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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : effervescence générale à l'approche de la présidentielle de 2020»

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Politique

En Côte d’Ivoire, le Parlement est un contre-pouvoir… légitimiste

Jeannot Ahoussou-Kouadio, président du Sénat, a officiellement rejoint le RHDP. © Issam Zejly pour JA

Désormais bicaméral, même si le Sénat n’est pas encore opérationnel, le Parlement est nettement dominé par la majorité. Au point de passer pour une chambre d’enregistrement ?

Vendredi 3 mai. À Sikensi, à 79 km d’Abidjan, Amadou Soumahoro participe à une « journée d’hommage et de soutien » des populations au président Ouattara. Le nouveau président de l’Assemblée nationale prononce un discours particulièrement élogieux à l’égard du chef de l’État.

Pour l’une de ses premières sorties publiques depuis son élection au perchoir, au début de mars, le président de la chambre basse semblait donner le ton d’une allégeance sans condition au chef de l’exécutif.


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Il est vrai qu’avec un nouveau bureau entièrement contrôlé par le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), dont le groupe compte désormais 148 députés sur 255, on est désormais bien loin des crispations telles que celles observées lors de la première législature présidée par Guillaume Soro, qui, en novembre 2012, avaient abouti à la dissolution du gouvernement et au limogeage du Premier ministre Jeannot Ahoussou-Kouadio.

Volte face

© DOM

Quid du Sénat, justement présidé par ce fidèle d’Henri Konan Bédié ? Depuis son élection à la tête de l’institution, en avril 2018, Jeannot Ahoussou-Kouadio assurait demeurer membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), dont il était vice-président, tout en restant loyal à Ouattara… Jusqu’à ce que, le 22 mai dernier, il annonce quitter le PDCI pour « rejoindre la famille des houphouétistes », en l’occurrence le RHDP.


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Par ailleurs, 66 sénateurs ont été élus à l’issue des premières sénatoriales, le 25 mars 2018, mais ce n’est que le 3 avril dernier que le chef de l’État a enfin nommé le tiers restant de la chambre (soit 33 sénateurs sur 99).

Résultat : plus d’un an après son installation, le Sénat n’a toujours pas de bureau – alors que ses deux principaux groupes parlementaires (RHDP et PDCI) sont théoriquement formés – et il n’a toujours pas examiné la moindre loi. « Cela ne saurait tarder », assure un sénateur PDCI.

« Pêché originel »

En attendant, aux yeux d’une partie de l’opinion, l’Assemblée nationale et le Sénat apparaissent comme de simples chambres d’enregistrement au service de l’exécutif.

« Les deux chambres du Parlement ivoirien partagent un péché originel, celui d’avoir été mises en place après le boycott d’une importante partie de l’opposition et à la suite de l’adoption d’une nouvelle Constitution, dont l’utilité reste encore à prouver aux yeux de nombreux Ivoiriens », explique l’analyste politique Innocent Gnelbin. En outre, si sur les réseaux sociaux le Parlement est souvent accusé d’être « aux ordres », le gouvernement, lui, se félicite de la parfaite collaboration entre l’exécutif et le législatif.

Enfin, il ne faut pas oublier que, si la durée de la législature est de cinq ans, la Constitution du 8 novembre 2016 a prévu, dans son article 182, que le mandat du Parlement, élu après sa promulgation, s’achève en décembre 2020. Il sera donc entièrement renouvelé après la prochaine présidentielle, quel qu’en soit le résultat. Et une nouvelle législature commencera, juste après le nouveau ­quinquennat.

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