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Politique

Togo – André Johnson (UFC) : « Nous ne sommes plus dans la contestation systématique »

André JOHNSON (Togo), vice président (UFC) de l’Assemblée nationale

André JOHNSON (Togo), vice président (UFC) de l’Assemblée nationale © Piment pour JA

Vice-président de l’Assemblée nationale, André Johnson explique pourquoi l’Union des forces de changement (UFC), son parti, a choisi de voter en faveur de la réforme constitutionnelle portée par Faure Gnassingbé.

Doyen de la Chambre basse, dont il a été élu vice-président fin janvier, André Johnson, 70 ans, est un proche de Gilchrist Olympio, le leader de l’Union des forces de changement (UFC). Opposé à l’accord de gouvernement passé entre ce dernier et Faure Gnassingbé en 2010, l’ancien professeur a un temps quitté l’UFC avec d’autres cadres, dont Jean-Pierre Fabre, pour former l’Alliance nationale pour le changement (ANC). Avant de revenir sur sa décision et d’être nommé ministre de l’Environnement en 2013, poste qu’il occupera jusqu’en janvier 2019.

Jeune Afrique : Le 8 mai, l’Assemblée nationale a adopté le projet de réformes constitutionnelles et institutionnelles. Pourquoi l’UFC a-t-elle voté pour ?

André Johnson : En toute responsabilité, le groupe parlementaire UFC a voté pour les modifications de la Constitution, qui portent sur 29 articles. Les plus significatifs sont l’article 59 [qui limite le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois], l’article 60 [selon lequel l’élection du chef de l’État a lieu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours] et l’article 75 [qui détermine le statut des anciens présidents].

Nous sommes entrés dans un nouveau processus en vue d’élire des conseillers communaux et territoriaux et beaucoup de partis annoncent leur participation

La coalition C14 déplore que la réforme ne tienne pas compte des mandats précédents ni de celui en cours. Que lui répondez-vous ?

Que la loi revêt toujours un caractère général, impersonnel et permanent : « Elle ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a point d’effet rétroactif », dit-on. Par ailleurs, ceux qui critiquent n’avaient qu’à participer aux législatives et être présents au Parlement pour s’opposer et apporter leurs contributions.

Comment le climat politique a-t-il évolué depuis les législatives de décembre 2018 ?

Il s’est apaisé. Nos concitoyens ont désigné des représentants au Parlement. Tous nos partenaires de développement et la communauté internationale ont reconnu que ce scrutin avait été libre et démocratique. Désormais, nous sommes entrés dans un nouveau processus en vue d’élire des conseillers communaux et territoriaux. Beaucoup de partis annoncent leur participation, la situation est donc normale.


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L’UFC est devenue le premier parti de l’opposition parlementaire – avec 7 députés sur 91 élus, dont 59 de l’Unir [Union pour la République], 7 issus d’autres partis et 18 indépendants. Quels objectifs s’est-elle fixés ?

Cette position de chef de file nous oblige à jouer un rôle de contre-pouvoir. Aussi prenons-nous des initiatives pour promouvoir le dialogue entre partis. Nous faisons des démarches pour que les formations parlementaires soient dotées de moyens suffisants pour suivre l’action gouvernementale et émettre des critiques constructives.

La C14, qui a boycotté les législatives, considère que l’UFC n’est plus dans l’opposition, puisque ses membres participent au gouvernement. Comment vous situez-vous ?

L’UFC est un parti d’opposition. Son positionnement à l’Assemblée est conforme aux dispositions de la loi relative au statut juridique de l’opposition parlementaire. Elle l’est aussi politiquement, car son projet diffère de celui de l’Unir. Notre ambition est d’accéder au pouvoir pour mettre en œuvre notre projet. Nous sommes une force de proposition, nous ne sommes plus dans la contestation systématique.

Nous avons choisi la négociation coopérative, pour obtenir l’alternance pacifiquement

C’est loin de convaincre la C14…

L’UFC ne s’est pas toujours alignée sur les votes du parti au pouvoir. Parfois, son vote a été solidaire avec celui d’autres partis de l’opposition qui constituent aujourd’hui le noyau de la coalition. Et c’est au regard de notre histoire, de nos expériences de lutte et du contexte politique actuel que nous avons choisi la négociation coopérative, pour obtenir l’alternance pacifiquement.

La politique ce n’est ni la guerre, ni l’invective, ni les attitudes comminatoires. Notre engagement est fondé sur des convictions et sur une volonté de changement dans la paix et la tolérance, ce qui suppose de parler et de discuter, voire de convaincre ceux qui sont différents de nous.

Et de ne plus dire non ?

L’opposition ne se réduit pas « au pouvoir de dire non ». Bien au contraire. Dans nos États profondément divisés, la situation d’opposant doit être source de régénérescence. Une négociation coopérative requiert une confiance mutuelle, du savoir-vivre, la capacité de créer un esprit de groupe et de susciter le respect.

Pensez-vous, comme Gilchrist Olympio, que « le combat politique ne doit plus s’exprimer dans la rue » ?

Tout à fait. Le combat politique qui ne s’exprime que dans la rue polarise le débat. Dans le contexte actuel, seule une approche négociée peut permettre l’alternance.

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