Économie

Kenya : Rubis fait le plein de stations-­service en Afrique de l’Est

Au terme de l’OPA lancée fin 2018, le groupe français Rubis a pris le contrôle quasi total du distributeur de carburants KenolKobil. Un succès qui lui permet de mettre un pied dans un marché en pleine expansion.

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:54

A Kobil service station displays prices of petrol (US $ 0.84 per litre unleaded) and diesel (US $ 0.72 per litre) on a signage in Kenya’s capital Nairobi, February 7, 2016. The global oil price is hovering at about $30 U.S. dollars a barrel. REUTERS/Thomas Mukoya – D1AESQKMCXAA © Thomas Mukoya/REUTERS

Une opération bouclée en six mois. Le groupe français Rubis, spécialiste du stockage et de la distribution de produits pétroliers, a atteint ses objectifs : prendre le contrôle à presque 100 % du kényan KenolKobil grâce à une offre publique d’achat à la Bourse de Nairobi.

Les experts saluent une opération stratégique : la veille de l’offre, le 24 octobre 2018, Rubis avait déjà acheté près de 25 % des actions du distributeur panafricain, limitant la possibilité d’offres compétitives, et proposait de racheter les actions 53,4 % au-dessus de leur prix moyen, valorisant l’entreprise kényane à 347 millions de dollars (302,6 millions d’euros).

350 points de vente en Afrique de l’Est

« KenolKobil est un choix judicieux », assure Eric Musau, directeur de la recherche à la Standard Investment Bank, qui a évalué l’opération financièrement. Après un passage difficile en 2013 à la suite d’un projet de reprise du suisse Puma Energy n’ayant pas abouti, le distributeur avait réalisé des changements au sein de son management et consolidé sa présence sur le marché est-africain, où il a vendu 1,3 million de mètres cubes de carburants en 2017.

Aujourd’hui, KenolKobil dispose d’environ 350 points de vente répartis entre le Kenya, son marché principal (où il est numéro trois après Vivo et Total), le Burundi, la Zambie, l’Ouganda, le Rwanda et l’Éthiopie. L’entreprise, qui fournit également du carburant pour l’aviation, du GPL et des lubrifiants, a su sécuriser un accès à des oléoducs ainsi qu’à un réseau de dix terminaux.

En 2017, le groupe, dirigé par David Ohana, annonçait ainsi un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de dollars et une dette quasiment réduite à zéro. « Ce n’était qu’une question de temps avant que KenolKobil soit racheté », estime Eric Musau, qui prévoit une forte augmentation des bénéfices nets du groupe ces prochaines années. D’autant plus que le marché est-africain des produits pétroliers est en pleine expansion, soutenu par des progrès dans la régulation et dans les infrastructures.

Acquisitions offensives

Pour Rubis SCA, coté à Euronext Paris, c’est la dernière d’une longue série d’acquisitions dans le secteur de la distribution et du stockage de produits pétroliers en dehors de l’Hexagone. Le groupe, qui a affiché en 2018 un chiffre d’affaires de 4,7 milliards d’euros, s’est construit dans les années 1990 à partir du rachat de la Compagnie parisienne des asphaltes et de Vitogaz. Depuis, il a profité du fait que les géants du secteur se désengageaient des activités d’aval pour se développer dans 35 pays avec une stratégie d’acquisitions offensive.

L’achat de KenolKobil est l’une des opérations les plus importantes que Rubis ait menées

En Europe, le groupe a par exemple racheté la branche de distribution de GPL de BP au Portugal, et celle de Total en Suisse, tout en acquérant en parallèle des terminaux de taille. Dans les Caraïbes, il détient depuis deux ans 100 % des actions de Dinasa et de sa filiale Sodigaz, premiers distributeurs de produits pétroliers en Haïti. Le rachat de KenolKobil constitue une entrée sur le marché est-africain qui fait suite à une arrivée récente en Afrique de l’Ouest à travers l’acquisition du groupe Eres.

« L’achat de KenolKobil est l’une des opérations les plus importantes que Rubis ait menées, et c’est la première qui prend la forme d’une OPA », souligne Jean-Philippe Berthet, associé et cofondateur du cabinet BLM Avocats, qui a conseillé Rubis au cours de l’opération. Le 3 mars, Rubis annonçait être déjà « en mesure de procéder à l’intégration de sa nouvelle filiale, aux niveaux comptable et de la gouvernance ».

Comme beaucoup d’autres avant lui, le groupe kényan va bénéficier de l’approche décentralisée de Rubis, qui laisse au management local de l’autonomie et des responsabilités, tout en apportant un soutien dans l’approvisionnement, la logistique, la finance et la stratégie. Des avantages compétitifs face aux autres grands acteurs dans la région : Total et Vivo Energy. Seul bémol pour le Kenya, la valeur KenolKobil disparaîtra de la cote sur la place financière de Nairobi, où elle était l’une des plus actives.


Ils ont accompagné le deal

Évaluation financière/conseil : Standard Investment Bank/Stanbic Bank

Cabinets d’avocats Représentant Rubis : Jean-Philippe Berthet, Anne Lucchini et Lise Marchal, les trois associés de BLM, basé à Paris, en collaboration avec le cabinet kényan Bowmans-Coulson Harney LLP

Représentant KenolKobil : Kaplan and Stratton Advocates (Amar Grewal-Thethy, partenaire)