Économie

Classement Jeune Afrique des 500 premières entreprises africaines : le redémarrage se confirme

Avec la reprise des cours du pétrole, l’algérien Sonatrach, le traditionnel numéro un, voit son chiffre d’affaires progresser de 10 % en dollars dans cette édition (ici à Oran). © Oguz Dikbakan/Shutterstock

Comme la croissance économique, le chiffre d’affaires des 500 premières entreprises du classement Jeune Afrique repart nettement de l’avant. La chute des monnaies et la faiblesse des cours des matières premières sont absorbées. Mais les entreprises ne retrouvent pas encore les sommets passés.

Cette fois, c’est bel et bien reparti ! L’édition 2019 du classement des 500 premières entreprises du continent marque, enfin, une hausse nette de leurs chiffres d’affaires. Exprimée en dollars, l’activité cumulée de ce Top 500 exclusif de Jeune Afrique progresse de 12,1 % sur un an. Un taux qui porte sur l’exercice fiscal 2017, année de référence de la plupart des données figurant dans notre hors-série.

Après un premier et modeste rebond de 1,25 % dans notre précédente édition, le retournement de tendance constaté l’an dernier se confirme donc. Et, surtout, il s’amplifie. Toutes les régions, et presque tous les secteurs, s’affichent en croissance. Cela se traduit aussi par une hausse de la profitabilité des poids lourds du continent, dont la marge nette moyenne progresse à 8,3 %, contre 7,5 % l’an dernier.

Le pétrole, probable gagnant de l’édition 2020

Cette inversion de tendance fait suite à des années sombres pour nombre d’entreprises africaines. Après un pic en 2012, à 757 milliards de dollars, le chiffre d’affaires cumulé du Top 500 avait connu une glissade vertigineuse pour atteindre un point bas à 561 milliards de dollars sur l’exercice 2015. Un recul d’un quart – soit près de 190 milliards de dollars – qui reste encore loin d’être effacé.

Sur fond de croissance molle, les principales explications à cette dépression sont de deux ordres, bien connus : le prix des matières premières et les effets monétaires. Du côté des premières, l’année 2016 avait vu le prix du baril WTI atteindre un plus bas depuis 2004, à 43,20 dollars en moyenne annuelle, selon les données de la Banque mondiale. Entraînant dans sa chute les compagnies pétrolières nationales comme Sonangol ou Sonatrach et l’ensemble des économies dépendantes de l’or noir : l’Algérie, le Nigeria, l’Angola, le Gabon, etc.

Des métaux comme le cuivre, le nickel, le platine ou l’aluminium avaient eux aussi suivi cette tendance, avec pour explication alors une crainte de fort ralentissement de l’économie chinoise, qui s’est depuis infirmée. Le cours annuel moyen du cuivre a ainsi rebondi de près de 27 % en 2017 et de 5,8 % en 2018, selon les pointages de la Banque mondiale, en 2018. Quant au pétrole, le prix du baril WTI a gagné près de 18 % en moyenne en 2017, puis plus de 27 % en 2018, pour atteindre 64,80 dollars. Les compagnies pétrolières seront sans doute à la fête dans notre classement de l’an prochain ! Déjà Sonatrach, le traditionnel numéro un, voit son chiffre d’affaires progresser de 10 % en dollars dans cette édition.

Retour à la hausse en Égypte

Les tensions monétaires, prégnantes depuis plusieurs années en raison notamment des différentiels de taux d’inflation et d’intérêts entre l’Afrique et les économies avancées, avaient, quant à elles, atteint un paroxysme en 2016 avec, comme manifestations spectaculaires, la brutale dévaluation du naira au Nigeria (30 %) et de la livre (48 %) en Égypte. Une situation qui s’est stabilisée depuis.

Ces deux éléments – les monnaies et les matières premières – n’ont donc plus joué de rôle dépressif majeur sur le chiffre d’affaires des entreprises en 2017. L’activité exprimée en dollars de plusieurs groupes égyptiens repart à la hausse dans cette édition. Il en est ainsi d’Elsewedy ou encore d’Egyptair, qui regagne de ce fait 24 places. Il faut aussi rappeler l’effet de trompe l’œil de ces dévaluations : exprimé en nairas, le chiffre d’affaires de Dangote Sugar, par exemple, a bondi de 115 % en trois ans, alors qu’exprimé en dollars il ne progressait dans notre classement que d’environ 10 % sur cette période.

Si la digestion de ces facteurs structurels n’est pas encore totale – le cédi ghanéen ne cesse de flancher, et l’Angola ne sortira de la récession que cette année, selon le FMI –, l’économie africaine est clairement entrée en phase de relance. De Tunis au Cap, de Dakar à Nairobi, la hausse du PIB du continent est estimée à 3,5 % en 2018 par la Banque africaine de développement (BAD), soit le même chiffre qu’en 2017.


