Capital-investissement

Finance : le marocain Saham Management fixe son cap

Moulay M’hamed Elalamy, fils du fondateur et architecte de la nouvelle stratégie du groupe. © Saham

Encore discrète, Saham Management, la société marocaine de capital-investissement dirigée par Moulay M’hamed Elalamy, a conçu une stratégie axée autour de prises de participation majoritaires dans des groupes du royaume aux ambitions panafricaines.

Dès la cession de la totalité de ses participations dans sa filiale assurance au géant sud-africain Sanlam, la famille Elalamy a dévoilé sa feuille de route pour la suite de son aventure entrepreneuriale. Le fondateur du groupe et actuel ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy (MHE), et ses enfants ont décidé de créer Saham Management Company (SMC), une société chargée de la gestion de cinq fonds d’investissement panafricains.

Moulay Hafid Elalamy a fondé le holding marocain en 1995. © Hassan Ouazzani/pour J.A.

« Cette approche nous trotte dans la tête depuis un certain temps. Elle va nous permettre de démultiplier nos ambitions à l’échelle continentale », confiait en mars Moulay M’hamed Elalamy (MME), fils du fondateur du groupe et désormais directeur général de cette structure.

Sept secteurs ciblés

Depuis, c’est le silence radio. Plus aucun membre du clan n’a pris la parole. Et dans le secteur financier, personne ne souhaite briser cette omerta, de peur d’être mis sur la touche au moment où les premières prises de participation se décideront.

Avec le fruit de la vente, soit plus de 1 milliard de dollars injectés, SMC va cibler sept secteurs : médias, santé, éducation, immobilier, offshoring, pharmaceutique et agriculture. Les sociétés de services seront à nouveau privilégiées au détriment des entreprises industrielles.

En février, Saham a bouclé une première opération en fusionnant ses activités d’offshoring avec l’allemand spécialiste de la relation client Bertelsmann. Les deux partenaires ont donné naissance à Majorel, un mastodonte présent dans vingt-sept pays. Le deal a été bouclé en moins de trois mois, facilité par la proximité entre les deux groupes, qui se connaissent depuis plus de dix ans.

De g. à d., Thomas Mackenbrock , DG d'Arvato CRM Solutions, Moulay Mhamed Elalamy, représentant de Saham, et Thomas Rabe, PDG de Bertelsmann. © Bertelsmann

« Pour les prochains investissements, il va falloir faire preuve d’un peu de patience, nous confie une source proche de SMC. La famille Elalamy souhaite prendre son temps pour éviter de commettre des erreurs de casting. » Prudente, elle s’est fixé comme objectif de réaliser au moins une opération par an. À terme, Saham envisagerait au moins une vingtaine de prises de participation pour un investissement moyen de 50 millions d’euros.

Une possible levée de fonds

L’équipe composée d’une quinzaine de personnes cherche actuellement des entreprises à fort ancrage marocain, ayant si possible déjà un pied en dehors des frontières du royaume. Un critère intangible qui limite les cibles potentielles. Selon nos informations, MME, qui pilote cette stratégie, privilégiera des prises de participation majoritaires, ou au moins à 50-50 avec d’autres partenaires.

Moulay M’hamed Elalamy (au centre) a repris officieusement les rênes du holding familial © Nabila El Hadad pour Jeune Afrique

« À l’image de ce qu’avait fait son père, MME souhaite entrer dans le capital des entreprises pour les restructurer. La seule façon d’y arriver, c’est d’être le seul maître à bord. C’est aussi l’unique moyen de s’assurer de la création de valeur souhaitée », indique une source proche du dirigeant.

Toutes les banques d’affaires de la place essaient de se rapprocher du fonds pour lui vendre telle ou telle opportunité

« Saham cherche des entreprises de taille importante, tout en sachant qu’il est encore un petit fonds d’investissement et qu’il lui sera difficile de rivaliser avec ses concurrents sur l’ensemble du continent. C’est pour cette raison que la recherche se concentre actuellement sur le Maroc, ajoute notre interlocuteur. Il n’est cependant pas exclu de voir une sortie sur le marché des capitaux pour une levée de fonds si le besoin s’en fait ressentir. »


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Le secteur de l’éducation intéresserait particulièrement la famille Elalamy, qui possède déjà des établissements secondaires à Casablanca. Ce domaine est également ciblé par d’autres fonds d’investissement, à l’image de ce qu’a réalisé le britannique Actis en prenant le contrôle de l’université privée Mundiapolis dans la capitale économique.

Le projet de SMC ne laisse personne indifférent. Plusieurs groupes marocains à la recherche de fonds pour leur développement sont déjà entrés en contact avec le groupe. « Toutes les banques d’affaires de la place essaient de se rapprocher du fonds pour lui vendre telle ou telle opportunité. C’est la nouvelle star du segment », confirme un patron du secteur financier. Longtemps intéressé par une prise de participation dans un groupe bancaire, MHE n’en ferait aujourd’hui plus une priorité.


Vieux briscards et jeunes talents à la barre

Présidé par Moulay Hafid Elalamy, piloté par son fils Moulay M’hmed, Saham Management s’appuie sur une équipe de cadres dirigeants mêlant des anciens du groupe, comme le directeur financier, Mohamed El Marzouqi, ou la directrice juridique, Smahane Errachdi, et de nouvelles recrues.

C’est le cas de la directrice de la stratégie Meryem Nejjar, diplômée de l’X et ancienne de McKinsey ; d’Amine Guennoun, patron du pôle immobilier débauché de Palmeraie Développement ; ou de Thomas Mackenbrock, désigné par Bertelsmann pour diriger Majorel, dont le groupe allemand est coactionnaire.

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