Dossier

Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : effervescence générale à l'approche de la présidentielle de 2020»

Voir tout le sommaire
Politique

[Édito] Côte d’Ivoire : la transparence des élections, un impératif pour la paix

Par

André Silver Konan est un journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

Dans un bureau de vote d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, en 2011.

Dans un bureau de vote d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, en 2011. © Emanuel Ekra/AP/SIPA

En vue de la présidentielle d’octobre 2020, la Côte d’Ivoire doit chasser les vieux démons qui fragilisent la paix dans le pays. Seule la transparence du jeu politique permettra d’éviter de nouvelles violences postélectorales.

Il est clair qu’en Côte d’Ivoire l’un des enjeux de la présidentielle d’octobre 2020 sera la préservation de la paix. Une paix qu’a tenté d’instaurer le président Alassane Ouattara depuis son investiture officielle, en mai 2011. Une paix néanmoins émaillée de violences dans plusieurs circonscriptions lors des scrutins locaux d’octobre 2018. Certains vieux démons n’ont pas totalement disparu. Ils sommeillent dans cet électeur tenté d’user de la violence, dans ce candidat qui risque de se faire acheter, dans ce fonctionnaire de la Commission électorale indépendante (CEI) susceptible de se laisser corrompre.

Au lendemain de ces événements, la Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire avait relevé « des cas d’intimidation, des atteintes à la liberté de circulation et à l’intégrité physique ». Cinq personnes sont décédées à la suite de ces attaques portées à la démocratie, dont les familles attendent toujours que justice soit rendue.

Préserver la paix

Comment préserver la paix à tout prix ? Pourquoi les crises postélectorales sont-elles si fréquentes en Afrique ? La réponse est simple, invariable, et tous les observateurs s’accordent à le dire : le jeu électoral n’est pas suffisamment transparent. Au-delà du fait qu’il est souvent difficile pour le candidat malheureux d’admettre sa défaite, se pose une première question sur la sincérité du scrutin. Suivie d’une seconde : pour celui ou celle qui l’emporte, peut-on parler de « véritable » victoire ?

Retour en arrière. Nous sommes en décembre 2010. En direct, à la télévision nationale, un proche du candidat Laurent Gbagbo, alors chef de l’État sortant, déchire la feuille des résultats que s’apprête à proclamer le porte-parole de la CEI, présidée – à cette époque comme aujourd’hui – par Youssouf Bakayoko. Il remet en question la validité des résultats, dénonce de graves irrégularités, des affrontements…

En quelques secondes, ce geste a suffi pour entraîner les pires violences dans l’histoire du pays, provoquant près de 3 000 morts. Cette tragique crise postélectorale de 2010-2011 est directement liée au manque de transparence du jeu politique ivoirien.


>>> À LIRE – Les victimes oubliées de la Côte d’Ivoire


Réformer en profondeur la CEI

Au Sénégal, si les opposants de Macky Sall – malgré les réserves concernant le processus qui a abouti à l’élimination de certains candidats – ont reconnu leur défaite lors de la présidentielle de février, c’est bien parce qu’ils estiment que le scrutin, son organisation et ses résultats sont sincères. Une sincérité en revanche sévèrement remise en question par les nombreux observateurs présents lors de la présidentielle de décembre 2018 en RD Congo.

En Côte d’Ivoire, pour chasser ces vieux démons qui fragilisent la paix, il faut trouver cette sincérité, que seule la transparence des processus électoraux peut assurer. Et c’est là qu’intervient la responsabilité du personnel politique, à commencer par ceux qui disposent du pouvoir de décision. Réformer en profondeur la CEI, en la protégeant de toute tentative de fraude – telles celles énumérées par la chambre administrative de la Cour suprême – est un impératif. Personne ne devrait avoir peur de la transparence. Bien au contraire.

Lire les autres articles du dossier

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte