d’autonomie dont disposera l’UDPS vis-à-vis du nouvel exécutif ?


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De fait, Kabund s’est très vite retrouvé au cœur de toutes les tractations politiques. C’est lui qui négocie pour le compte de l’UDPS les modalités de fonctionnement de la coalition gouvernementale que Félix Tshisekedi a dû former avec le Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme de Joseph Kabila, majoritaire au Parlement. Élu de surcroît en avril premier vice-président de l’Assemblée nationale, il est une courroie de transmission idéale.

Dans la mouvance Shabani, on estime au contraire qu’il serait « plus sain » que l’UDPS soit animé par des personnalités qui ne participent pas directement au pouvoir. Mais Tshisekedi prendra-t-il le risque que le parti lui échappe ? Les contestataires continuent d’espérer qu’il tranchera la dispute. Jacquemain Shabani va jusqu’à affirmer qu’il s’est déjà prononcé « verbalement » et à plusieurs reprises en faveur d’une direction collégiale. La balle est plus que jamais dans le camp du chef de l’État.

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