Gastronomie

Madagascar : la Compagnie du miel séduit apiculteurs locaux comme restaurateurs parisiens

mielmada ©

En produisant des miels aux saveurs de Madagascar, la start-up Compagnie du miel entend développer un modèle économique et social généreux.

« Ses notes florales parfumées rappellent à s’y méprendre le fruit du litchi, mais aussi la douceur de la rose. Le miel de litchi est puissant et généreux, à l’image de cet arbre qui pousse dans la région d’Anôsy. » Pas faux. Une cuillerée, et vous voilà transporté dans le sud-est de Madagascar, où l’abeille noire, Apis mellifera unicolor, espèce endémique, a travaillé pour vous.

Grâce à la Compagnie du miel, jeune entreprise sociale et écoresponsable, il est possible de goûter à des miels aux saveurs tout à fait inhabituelles en Occident : jujube, eucalyptus, niaouli, palissandre et même mangrove ! À l’origine de cette start-up lancée en 2018, quatre fondateurs habités par leur projet : Gaël Hankenne, Olivier Carbon, Haingo Rakotobe et Thibaut Lugagne Delpon.

Installé en France, où il s’occupe plus particulièrement des ventes, ce dernier raconte avec enthousiasme sa découverte de Madagascar, où, pendant quatre ans (2013-2017), il a travaillé pour l’enseigne française de grande distribution Casino et ouvert « 25 magasins de proximité en dix-huit mois ». Peut-être que, pour ce jeune homme issu d’une école de commerce, la vie d’expatrié salarié d’une grande entreprise manquait d’humanité.

Madagascar a toujours été un producteur de miel important

Quatre récoltes par an

« J’avais un bon salaire, un bon contrat, mais je voulais monter ma boîte, se souvient-il. J’ai rencontré un apiculteur qui m’a fait découvrir des saveurs extra­ordinaires. Madagascar a toujours été un producteur de miel important : à la fin de la colonisation, quelque 30 000 tonnes étaient récoltées chaque année, soit la production de la France il y a quinze ans. »

Depuis, les abeilles ont, dans de nombreuses régions du monde, souffert des pesticides – les néonicotinoïdes –, abondamment utilisés dans l’agriculture. Plutôt épargnée en la matière, Madagascar offre aux quatre fondateurs de la Compagnie du miel un terrain d’action idéal pour produire des miels monofloraux de qualité. Ce d’autant que le climat permet quatre récoltes par an, en l’absence de transhumance des abeilles.

Capital humain

Le modèle entrepreneurial choisi se veut progressiste : « Nous sommes convaincus que l’entreprise est un formidable levier de développement écologique et social si elle s’appuie sur la création de valeur, le capital humain et le respect de la nature, écrivent-ils. La performance économique est prioritaire, mais doit être mesurée et sainement redistribuée, sans assistanat. »

L’idée ? Contractualiser quelques apiculteurs et, s’ils respectent un cahier des charges rigoureux, leur acheter leur production à un prix légèrement supérieur à celui du marché malgache pour le revendre à des restaurateurs européens et à des épiceries fines. « Il s’agit de produire du haut de gamme, qui peut être une vraie locomotive pour le social, explique Lugagne Delpon. Nous ne faisons ni du marketing de masse équitable, avec la photo du petit apiculteur malgache sur le pot, ni de l’ultraluxe… »

Un apiculteur possédant vingt ruches peut vivre avec 2 dollars (1,78 euro) par jour, au-dessus du seuil de pauvreté

Selon lui, un apiculteur possédant vingt ruches peut vivre avec 2 dollars (1,78 euro) par jour, au-dessus du seuil de pauvreté. Et s’il dépasse la barre des 100 ruches il entre dans la classe moyenne.

Miellerie de Madagascar

Avec 60 000 euros de fonds propres investis au départ, la Compagnie travaille aujourd’hui avec une dizaine d’apiculteurs pour une première production de 9 tonnes. Son développement passe par l’équipement en ruches (environ 40 euros pièce) de 80 producteurs dans la région de Diana, où l’abeille noire livrera un miel de mangrove, « alliance parfaite entre des saveurs végétales et boisées ».

Ils font traiter leur production à la miellerie de Madagascar, la conditionnent en France et l’écoulent dans des restaurants parisiens

Pour ce faire, les jeunes patrons entendent investir quelque 500 000 euros sur trois ans, récoltés en partie grâce à une campagne de financement participatif sur le site Ulule. Aidés par des ONG, comme la suisse Helvetas, qui les accompagnent dans le préfinancement des ruches et les aident à renforcer leur appui technique et organisationnel auprès de communautés locales, ils font traiter leur production à la miellerie de Madagascar, la conditionnent en France et l’écoulent dans des restaurants parisiens comme l’Astrance, Passage 53, des hôtels et quelque 50 épiceries fines en France et en Suisse. Un strict contrôle de la qualité garantit que le produit n’est pas coupé d’eau ou de sucre, comme cela arrive fréquemment.

À 20 euros pendant la campagne de financement participatif, dont 7 euros de frais de port, le pot sera vendu environ 8 euros en période normale. À terme, l’entreprise entend disposer de sa propre miellerie – il est souvent nécessaire de déshumidifier le miel malgache pour qu’il ne fermente pas – et de sa propre usine de conditionnement. Ses fondateurs n’écartent pas l’idée de se développer ailleurs en Afrique, convaincus que « le continent jouera un rôle majeur dans la transition écologique et, donc, la sauvegarde de la planète ».

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