Politique économique

Algérie – Abderrahmane Benkhalfa : « L’actuel mode de gouvernance est un frein économique »

L'ex-ministre des Finances algérien Abderrahmane Benkhalfa, en décembre 2015 à Alger. © Bensalem Billel/APP

Planche à billets, non-convertibilité du dinar, mode de gouvernance... L'ex-ministre des Finances Abderrahmane Benkhalfa évoque les multiples blocages de l'économie algérienne.

Abderrahmane Benkhalfa, expert financier, a été ministre des Finances de mai 2015 à juin 2016.

Jeune Afrique : La situation économique s’est considérablement dégradée, en partie à cause d’un usage massif de la planche à billets. Est-ce possible d’en corriger le tir ?

Abderrahmane Benkhalfa : Les autorités font face à des choix difficiles, mais pas susceptibles d’être reportés. Il faut accélérer la mise en place de solutions politiques consensuelles pour éviter que cette période d’incertitude et de fragilité institutionnelle ne dégrade un peu plus les fondamentaux de l’économie. Et ne complique l’ajustement des budgets publics.

Je recommande de mettre en place rapidement un mécanisme exceptionnel de consolidation budgétaire qui supprime tout nouveau recours au financement non conventionnel, en veillant à ce que cette opération soit sélective et cible les poches d’économies et de dépenses non impérieuses. Ces décisions doivent aussi s’accompagner d’une rigueur dans la gestion des finances publiques. La loi de Finances 2020 doit refléter ces nouveaux choix et ne pas verser dans l’expansion budgétaire insoutenable.

Le salut n’est donc pas dans la planche à billets ? 

Contrairement aux trajectoires tracées de 2015 à 2017 visant une consolidation budgétaire couplée à la mise en place d’un nouveau régime de croissance et à une mobilisation progressive des ressources de marché, les autorités ont précipitamment choisi de renouer avec une politique budgétaire expansive. Ce retour à un budget élevé qui maintenait en l’état la commande publique et le niveau des subventions permettait de sauvegarder le pouvoir d’achat des ménages et les plans de charges des entreprises sans ressources consistantes.


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C’est la raison pour laquelle le choix politique, risqué, a été de privilégier ce financement monétaire dit « non conventionnel », étendu sur cinq ans et sans limite légale. Sans processus de rénovation des mécanismes économiques ni mesures de mobilisation de ressources alternatives, il a atteint un niveau insoutenable de 6 000 milliards de DA (environ 45 milliards d’euros).

Quid de la non-convertibilité du dinar ?

Beaucoup de dossiers attendent des arbitrages et des décisions courageuses. L’accueil des IDE, la refonte du régime de change, le développement de l’économie de service, la dynamisation du marché financier, la modernisation des banques, la stimulation des partenariats capitalistiques et la refonte du système des subventions, etc.

Pour l’instant, la convertibilité ne peut intervenir en raison de la conjoncture politique, des rigidités de notre économie et de l’insuffisance de son attractivité

Tous ces chantiers, une fois mis en mouvement, consolideront le dinar. Ils permettront la mise en place d’un régime de change plus flexible. Mais pour l’instant la convertibilité ne peut intervenir en raison de la conjoncture politique, des rigidités de notre économie et de l’insuffisance de son attractivité.

Comment créer un choc économique ? 

Le frein jusqu’ici, c’est le mode de gouvernance : trop public, trop administratif. Les changements institutionnels et politiques attendus, si la transition ne dure pas trop longtemps, peuvent être propices à un choc économique salutaire. Trois vecteurs peuvent le porter et l’accélérer.

D’abord, l’atténuation des mécanismes distributifs à dimension sociale exagérée, comme les logements, les crédits, les terrains, les emplois aidés… Ensuite, l’ouverture de l’économie et la facilitation de son insertion dans les transactions et flux internationaux en diminuant les modes de protection réglementaires et administratifs. Enfin, il serait souhaitable d’ouvrir le champ de l’investissement économique privé.

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