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Une hausse nette par rapport aux 2,1 % de l’année précédente. La croissance devrait même accélérer pour, cette année, atteindre 4 %, puis 4,1 % en 2020. Encourageant. Toutefois, a indiqué la BAD dans ses dernières perspectives macro­économiques début 2019, ce niveau reste insuffisant « pour résorber les déficits budgétaires et courants persistants et [faire face] à une dette devenue parfois insoutenable. Il faut donc que les pays accélèrent leur taux de croissance et renforcent son efficacité pour créer des emplois décents ».

 Ghana, Soudan du Sud, Éthiopie, Rwanda et Côte d’Ivoire en stars continentales

À titre d’illustration, la BAD évalue de 4,6 % à 6,6 % la croissance nécessaire pour simplement stabiliser le niveau d’emploi sur le continent compte tenu des nouveaux arrivants sur ce marché, notamment au sud du Sahara, où la poussée démographique est le plus forte.

Pour l’Afrique subsaharienne cependant, l’année 2016 fut en matière de croissance la plus piteuse depuis… 1994, avec un PIB en hausse de seulement 1,5 %, estime la BAD. Depuis, son économie est repartie de l’avant avec – de même source – une hausse du PIB de 2,9 % en 2017, puis de 3,1 % en 2018. En ce qui concerne l’année en cours, les analystes du FMI tablent pour leur part sur 3,7 %, et même sur 3,9 % pour 2020. Avec, en « stars continentales » prévues pour 2019, le quinté suivant dans l’ordre : Ghana, Soudan du Sud, Éthiopie, Rwanda et Côte d’Ivoire. Des pays dont la croissance variera entre 8,8 % pour le premier et 7,5 % pour le dernier, selon le FMI.

Quant à l’Afrique du Nord, après un sursaut de 4,9 % en 2017 lié à un rebond en Égypte et à de bonnes récoltes au Maroc, la progression de son PIB s’établira au-delà de 4,3 % jusqu’en 2020, d’après la BAD. Notre classement devrait donc poursuivre sa « remontada » l’an prochain et après !

L’Afrique du Sud, toujours poids lourd malgré ses piètres performances 2017 et 2018

Au niveau des pays eux-mêmes, l’Afrique du Sud reste, comme à l’accoutumée, le poids lourd du Top 500 à la fois par le nombre et en valeur. Un fait dû à l’histoire du pays et à son développement, car l’économie sud-africaine n’a guère accompli de performances avec, en 2017 et en 2018, respectivement 1,4 % puis seulement 0,8 % de croissance.

L’élection de Cyril Ramaphosa à la tête du pays suscite bien des espoirs en matière de relance, de gouvernance et aussi de réforme des entreprises publiques comme South African Airways et surtout Eskom. Le géant de l’électricité garde la quatrième position du classement. Mais ses dysfonctionnements plombent depuis des années des pans entiers de l’économie du pays de Mandela, notamment son secteur minier.

Toutefois, le secteur public n’a pas le monopole de la mauvaise gestion en Afrique du Sud : si le groupe de distribution Steinhoff demeure facilement le numéro deux de notre Top 500, ses chiffres sont à considérer avec réserve. Embarqué dans de sombres histoires de malversations, le groupe n’était, au moment où nous écrivions ces lignes, toujours pas en mesure de présenter des comptes certifiés sur 2017 !

Quoi qu’il en soit, la nation Arc-en-Ciel place 170 entreprises sur 500, deux de plus que dans l’édition précédente. Ce pays pèse presque 58 % des facturations cumulées du classement, un chiffre stable.

Pour les chiffres d’affaires, le Maroc ravit la médaille d’argent à l’Algérie

Comme l’an dernier, le Maroc aligne le deux­ième plus grand nombre d’entreprises : 64 sont classées dans ce Top 500. Ces groupes cumulent un chiffre d’affaires de 53,9 milliards de dollars, soit 8,5 % du total, un demi-point de mieux sur un an. De ce fait, le Maroc ravit la médaille d’argent à l’Algérie (7,8 % des facturations) en dépit du poids écrasant de Sonatrach, notre traditionnel leader.

Le royaume tire les fruits de la bonne organisation de son secteur privé, de son accès privilégié au marché européen ainsi que de ses investissements stratégiques dans les infrastructures (énergies vertes, logistique…). Le port Tanger Med – devenu en 2018 le premier du continent sur le segment du trafic de conteneurs –, surpassant Durban, inaugure cette année son extension. Et Tanger Med Port Authority fait son entrée au 473e rang dans notre Top 500.

