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Cet article est issu du dossier «Énergies vertes : à la recherche du modèle gagnant»

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Energies renouvelables

Enrique Pedrosa (Siemens Gamesa) : « Dans les énergies renouvelables, mieux vaut avoir des objectifs modestes mais réalistes »

Enrique Pedrosa, PDG onshore pour l’Europe du Sud et l’Afrique à Siemens. © Siemens Gamesa

Leader mondial dans l’éolien, le groupe Siemens Gamesa, né de la fusion de deux géants européens, l’est aussi en Afrique. Son objectif : aider le continent à réussir sa transition énergétique. Rencontre avec Enrique Padrosa, son PDG onshore pour l'Europe du Sud et l'Afrique.

La fusion, en 2017, entre l’allemand Siemens et l’espagnol Gamesa a donné naissance à un géant mondial de l’énergie éolienne (9,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Présent sur les principaux segments du marché, Siemens Gamesa l’est également sur les cinq continents. À commencer par l’Afrique, où les deux entreprises étaient implantées de longue date.

Chargé de la région depuis septembre 2017, Enrique Pedrosa, ancien responsable des ventes et du marketing chez Gamesa, revient sur les objectifs affichés par sa société sur le continent et sur les défis qu’il lui reste à relever pour accompagner, de manière durable, le développement énergétique de l’Afrique.

Jeune Afrique : Depuis quand date l’intérêt de Siemens Gamesa pour l’Afrique ?

Enrique Pedrosa : Siemens, notre actionnaire principal, est présent en Afrique depuis plus de 162 ans, pendant que Gamesa s’y est établi en 2004, fournissant les parcs éoliens exploités en Tunisie, au Maroc et en Égypte. Grâce à son expérience, Siemens Gamesa est aujourd’hui leader sur le continent dans l’éolien, avec une capacité installée de près de 3 GW, soit 55 % de part de marché.

La fusion entre les deux groupes a-­t-elle provoqué un regain d’attention pour le continent ?

Elle a permis de renforcer les relations avec nos partenaires sur place et de mieux nous positionner sur le marché pour aider le continent à réussir sa transition énergétique. L’Afrique offre plus que jamais de nombreuses opportunités dans le domaine des énergies renouvelables, basées sur les ressources dont elle dispose, sa croissance démographique et son dynamisme économique.

Nous sommes donc déterminés, dans un environnement hautement concurrentiel, à conserver notre leadership et à assurer notre rentabilité en maximisant notre compétitivité par la différenciation technologique et la réduction des coûts.

Notre plan stratégique triennal 2018-2020 doit justement renforcer notre capacité à répondre aux attentes de nos clients, sur un marché en constante évolution, tout en optimisant nos économies d’échelle.

Le parc de Haouma, au Maroc. © Paul Langrock/Siemens Gamesa

Nous disposons actuellement de plus de 90 GW installés dans 90 pays

Pourquoi avoir réalisé une telle opération à l’époque ?

En raison de la complémentarité technologique, opérationnelle et géographique entre les deux entreprises. Siemens Wind Power est leader dans l’offshore, avec des positions solides en Europe et en Amérique du Nord, pendant que Gamesa, numéro un dans l’onshore, est un acteur de premier plan en Amérique latine, en Afrique et sur les marchés émergents d’Asie.

Cette opération a donc permis de consolider nos positions et notre compétitivité. Nous sommes plus forts pour investir dans les nouvelles technologies qui contribuent à rendre l’énergie plus verte et plus fiable.

Et quel bilan en tirez-vous ?

La fusion de deux géants qui ont leur propre culture est toujours un défi de taille, mais nos efforts ont payé puisque nous sommes aujourd’hui numéro un mondial dans l’offshore et numéro deux dans l’onshore et les services.

Nous disposons actuellement de plus de 90 GW installés dans 90 pays, et notre carnet de commandes d’élève à 23 milliards d’euros. Notre titre a réalisé cette année la plus-value la plus importante sur l’Ibex 35 [principal indice à la Bourse de Madrid], avec une hausse de 27 %.

