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Cet article est issu du dossier «Finance : en attendant la reprise»

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Finance : Atlas Mara revoit ses ambitions à l’ombre d’Equity Bank

L’établissement bancaire n’a pas reçu d’argent frais, mais a opté pour une part de 6,3 % du capital de son partenaire.

L’établissement bancaire n’a pas reçu d’argent frais, mais a opté pour une part de 6,3 % du capital de son partenaire. © Riccardo Gangale/Bloomberg/Getty Images

Après avoir cédé ses filiales au groupe kényan, la banque commerciale fondée par Bob Diamond calque son modèle sur celui d’un fonds d’investissement.

Atlas Mara, la banque commerciale fondée en 2013 qui tablait sur une recomposition drastique du paysage bancaire en Afrique subsaharienne, a finalement dû revoir ses ambitions après avoir contracté de larges dettes pour financer son expansion dans sept pays. L’entreprise, dont le siège est à Dubaï, a fini par congédier, le 6 février, son président et fondateur, le charismatique Bob Diamond, 67 ans.

Après une chute de plus de 84 % du cours de l’action depuis son introduction à la Bourse de Londres en 2013, la banque s’est résignée, le 30 avril, à se désengager de quatre pays en une seule transaction, en troquant des filiales pour une part de moins de 7 % dans le capital du kényan Equity Bank, le plus grand groupe bancaire du Kenya au regard de la valeur de marché.

Lors de cette opération, Atlas Mara a cédé au kényan ses 62 % du capital de la Banque populaire du Rwanda, ainsi que 100 % du capital de l’African Banking Corporation – qui détient trois filiales, au Mozambique, en Tanzanie et en Zambie. La transaction est évaluée à près de 10,7 milliards de shillings (95 millions d’euros). Atlas Mara n’a pas reçu d’argent frais, mais a opté pour une part de 6,3 % du capital d’Equity.

John Staley aussi sur le départ

Atlas Mara a été acculé à céder ses participations à un prix qui n’atteint même pas la valeur comptable des filiales lors de l’acquisition initiale. Le même jour, John Staley, le remplaçant de l’ex-PDG de Barclays, annonçait lui aussi son départ après moins de douze mois à la tête de l’établissement.

Atlas Mara a acheté de mauvais actifs à un prix qui n’était pas toujours raisonnable

En réduisant sa voilure et en optant pour une participation minoritaire dans une plus grande banque, Atlas Mara calque de plus en plus son modèle sur l’activité d’un fonds d’investissement plutôt que sur celle d’une banque commerciale. Si la vente des actifs restants à un plus grand concurrent semble de plus en plus possible, les perspectives d’un nouveau départ ne sont pas à exclure, car les activités du groupe se limitent désormais au Botswana, au Nigeria et au Zimbabwe.

Selon Ronak Gadhia, qui couvre le secteur bancaire en Afrique subsaharienne pour la banque d’investissement EFG Hermes depuis Londres, « Atlas Mara a acheté de mauvais actifs à un prix qui n’était pas toujours raisonnable, en ciblant les pays qu’il ne fallait pas ».

Une conjoncture économique défavorable

L’année dernière, le bénéfice du groupe a reculé de 13 %, à 39,7 millions de dollars, en corrélation avec le tassement du chiffre d’affaires, qui est tombé à 346,4 millions de dollars. La tendance baissière du cours de l’action continue en 2019 après avoir touché son plus bas niveau historique à 1,35 dollar, le 2 avril, réduisant la valeur de marché totale de la banque à moins de 280 millions de dollars.

C’est presque le montant de sa première acquisition, effectuée le 31 mars 2014. À l’époque, l’établissement avait racheté pour 265 millions de dollars une participation majoritaire dans deux organismes de crédit : 50 % d’ABC Holdings Limited, la maison mère de BancABC, ainsi que 100 % de l’ADC African Development Corporation AG, le holding allemand qui détenait une participation de 9,1 % dans Union Bank of Nigeria (UBN).

Alors que l’équipe dirigeante a été à plusieurs reprises la cible de critiques pour avoir effectué des acquisitions dont la valorisation était jugée excessive, la conjoncture économique du continent a aussi contribué à contrarier les ambitions du groupe. Dès 2016, la baisse des cours des matières premières, principale richesse du continent, avait pesé sur les perspectives de croissance de plusieurs pays de la région. Au Nigeria, la dévaluation du naira, en 2016, avait tronqué l’investissement initial d’Atlas Mara dans UBN, investissement qui avait été augmenté en 2017 à travers une levée de fonds auprès d’une filiale de l’assureur canadien Fairfax Financial Holdings Ltd.

Des choix géographiques problématiques

Au niveau opérationnel, ses filiales avaient du mal à atteindre une taille critique et continuaient à subir une concurrence acharnée de rivaux solidement capitalisés et à envergure régionale, comme Standard Chartered, Standard Bank Group et Absa Group. « La domiciliation de la banque aux îles Vierges, alors que son siège administratif restait à l’écart aux Émirats arabes unis, cristallisait sa propre vision d’un système financier africain censé migrer vers l’internet banking et le mobile banking, et où le réseau d’agences bancaires avait moins d’importance », poursuit l’analyste.

Avec le recul, les choix géographiques d’Atlas Mara se sont aussi révélés problématiques : le Zimbabwe était en proie à une crise économique, le gouvernement zambien éprouvait des difficultés à rembourser des dettes, tandis que le Mozambique, lui, sombrait dans une récession à la suite de révélations sur des dettes publiques frauduleuses contractées à l’insu du FMI.

Pour renflouer ses capitaux propres, Fairfax Africa Holdings est ainsi devenu la maison mère d’Atlas Mara avec 49 % des actions en circulation après une augmentation de capital. Le fonds d’investissement Wellington Management Company reste le deuxième plus grand actionnaire du groupe (9,9 %). Quant au courtier de matières premières Trafigura Holdings Limited, il détient encore une participation minoritaire de 2,4 %.

Atlas Mara mise sur UBN et l’internet banking

Le 6 février, lors de l’annonce de la démission de Bob Diamond, qui reste parmi les cinq plus grands actionnaires de la banque et conserve ainsi son titre de membre du conseil d’administration, le management avait indiqué que l’établissement « continuerait de se focaliser sur ses marchés de base, où il [était] concevable d’atteindre un leadership ». Dans les autres pays, l’équipe dirigeante, chapeautée par Michael Wilkerson, président de Fairfax Africa, « cherchera des partenariats ou la liquidation de ses participations pour réduire l’exposition aux risques ».

La banque ambitionne maintenant de figurer parmi les cinq plus grands opérateurs des marchés où elle intervient. Avec 49 % du capital, UBN constitue actuellement le noyau des filiales autour desquelles le management espère encore créer de la valeur pour les actionnaires. L’acquisition des 35 % détenus par la maison mère, Fairfax Africa, dans le sud-africain GroCapital Holdings Limited pourrait aussi catalyser ses plans de développement dans l’internet banking.

Bob Diamond en septembre 2018 à Londres.

Bob Diamond en septembre 2018 à Londres. © Chris Ratcliffe/Bloomberg/Getty Images

Pour sa part, Bob Diamond consacre maintenant tout son temps à Atlas Merchant Capital, le fonds d’investissement qu’il dirige depuis New York et qui détient des participations dans une liste de sociétés qui compte Kepler Cheuvreux, en France, Panmure Gordon & Co., en Angleterre, l’assureur américain Talcott Resolution Life, et Praxia Bank, en Grèce.

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