Autre pays d’Afrique du Nord, l’Égypte, bien que plus importante que le Maroc ou l’Algérie par son PIB, ne place que 37 entreprises, atteignant 5,6 % du total des revenus, un très léger mieux comparé à l’an dernier. Son entreprise leader, la société gestionnaire du Canal de Suez (22e), perd une place.

Recul de la Côte d’Ivoire et du Nigeria

Économie numéro un du continent, au coude-à-coude avec l’Afrique du Sud, le Nigeria compte cette année 28 sociétés dans le Top 500, soit trois de moins que l’an dernier ; et pèse seulement 2,9 % du chiffre d’affaires total, contre 4,2 % dans le précédent Top en raison de l’effet naira et de la sortie de Dangote Group, faute de données.

La Côte d’Ivoire perd, elle aussi, trois représentantes avec 18 entreprises recensées et un cumul de leurs chiffres d’affaires en recul d’un dixième de point, à 1,5 % du total. En dépit des bonnes performances de leur croissance, le pays et ses entreprises agro-industrielles, telle Sifca, ont souffert en 2017 de la mollesse du prix de produits tropicaux comme le caoutchouc ou le cacao. Année après année, notre Top 500 reste l’illustration fidèle des défis économiques du continent.


Dans le secret des 500

Afin de réaliser ce classement des 500 premières entreprises du continent, nous avons recensé plus de 14 000 sociétés à qui nous avons adressé un questionnaire. Après vérifications, nous avons pu établir une liste des données financières d’environ 1 500 compagnies. Ces informations nous ont permis de réaliser le palmarès des 500 entreprises selon leur chiffre d’affaires, ainsi que les classements par zones géographiques, par secteurs d’activité et par niveaux de rentabilité.

Tous les éléments financiers ont une source fiable, identifiable, et sont en priorité ceux des sociétés elles-mêmes

Pour ce Top 500, nous prenons en compte les entreprises juridiquement présentes sur le continent, ce qui explique qu’un holding et ses filiales puissent figurer dans le même palmarès, mais aussi que certains groupes considérés comme africains n’y apparaissent pas, leur siège social étant situé hors du continent. Tous les éléments financiers ont une source fiable, identifiable, et sont en priorité ceux que les sociétés elles-mêmes ont communiqués et certifiés. Notre cellule consulte également les rapports annuels des entreprises cotées africaines ou opérant sur le continent à la recherche de données financières. Certains groupes (détenus en général par une seule personne ou quelques actionnaires familiaux) peuvent ne pas établir de comptes consolidés.

L’ensemble des classements porte sur l’exercice clos le 31 décembre 2017. Lorsque les sociétés publient leurs données en monnaie locale, celles-ci sont converties en dollars américains au taux de change en vigueur le 31 décembre 2017. Pour les compagnies clôturant leurs comptes jusqu’au 31 mars 2018 inclus, les chiffres annuels apparaissent en 2017. Pour les autres, ce sont les performances de l’année précédente qui sont présentées. Lorsque nous ne parvenons pas à obtenir de données, nous gardons celles du classement précédent, présentées en italique. Et, après deux années de silence ou d’absence de comptes vérifiables, la société disparaît du classement.


Elles nous quittent…

Cette année, 46 entreprises présentes dans le dernier Top 500 ont disparu. Un niveau assez habituel après le chiffre très élevé de l’an dernier (86 sorties). Voilà deux ans, 43 sociétés avaient quitté le Top 500 et elles étaient 48 à en disparaître il y a trois ans.

Passé le choc des dévaluations en Égypte et au Nigeria ainsi que de la baisse du prix de l’or noir, la respiration redevient normale… De nombreuses entreprises manquent à l’appel par défaut de publication de leurs comptes, en dépit des efforts répétés de Jeune Afrique pour obtenir ces données. Douze entreprises marocaines présentes dans le Top 500 l’an dernier s’effacent de ce fait – soit le plus gros contingent. La transparence de l’information étant une base essentielle de tout système économique fonctionnel, le continent garde une importante marge de progrès de ce côté !


>>> À LIRE – Steinhoff affiche un déficit d’exploitation de 4,14 milliards de dollars pour 2017


Les trois plus grosses sorties du point de vue du chiffre d’affaires sont celle du brasseur sud-africain SABMiller, qui ne publie plus de comptes nationaux ou même régionaux détaillés depuis sa complète intégration au sein du groupe Inbev, et celle de son compatriote JD Group qui, lui, a été racheté par le groupe Steinhoff, par ailleurs en très mauvaise posture. À cela s’ajoute le départ du groupe public égyptien Middle East Oil Refinery Ltd., connu aussi sous le nom de Midor. Ce dernier ne publie pas de comptes depuis deux ans… mais devrait le faire sous peu : le gouvernement a prévu d’ouvrir son capital ou de l’introduire en Bourse.

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