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Cet article est issu du dossier «Changement d’horizon au Togo»

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Vie des partis

Togo : la coalition de l’opposition bientôt hors-jeu ?

Jean-Pierre Fabre (en orange), président de l’Alliance nationale pour le changement. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

Absente du Parlement pour avoir boycotté les législatives togolaises, la coalition C14 se retrouve en bien mauvaise posture dans la perspective des locales de juin.

L’opposition n’a pas le moral. Elle avait parié sur le boycott des législatives du 20 décembre 2018 pour mettre le pouvoir dos au mur. Mais cela n’a pas marché, et le scrutin s’est tenu sans la coalition C14, ce regroupement de mouvances politiques articulé autour des deux formations les plus importantes de l’opposition dite radicale, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), de Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition lors de la précédente législature, et le Parti national panafricain (PNP), de l’opposant en exil Tikpi Atchadam.

Sans surprise, l’Union pour la République (Unir), du président Faure Gnassingbé, a obtenu 59 des 91 sièges de la Chambre basse. Les observateurs de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont salué la bonne tenue du scrutin. L’opposition a eu beau dénoncer des « fraudes », elle a assisté, impuissante, à la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale.

Réformes de limitation de mandat

Sortie du jeu institutionnel, la voilà réduite à regarder passer les trains. En effet, sitôt mise en place, la Chambre n’a pas tardé à engager les réformes constitutionnelles dont la teneur avait jusqu’ici divisé le pays. L’accord politique global de 2006 prévoyait de revenir à un scrutin à deux tours pour l’élection présidentielle et à la limitation du mandat du chef de l’État à cinq ans, renouvelable une fois.

L’opposition exigeait que la nouvelle disposition s’applique de manière rétro­active à Faure Gnassingbé, empêchant de ce fait une nouvelle candidature du président sortant en 2020. Hors de question pour le pouvoir, qui excluait toute rétroactivité. Avec ses 62 députés, faute de majorité aux quatre cinquièmes des sièges, ce dernier n’avait jamais pu faire voter la modification bloquée par Fabre et ses amis.


>>> À LIRE – Togo : minée par des querelles, la coalition de l’opposition s’effrite


Mais en s’étant eux-mêmes exclus du Parlement, les opposants ont permis à l’Unir, soutenue par son alliée, l’Union des forces du changement (UFC), qui compte désormais six députés, d’emporter ce long bras de fer – faute d’adversaire. Le 8 mai, la réforme a été votée, autorisant donc le président à se représenter en 2020 et en 2025.

Saisi par d’anciens membres de la C14 en rupture avec la stratégie du boycott, le chef de l’État a accédé à leur requête de rouvrir les inscriptions sur les listes électorales. S’ils ne l’avaient pas fait, ils n’auraient été ni électeurs ni éligibles, et se seraient donc exclus des élections locales prévues à la fin de juin.

Affaire des 30 millions

Comme on pouvait s’y attendre, cette manœuvre menace désormais l’existence de la coalition, plusieurs partis ayant « suspendu » leur participation. Pis, les leaders de la C14 sont empêtrés dans l’affaire dite des 30 millions.

Soupçonnés de corruption par leurs partisans, ils ont nié. Puis ils ont reconnu avoir perçu un don en argent, remis par un chef d’État d’Afrique de l’Ouest. « On a essayé de me salir », se plaint Jean-Pierre Fabre, visiblement marqué par cet épisode.

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