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Cet article est issu du dossier «Changement d’horizon au Togo»

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Politique économique

Togo – Sani Yaya : « Tout est fait pour instaurer un climat de confiance »

Sani Yaya, ministre togolais de l’Économie et des Finances. © Piment

Sani Yaya, le ministre togolais de l’Économie et des Finances, explique comment le gouvernement est parvenu à assainir les finances du pays et revient sur les enjeux du Plan national de développement (PND) 2018-2022.

Après une carrière de cadre supérieur dans la banque, notamment à la BCEAO et au sein des groupes Ecobank et NSIA, Sani Yaya a pris en charge le portefeuille du Budget en 2015, avant de diriger, un an plus tard, le ministère de l’Économie et des Finances.

À 56 ans, cet homme clé pour la mise en œuvre du Plan national de développement (PND) 2018-2022 explique comment le gouvernement est parvenu à assainir les finances et pourquoi il croit fermement à la réussite du projet.

Jeune Afrique : Quels sont les objectifs du PND et comment s’articulent-il ?

Sani Yaya : La vision du chef de l’État consiste à transformer le pays en le dotant d’une économie forte, résiliente et inclusive. L’ambition est de parvenir à un taux de croissance de 7,6 % à l’horizon 2022. Le premier axe du PND consiste à bâtir un pôle logistique et un centre d’affaires pour positionner le Togo comme « la » porte d’entrée des investisseurs dans la sous-région. Le deuxième axe vise à développer l’agriculture, qui contribue déjà à près d’un tiers du PIB.

Le coût global du PND est estimé à 4 622 milliards de F CFA, dont deux tiers seront portés par le secteur privé, et le dernier, par l’État

Cela va se produire à travers les agropoles que nous allons développer. Et nous allons également insuffler plus de dynamisme aux industries manufacturières et extractives. Enfin, le troisième axe doit améliorer le développement social et renforcer les mécanismes d’inclusion. Le coût global du PND est estimé à 4 622 milliards de F CFA [plus de 7 milliards d’euros], dont deux tiers seront portés par le secteur privé, et le dernier, par l’État.

Comment susciter l’adhésion du privé ?

Un cadre de concertation avec le secteur privé, présidé par le Premier ministre, a été mis en place afin de favoriser une meilleure interaction. Par ailleurs, nous travaillons à améliorer le climat des affaires. De nombreuses réformes ont été entreprises, grâce auxquelles nous avons gagné 19 points dans le classement « Doing Business » 2019 [le pays occupe le 137e rang sur 190 pays, alors qu’il était 156e en 2018]. Tout cela est destiné à rendre le pays encore plus attractif, sachant que le port de Lomé a vocation à être l’un des principaux accès à la sous-région, de même que son aéroport.


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Tout est fait pour instaurer un climat de confiance. L’État s’attache à installer le cadre approprié, et le secteur privé doit donner de l’élan à la croissance, la tirer vers le haut. Désormais, c’est aux investisseurs privés de jouer. Mais pas seuls, nous serons là pour les accompagner.

Notre plus grand atout, c’est la paix, la sécurité et la stabilité. En outre, nous adhérons à des organismes qui donnent des garanties aux investissements ; cela contribue à rendre notre pays plus attractif. Nous venons ainsi de discuter en commission de notre adhésion à l’Agence pour l’assurance du commerce en Afrique [ACA].

Selon les projections, notre déficit budgétaire global devrait être abaissé à 1 % en 2019

Peut-on considérer que les finances publiques sont assainies, et de façon durable ?

Absolument. Nous sommes sortis de la période, qui a duré quinze ans, pendant laquelle nos partenaires de développement avaient coupé les liens de la coopération et où nous devions recourir à l’emprunt auprès de banques commerciales locales pour financer les infrastructures.

Aujourd’hui, notre cadre macroéconomique est assaini et tous les indicateurs sont au vert. Nous maîtrisons bien notre budget. Depuis 2017, le solde est largement au-dessous des 3 % de déficit, la norme exigée par l’Uemoa, que nous sommes l’un des rares pays à respecter. Mieux, selon les projections, notre déficit budgétaire global devrait être abaissé à 1 % en 2019. L’inflation est contrôlée. Quant au déficit extérieur, nous travaillons à contenir la balance des paiements.

À la fin du mois de mars, notre dette s’élevait à 70,3 % du PIB, ce qui n’est pas loin de la norme de l’Uemoa, fixée à 70 %

Dans le cadre de l’assainissement, nous avons aussi restructuré notre dette. La dette bancaire est d’une maturité courte, avec des taux commerciaux élevés. Nous avons convenu avec le FMI d’effectuer une levée de fonds, dans le cadre d’une syndication privée, à hauteur de 500 millions d’euros [pour limiter le risque de change]. Cette dette extérieure va nous permettre de modifier le profil de notre endettement et de dégager des marges budgétaires qui pourront financer les actions du PND et les mesures sociales qui tiennent à cœur au président.

En effet, la maturité étant plus longue et le taux d’intérêt plus faible, les remboursements vont diminuer, laissant donc de la marge dans le budget pour financer les projets de développement. Pour cette opération, nous sommes conseillés par le groupe Lazard. Nous allons prochainement nous rendre à Londres pour rencontrer des investisseurs privés, parce que ça ne sera pas un bond [une émission sur les marchés internationaux], mais une syndication privée.

Le niveau de la dette est-il encore inquiétant ?

À la fin du mois de mars, notre dette s’élevait à 70,3 % du PIB, ce qui n’est pas loin de la norme de l’Uemoa, fixée à 70 %. Nous avons soldé toute la dette intérieure commerciale, de près de 150 milliards de F CFA [environ 230 millions d’euros], et sommes satisfaits de pouvoir dire aujourd’hui qu’aucune entreprise ne traîne d’arriérés de l’exercice 2018. Jusqu’à fin février, nous n’avions pas d’impayés. En avril, nous avons commencé à payer les instances de mars – que nous avons réglées, m’a confirmé le directeur général du Trésor.


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Pourquoi le paiement de la dette intérieure est-il prioritaire ?

Il est mauvais que les entreprises prestataires de l’État doivent attendre des années pour être payées : le compteur des banques continue de tourner. Les intérêts ne sont pas arrêtés – ils sont même déclassés en créances douteuses, ce qui a des implications néfastes sur l’activité économique. Alors pourquoi ne pas structurer des levées de fonds auprès de ces mêmes établissements pour payer cette dette intérieure ? Les banques ont applaudi, puisque cela leur permettait d’assainir leur portefeuille en faisant rembourser les crédits en instance. Cela a aussi libéré le secteur privé.

Les bailleurs de fonds vous soutiennent-ils ?

Oui, c’est notre premier atout. Nous avons effectué trois revues concluantes avec le FMI. Les agences de notation ont analysé notre situation, et nous avons obtenu une note encourageante [BBB–] de la part de Bloomfield. Nous nous sommes aussi engagés dans un processus de notation avec les trois grandes agences internationales, dont Standard & Poor’s, qui a déjà envoyé son rapport. Tout est transparent. Au-delà des évaluations du FMI, les revues et rapports sont rendus publics dès leur signature. Le chef de l’État a décidé de jouer la transparence.

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