L’emplacement de nos usines est dicté par des facteurs tels que les coûts, la taille des futurs marchés, la proximité logistique, la compétitivité à l’exportation et la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée

En Afrique, le Maroc dispose d’un tiers de vos capacités installées ainsi que de votre unique usine de fabrication de pâles. Est-ce que le royaume tient une place particulière dans votre stratégie d’implantation sur le continent ?

C’est en effet l’un de nos pays les plus importants en Afrique, avec l’Égypte et l’Afrique du Sud. Le Maroc offre un environnement politique et économique stable, avec un engagement clair des pouvoirs publics pour encourager la présence des énergies renouvelables dans le futur mix énergétique du pays, à hauteur de 52 % d’ici à 2030.

Nous avons implanté notre première usine de pâles à Tanger, car la ville est idéalement placée pour approvisionner de nombreux pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Cette implantation confirme également notre engagement à encourager le développement des compétences locales.


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Pourquoi avez-vous choisi d’implanter une usine en Afrique ?

Nous sommes des industriels. L’emplacement de nos usines est dicté par des facteurs tels que les coûts, la taille des futurs marchés, la proximité logistique, la compétitivité à l’exportation et la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée. Avec la croissance attendue du secteur éolien sur le continent, il était logique que nous nous y installions un jour ou l’autre.

Vous semblez jusqu’à présent vous être particulièrement concentrés sur l’Afrique du Nord. Avez-vous d’autres projets sur le reste du continent ?

Notre présence dans cette région est due à des raisons historiques. Les pays d’Afrique du Nord sont les premiers sur le continent à avoir mis en place les cadres nécessaires pour assurer le développement des énergies renouvelables.

Mais nous sommes également présents en Mauritanie, à Maurice, au Kenya, et beaucoup de pays africains s’intéressent aujourd’hui au secteur, de l’Éthiopie au Sénégal en passant par la Zambie ou le Ghana. Nous sommes attentifs et prêts à leur proposer nos services et nos solutions.

Les énergies renouvelables étant aujourd’hui parmi les plus abordables, l’Afrique représente pour nous l’un des marchés importants dans les prochaines décennies

Quelles sont les particularités du marché africain en matière d’énergie éolienne ?

La consommation énergétique y est étonnamment faible, et, les énergies renouvelables étant aujourd’hui parmi les plus abordables, l’Afrique représente pour nous l’un des marchés importants dans les prochaines décennies.

Mais, en raison de ses particularités climatiques, géographiques et démographiques, le continent pose des problèmes spécifiques, comme l’accès à l’énergie, à cause notamment du faible développement des réseaux électriques, de la mobilité des populations ou des faibles taux de bancarisation.

Ces défis exigent des solutions adaptées dont les Africains doivent devenir les acteurs. De plus en plus d’entreprises émergent localement, offrant des solutions adaptées aux besoins du continent. Et cette tendance ne fait que commencer.

Eoliennes au Maroc © JA

Comment développer davantage l’utilisation des énergies renouvelables à travers le continent ?

Nous avons pu constater, à travers le monde, que les pays qui ont réussi à développer les énergies renouvelables l’ont fait en définissant des objectifs clairs à moyen terme et à long terme, qu’ils ont ensuite respectés.

En matière d’énergies renouvelables, mieux vaut des objectifs modestes mais réalisables. Le plus important est d’apporter de la visibilité et de la crédibilité au secteur, pour attirer les investisseurs et les industriels.

Quels sont vos objectifs sur le continent ?

En tant que premier fournisseur d’énergie éolienne en Afrique, nous sommes déterminés à soutenir la croissance économique du continent de manière durable. En permettant d’abord l’accès à une énergie propre pour un nombre toujours croissant d’Africains. En assurant ensuite une intégration de la chaîne de valeur le plus localement possible.

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