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Cet article est issu du dossier «Changement d’horizon au Togo»

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Politique économique

[Tribune] Accord post-Cotonou : les défis relevés par l’UE et le groupe ACP

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Ministre togolais des Affaires étrangères, négociateur en chef du groupe ACP pour l'accord post-Cotonou

Lors du sommet UA-UE à Abdijan, le 29 novembre 2017.

Lors du sommet UA-UE à Abdijan, le 29 novembre 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Pour le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, plusieurs défis ont été relevés depuis les négociations en vue d'un nouvel accord de partenariat entre l'Union européenne et le groupe des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

Les négociations en vue du renouvellement du partenariat entre le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique [ACP], et l’Union européenne [UE], à l’expiration de l’accord de Cotonou, en 2020, ont commencé le 28 septembre 2018, en marge de la 73e Assemblée générale des Nations unies à New York. Depuis, plusieurs sauts qualitatifs ont déjà été réalisés.

Premier défi relevé : un consensus sur le format du futur accord de partenariat a été trouvé. Il aura un socle commun et trois piliers régionaux. Le premier, applicable à tous les membres, comprend aussi bien les valeurs et principes fondateurs de la coopération que les domaines stratégiques à enjeux prioritaires et interdépendants pour l’UE et le groupe ACP. Les trois piliers régionaux, définis en fonction des entités continentales composant ce dernier, refléteront quant à eux les spécificités et besoins propres à chaque région.

Négociations

Le premier cycle des négociations a pris fin le 14 décembre 2018, et la rédaction du texte du futur accord est en cours. Les deux parties ont clôturé le deuxième cycle de négociations le 4 avril dernier, à N’Djamena [Tchad], lors de la troisième réunion des négociateurs en chef [le Croate Neven Mimica, pour l’UE, et l’auteur de cette tribune, pour le groupe ACP].

Elle a offert l’occasion de revenir sur les priorités stratégiques du prochain accord, de passer en revue les progrès réalisés et de lancer le troisième cycle des négociations, portant essentiellement sur les piliers régionaux. Enfin, une série de consultations régionales a été organisée – UE-Pacifique, à la fin de février, aux Samoa ; UE-Afrique, le 3 mai, en Eswatini ; et UE-Caraïbes, le 14 mai, en Jamaïque –, à partir desquelles les négociations vont s’accélérer.

Les priorités stratégiques du prochain accord sont l’édification de sociétés pacifiques et stables, centrées sur l’être humain et fondées sur le respect des droits de l’homme, la paix et la sécurité

Les attentes de l’ACP en matière de modernisation de son partenariat avec l’UE sont immenses, l’accord post-Cotonou ayant pour principal objectif le développement humain et économique durable de ses membres. Le droit de nos populations et de nos pays au développement est le régulateur idéal des négociations en cours. Dans cette dynamique, les priorités stratégiques du prochain accord sont l’édification de sociétés pacifiques et stables, centrées sur l’être humain et fondées sur le respect des droits de l’homme, la paix et la sécurité ; le développement humain et social ; le développement et la croissance économique inclusifs et durables ; la durabilité environnementale et la prise en compte du changement climatique ; la migration et la mobilité. Cet accord, que nous voulons plus fécond, plus équitable et plus responsable, devra contribuer à hâter le développement des pays ACP.


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Ses membres se sont organisés selon une logique régionale pour répondre à un impératif d’efficacité. L’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique ont chacun une forte expérience en matière de planification du développement régional et d’intégration économique. La première dispose depuis 2015 d’un agenda de développement, et une Zone de libre-échange continentale (Zlec) est en cours de création.

Trois protocoles régionaux

La région des Caraïbes, elle, s’appuie sur un plan stratégique communautaire et un marché unique. Quant à l’excellent travail des îles du Forum du Pacifique sur les questions environnementales à l’échelle régionale, dans les domaines de la pêche, des télécommunications ou encore de l’énergie, il est connu des pays ACP.

Les négociations conduiront à un accord inédit, dont le défi sera de contribuer qualitativement au développement de ses pays membres

Dans la droite ligne de leurs actions domestiques, l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique sont appelés à négocier directement leurs protocoles régionaux respectifs avec l’UE, à la lumière de leurs ambitions de développement. Et, à terme, nous aurons un accord avec un socle commun et trois protocoles régionaux [UE-Afrique, UE-Caraïbes et UE-Pacifique].

En responsabilisant ainsi les régions, le groupe ACP a la conviction que celles-ci feront un travail de fond efficace. Du reste, les négociations conduiront à un accord inédit, dont le défi sera de contribuer qualitativement au développement de ses pays membres.

Nous avons le devoir d’avancer ensemble, car le manque de développement des uns, où qu’il soit, menace les progrès des autres. « Le monde est monde commun », écrivait Martin Heidegger dans Être et Temps, et son développement est une responsabilité commune.

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