BTP & Infrastructures

BTP : pourquoi la sénégalaise CSE se recentre sur ses bases

Le premier tronçon du TER, projet phare de Macky Sall et du PSE, a été réceptionné le 14 janvier. Ici, la gare de Dakar.

Le premier tronçon du TER, projet phare de Macky Sall et du PSE, a été réceptionné le 14 janvier. Ici, la gare de Dakar. © Lionel Mandeix/Présidence Sénégal

Autrefois active dans une dizaine de pays ouest-africains, la Compagnie sahélienne d’entreprises a réduit sa présence régionale et réalise désormais 60 % de son activité sur son marché domestique.

L’un des principaux poids lourds du BTP au Sénégal, aux côtés d’Arezki, du Consortium d’entreprises (CDE) et d’Eiffage, effectue depuis quelque temps ce que l’on appelle un retour en zone. Jusqu’ici, la CSE réalisait près de 60 % de son chiffre d’affaires annuel consolidé hors de ses bases sénégalaises.

Jadis présente dans une dizaine de pays, elle a aujourd’hui resserré son périmètre d’activité dans une poignée de pays de la sous-région (Mali, Sierra Leone, Liberia, Burkina Faso). Pour preuve, depuis deux ans, son agence nigérienne est fermée.

Les raisons du recentrage stratégique d’une entreprise comptant pourtant parmi les pionnières de l’expansion régionale ?

« On ne veut plus être partout. Avec les coûts occasionnés par la logistique aérienne, vous ne gagnez pas forcément de l’argent, vous en perdez même souvent », assure Oumar Sow, président du holding qui réalise un chiffre d’affaires annuel consolidé d’une centaine de milliards de F CFA (plus de 150 millions d’euros).

Ce repli tient aussi à la dégradation des conditions de sécurité. De fait, la quasi-totalité des pays de la zone sahélienne d’Afrique de l’Ouest est en proie aux attaques jihadistes. Sans doute faut-il y voir aussi un effet du durcissement de la compétition.

Pour autant, la CSE ne renonce pas à toute ambition en Afrique centrale. Son directoire envisage, dans les années à venir, d’aller prospecter les marchés camerounais ou congolais. La Guinée-Bissau, plus proche, est également dans son viseur.

Rude bataille en perspective puisque le groupe Arezky, l’autre opérateur sénégalais, y est solidement implanté. « Chacun y va avec ses atouts », tranche Oumar Sow.

Concurrence étrangère croissante

Réception du TER et inauguration de la Gare de Dakar Gare de Dakar, le 14 Janvier 2019© Présidence Sénégal / Photo : Lionel Mandeix

Réception du TER et inauguration de la Gare de Dakar Gare de Dakar, le 14 Janvier 2019© Présidence Sénégal / Photo : Lionel Mandeix © Lionel Mandeix/Présidence Sénégal

En attendant, la stratégie du recentrage se traduit dans les comptes de la CSE, puisqu’elle parvient à réaliser environ 60 % de son chiffre d’affaires sur ses terres grâce, notamment, aux commandes de l’État, principal client du secteur à travers les grands projets routiers.

L’entreprise jouit notamment d’une bonne réputation au sein de l’agence publique Ageroute. Le projet de désenclavement de l’île à Morphil, dans le nord du pays, et la construction de la route des Niayes représentent près de 40 % du carnet de commandes de la CSE, soit 150 milliards de F CFA.

De même, l’entreprise fondée en 1970 par Aliou Sadio Sow détient, en consortium avec le groupe français Eiffage (45 %) et le turc Yapi Merkezi (30 %), 25 % du lot M1 des travaux de construction du train rapide Dakar-Diamniadio (plateforme, pose des rails, rétablissements, passages à niveau, ponts).


>>> À LIRE – Reportage : CSE, la PME sénégalaise devenue leader ouest-africain du BTP


Des travaux presque bouclés, qui lui « donnent dorénavant des références dans le domaine des projets ferroviaires et la possibilité de soumissionner pour de nouveaux appels d’offres », se réjouit-il. Mais cette stratégie de repli n’est pas sans contrainte. Étroitesse du marché, rudesse de la concurrence étrangère, retards de paiement, cherté du crédit frappent aujourd’hui le secteur sénégalais du BTP.

