Politique

Algérie : après s’être disputé le FLN, Mouad Bouchareb et Mohamed Djemaï en guerre à l’Assemblée

Mouad Bouchareb, Président de l'Assemblée nationale et Mohamed Djemaï, secrétaire général du FLN.

Mouad Bouchareb, Président de l'Assemblée nationale et Mohamed Djemaï, secrétaire général du FLN. ©

Après s'être disputé les commandes du Front de libération nationale (FLN), Mohamed Djemaï, récemment élu secrétaire général du parti historique, et Mouad Bouchareb, coordinateur par intérim de la formation et occupant du Perchoir, s'opposent désormais à l'Assemblée populaire nationale (APN), où le premier cherche à faire tomber le second.

En Algérie, les vents du « dégagisme » qui ont balayé le président Bouteflika ont atteint l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Cette fois, ce ne sont pas des manifestants mais des députés du FLN, le parti majoritaire (159 sièges), qui partent à l’assaut de la chambre basse du Parlement. Leur cible ? Mouad Bouchareb, qui préside cette institution depuis le 24 octobre 2018.

La sédition a atteint son paroxysme ce 22 mai. Ce jour-là, un groupe de députés FLN font irruption dans son bureau et le somment de démissionner, au motif que les Algériens qui descendent dans la rue chaque vendredi pour exiger la fin du système réclament également sa tête. La veille, le groupe parlementaire de ce parti, qui, pour faire pression sur Bouchareb, a gelé ses activités à l’Assemblée, l’avait déjà prié de partir de « son plein gré […] afin de satisfaire à cette revendication populaire ».

Bouchareb sorti comme un lapin d’un chapeau

Droit dans ses bottes, l’intéressé tient tête à ses détracteurs et invoque la stabilité des institutions. À ceux qui occupent son bureau il rétorque, avec l’assurance d’un homme sûr de ses soutiens : « Vous savez parfaitement qui m’a nommé. Pour me faire quitter ce poste, il faudra que la décision vienne d’en haut. » Il ne croit pas si bien dire…

Bouchareb, 48 ans, avait été parachuté à la place de Bouhadja et, dans la foulée, désigné coordinateur par intérim du FLN

C’est en 2018, à la faveur d’une première crise au sein de cette même Assemblée, que ce député de Sétif au physique d’acteur de soap opera égyptien avait accédé à la notoriété. Téléguidés par Saïd Bouteflika, frère du président déchu et tout-puissant à l’époque, des députés de l’alliance présidentielle (aujourd’hui disparue) avaient fomenté un putsch contre Saïd Bouhadja et l’avaient fait tomber du perchoir.

Sorti tel un lapin du chapeau d’un magicien, Bouchareb, 48 ans, avait été parachuté à sa place et, dans la foulée, désigné coordinateur par intérim du FLN. Devenu le troisième personnage de l’État, il avait défendu avec zèle la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. Mais, lorsque la révolution a éclaté, il a renié le vieux raïs et s’est rangé du côté du peuple.

Djemaï, relique du système Bouteflika

Aujourd’hui, c’est au tour de Mohamed Djemaï, 50 ans, d’animer en coulisse cette nouvelle jacquerie à l’Assemblée. Élu secrétaire général du FLN le 30 avril, il fait de l’éviction de Bouchareb une « exigence irréversible » destinée à satisfaire les aspirations du peuple.

Et pourtant, lui aussi est une relique du système Bouteflika. Député depuis dix-sept ans, cet homme d’affaires dont la fortune alimente tous les soupçons incarne la chkara – du nom de ces sacs de jute qui symbolisent l’immixtion de l’argent sale dans le monde politique et jusqu’au sein des institutions.


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En 2015, quand il était chef du groupe FLN à l’Assemblée, Djemaï s’était frontalement opposé à une réforme obligeant à régler par chèque les achats de biens immobiliers, de véhicules neufs ou d’équipements industriels d’un montant supérieur à 1 million de dinars (7 500 euros). Ceux qui contestent son élection à la tête du FLN l’accusent d’ailleurs d’être l’associé d’une « mafia » qui a pris le contrôle du parti.

Tout comme Bouchareb, qu’il tente de détrôner, Djemaï fut dans un passé récent un fervent soutien de Bouteflika et un partisan à tous crins de son maintien au pouvoir. Pour les Algériens qui continuent de descendre dans la rue, ces deux hommes ne sont que les deux faces d’une même pièce. En attendant, pour se protéger, Bouchareb a fait installer une porte blindée à l’entrée de son bureau.

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