Politique

[Tribune] Ressuscitons notre Parlement panafricain

Par

Analyste financier et blogueur ivoirien

Le Parlement panafricain, créé en 2004, a pour devise : « Une Afrique, une voix ». © Twitter officiel PanAfricanParliament

Le Parlement panafricain, qui n'a qu'un rôle consultatif depuis sa création en 2004, reste largement inaudible. Le transformer en un lieu de pouvoir permettrait de réveiller notre politique continentale.

En regardant les leaders des partis populistes d’extrême droite, grands vainqueurs des élections européennes, pavoiser sur les chaînes de télévision occidentales – que je reçois à Abidjan –, je me suis souvenu que nous avions un Parlement panafricain. Je me suis alors demandé quel était le nom de son président.

Bien qu’étant un observateur averti de notre politique continentale, j’étais incapable de citer le nom de Roger Nkodo Dang… Parce que, ironiquement, l’assemblée dont la devise est : « Une Afrique, une voix », reste, depuis sa création en 2004, largement inaudible.

Ses acteurs et ses actions restent méconnus

Rôle consultatif

L’absence d’intégration régionale réelle en est la première cause. Là où les décisions des institutions communautaires européennes influent sur la vie des citoyens de ce continent, l’Union africaine (UA) n’est connue majoritairement des populations locales que pour ses missions d’observation électorales ou son rôle de médiateur dans les conflits.

En l’absence de crise, l’UA reste un objet politique éloigné du quotidien des habitants du continent, lesquels ne se perçoivent pas nécessairement comme « citoyens africains ».

Parce que le rôle du Parlement panafricain n’est que consultatif, les ténors politiques ne se précipitent pas pour siéger à Midrand, entre Johannesburg et Pretoria. Ses acteurs et ses actions restent donc méconnus. Nos députés continentaux en sont si frustrés qu’ils se demandent à quoi sert une assemblée qui n’a pas produit la moindre loi en quinze années d’existence.

Transformer le Parlement en chambre législative

Justement ! La première des mesures à prendre pour réveiller notre politique continentale pourrait être de transformer notre Parlement en chambre législative. Sans toutefois empiéter sur les prérogatives régaliennes des États, il est nécessaire d’en faire un instrument juridique supranational à même de traiter les problématiques continentales. C’est là l’occasion d’harmoniser nos systèmes éducatifs et nos normes sociales, afin de créer des standards africains et ainsi favoriser l’intégration. Et de cultiver notre sentiment d’appartenance à la citoyenneté africaine.

Redonner de la voix au Parlement panafricain c’est créer le lien entre les populations et l’Union africaine

En faisant du Parlement panafricain un lieu de pouvoir, on réglerait par la même occasion la question de son attractivité. Avec, d’une part, des citoyens plus regardants sur les actions de l’institution et, de l’autre, une plus grande compétition pour occuper les sièges parlementaires africains. En définitive, redonner de la voix au Parlement panafricain c’est créer le lien entre les populations et l’Union africaine, pour une vie politique continentale dynamique.

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