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Cet article est issu du dossier «Changement d’horizon au Togo»

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Économie

Togo : un redressement économique bien engagé

Le port de la capitale togolaise, dans lequel d’importants investissements ont été consentis. © Jacques TORREGANO pour JA

Grâce à une croissance soutenue et à l’implication grandissante du secteur privé, le Togo semble enfin en mesure de se redresser.

« Au début des années 2000, quand je venais à Lomé en mission, je n’osais pas sortir de l’hôtel à cause de l’état défectueux des routes et surtout de l’insalubrité des ruelles. Aujourd’hui, j’y ai accepté un poste car la ville a radicalement changé de physionomie. »

Cette confidence d’un dirigeant de l’un des nombreux groupes financiers établis dans la capitale est significative de l’évolution récente du pays. « Vu d’où vient le Togo, ses performances économiques sont un succès. C’est un pays en mouvement. Le défi est désormais de rester dans cette dynamique », décrypte sous le couvert de l’anonymat une source diplomatique.

Stabilité économique

L’économie togolaise confirme donc sa bonne tenue du moment. Après avoir pâti des tensions politiques en 2017, elle a retrouvé des couleurs dans le sillage de la mise en œuvre du Plan national de développement (PND), conçu pour s’étaler sur la période 2018-2022. Le FMI table sur une croissance autour de 5 % cette année, sensiblement égale aux 4,9 % engrangés en 2018.

Pour 2020, ses experts prévoient un taux de 5,3 %, et de 5,4 % l’année suivante. La croissance, freinée par le ralentissement des investissements publics et, surtout, la crise politique, semble donc devoir retrouver toute sa vitalité.

Le déficit du Togo s’est transformé en excédent, passant de – 4,5 % en 2016 à + 2,5 % en 2018

Depuis la signature de l’accord avec le FMI, en 2017, portant sur un programme de prêts de 238 millions de dollars (plus de 223 millions d’euros) remboursables en dix ans, le pays s’est engagé dans un « tunnel de stabilité macroéconomique », pour reprendre l’expression d’un économiste international, et plusieurs indicateurs s’en sont trouvés améliorés. Les finances publiques ont pu être assainies, et l’inflation contenue à moins de 2 %.

Le Togo a ainsi engrangé des points, notamment sur la gestion de sa dette. Le déficit s’est même transformé en excédent, passant de – 4,5 % en 2016 à + 2,5 % en 2018. Dans le même temps, les efforts consentis ces derniers temps par l’exécutif ont permis de ramener le seuil de la dette totale, incluant les sociétés d’État, de 81 % à 74 % du PIB l’an dernier. Pour 2019, il devrait se situer au-dessous des 69 %. Et afin de créer davantage d’espace budgétaire, la dette extérieure sera profilée avec un taux de maturité compris entre 4 % et 5 %. Des progrès qui motivent Lomé à poursuivre dans cette voie.

Mais si « les réformes sur le budget et la fiscalité avancent », selon le FMI, il reste en revanche à régler l’épineuse question de la réforme foncière et, surtout, celle de la sécurité juridique, attendue par l’ensemble du secteur privé.

Inclusion sociale

Dans la foulée du lancement du PND, dont le coût est estimé à 4 622 milliards de F CFA (7 milliards d’euros), apportés aux deux tiers par le secteur privé, Lomé table sur 6,2 % de croissance de son PIB dès cette année. « À l’arrivée du chef de l’État au pouvoir, en 2005, il fallait rattraper le retard dans les infrastructures.

Avec beaucoup d’audace et l’engagement des partenaires locaux, il a conduit cette phase de reconstruction grâce à des investissements massifs dans les infrastructures situées à Lomé, à commencer par le port », glisse un proche du président.

Si les investissements dans les routes, ainsi que la construction d’un troisième quai portuaire – le tout pour un montant supérieur à 510 millions de dollars –, ont permis de doper la croissance, Lomé prend désormais un nouveau cap : la transformation structurelle de l’économie nationale. Entré dans sa phase de mise en œuvre, le PND doit, selon les experts, obtenir ses premiers résultats tangibles dès cette année. Mais Faure Gnassingbé ne cesse de le répéter : « La croissance doit toucher le plus grand nombre. »


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Fort de ses réussites économiques actuelles, le Togo veut donc mettre l’accent sur l’inclusion sociale. Il doit pour cela favoriser la création d’emplois à travers les nombreux projets en train de voir le jour à travers le pays. C’est le cas du parc industriel d’Adétikopé, situé à une dizaine de kilomètres du port de Lomé et qui doit contribuer à faire du Togo un corridor logistique pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Les études sont en cours, avec le soutien d’Afreximbank, qui aide également à rechercher les partenaires financiers et techniques nécessaires à la réalisation de ce parc, dont le coût est estimé à 100 millions de dollars. Il sera doté d’un régime fiscal spécial ainsi que de facilités administratives et concentrera sur ses 80 ha plusieurs activités, dans l’agro-industrie, le secteur pharmaceutique ou encore le montage de panneaux solaires. « Une dizaine d’entreprises ont déjà manifesté leur intérêt », confirme le conseiller à la présidence Kanka-Malik Natchaba. Avec, à la clé, plusieurs centaines d’emplois créés. En attendant mieux.

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