En croissance constante grâce aux effets combinés du dynamisme économique que connaît le pays ces dernières années, aux investissements publics massifs dans les travaux d’infrastructures, le secteur attire aujourd’hui des opérateurs français, chinois, turcs, portugais, italiens, marocains…

À l’arrivée, les acteurs nationaux se sentent peu protégés face aux mastodontes étrangers, à commencer par les entreprises chinoises, dont certaines bénéficient de subventions à l’export de leur gouvernement.

« Cet attrait exercé par le marché sénégalais sur les opérateurs étrangers est aussi la rançon de la stabilité dont jouit le pays », analyse Ardo Sow, directeur général de la CSE. Que reste-t-il alors de la clause de traitement préférentiel destinée à privilégier les entrepreneurs locaux face aux toutes-puissantes multinationales ? Le bilan est mitigé car il ne peut fonctionner que sur les contrats publics, à condition que l’État ne prenne pas le moins-disant… Et concernant les projets soutenus par les bailleurs internationaux, la clause n’est pas appliquée.

Retards de paiement

Autre difficulté, les retards de paiement. Le problème est d’autant plus aigu que le secteur est caractérisé par un cycle de production et de paiement complètement différent des autres.

Nous rencontrons des difficultés de trésorerie parce que les États font souvent face à des contraintes budgétaires

« Nous consommons beaucoup de ressources en carburant, bitume, achat de matériel, en traitement du personnel, etc. Or, nous sommes payés au bout de six mois. Alors qu’en amont nos fournisseurs nous soumettent à des délais de paiement très contraignants de soixante jours au maximum », relève Massamba Guèye, directeur financier du groupe.

Le problème dépasse toutefois le seul cadre du Sénégal. « D’une manière générale, nous rencontrons des difficultés de trésorerie parce que les États font souvent face, eux aussi, à des contraintes budgétaires », nuance Oumar Sow.

À la question de savoir si la CSE a dans son pipeline de gros projets à venir, son président répond, sans en dévoiler la nature, par l’affirmative. Ce faisant, le patron du groupe, dont des ouvrages comme l’échangeur de l’Émergence et les travaux d’extension de la Voie de dégagement nord (VDN) à Dakar portent la signature, reste fidèle à la tradition de discrétion familiale. En près de cinquante ans à la tête de la CSE, Aliou Sow, disparu en 2017, n’avait presque jamais donné d’entretien à la presse. « C’est un métier de durs où on ne dévoile pas ses projets, sinon on s’affaiblit », martèle son successeur.


Oumar, Ardo et Mohamed Sow, au nom du père

02/04/2015. Dakar. Sénégal. Portrait de Oumar Sow Directeur Général de la Compagnie Sahélienne d’Entreprises (CSE) dans son bureau à Dakar. ©Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

02/04/2015. Dakar. Sénégal. Portrait de Oumar Sow Directeur Général de la Compagnie Sahélienne d’Entreprises (CSE) dans son bureau à Dakar. ©Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

À 56 ans, Oumar, aîné du clan Sow, est officiellement devenu président du groupe, depuis la disparition, en 2017, de son père, Aliou, fondateur de la CSE. Entre lui et son frère Ardo, directeur général, les rôles sont bien répartis.

Ce dernier, ingénieur en BTP formé au Canada, s’occupe de tout l’aspect technique, des chantiers au développement. Oumar, homme de relations qui a étudié la finance aux États-Unis, se charge, lui, de mettre des ressources à disposition du groupe et « de faire rentrer l’argent ».


>>> A LIRE – Sénégal : disparition d’Aliou Sadio Sow, bâtisseur dans l’âme


Décrit par ses collaborateurs comme ayant un style de management consensuel – « toutes les décisions sont prises de façon collégiale », affirme Ardo –, le patron de la CSE assure naturellement le rôle d’ambassadeur de l’entreprise, se déplaçant une vingtaine de fois dans l’année pour rencontrer les chefs d’État ou les ministres de tutelle dans la sous-région. Mohamed, lui, est DG de la SIDH (immobilier).

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