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Cet article est issu du dossier «Finance : en attendant la reprise»

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Finance

Banque d’affaires : Tunisie Valeurs prépare sa mue

Fadhel Abdelkefi, président du conseil d’administration de Tunisie Valeurs et ancien ministre.

Fadhel Abdelkefi, président du conseil d’administration de Tunisie Valeurs et ancien ministre. © Nicolas Fauqué

Pour répondre aux appels d’offres internationaux alors que son marché domestique est devenu trop étroit, l’intermédiaire boursier Tunisie Valeurs change de catégorie.

Après vingt-huit années d’existence, Tunisie Valeurs, qui pesait 5,8 millions d’euros de produit d’exploitation en 2018 (+ 17 %), est au sommet de sa carrière de conseiller gestionnaire financier et met KO tous ses concurrents nationaux. La même année, il avait réalisé 22 % du volume des capitaux traités par les intermédiaires en Bourse pour 1,7 milliard de dinars (505 millions d’euros), près de 8 points devant son premier rival, Attijari Intermediation.

En matière de gestion d’actifs, la firme du groupe Integra Partners (fruit du rapprochement avec AfricInvest) monte aussi sur la première marche du podium avec 18 % de part de marché et 850 millions de dinars répartis en gestion de fonds et de comptes.

Fort de ces atouts, Fadhel Abdelkefi, président du conseil d’administration de Tunisie Valeurs et ancien ministre du Développement, de l’Investissement et, par intérim, des Finances (2016-2017), veut faire monter le groupe dans la catégorie poids lourds des banques d’affaires. Hormis l’octroi de crédits, la société fondée par son père exerce déjà tous les métiers (conseil, ingénierie financière, etc.) d’un établissement bancaire.

Un label banque d’affaires indispensable

Alors pourquoi prendre ce risque ? « Posséder le label banque d’affaires est très important pour les appels d’offres internationaux et pour accéder au marché des conseils financiers, surtout en Afrique », souligne Kais Kriaa, dirigeant du cabinet d’analyse financière AlphaMena.

Le conseil d’administration cherche des personnalités de la région Mena pour étoffer le management du futur établissement – dont le nom n’est pas encore défini – afin de mieux asseoir sa réputation à l’étranger. Jouer dans la cour internationale nécessite également de muscler ses actifs. Pour cela, Tunisie Valeurs a mis en Bourse, le 28 septembre 2018, plus d’un tiers de son capital.

Une stratégie payante puisque le prix de l’action a depuis grimpé de 8,9 %. Cette introduction (la seule sur la place en 2018) oblige aussi la société à une transparence indispensable pour l’obtention de marchés internationaux importants. La gouvernance va, elle, gagner en clarté. À côté de la banque d’affaires, le groupe va créer Tunisie Valeurs Bourse (intermédiation) et Tunisie Valeurs Asset Management (gestion d’OPCVM).

Des entreprises en demande de conseil

Dernier obstacle levé : l’augmentation de son capital social de 10 à 20 millions de dinars, exigée par la Banque centrale. Lors de l’assemblée générale extraordinaire du 19 avril, la société a voté le doublement de ses fonds propres par incorporation de réserves via l’émission de 2 millions d’actions d’une valeur de 5 dinars.

Cette officialisation ne pourra qu’être bénéfique à la professionnalisation du marché bancaire tunisien

La décision d’accorder l’agrément est attendue fin juillet, soit quasi un an après que Tunisie Valeurs a déposé le dossier. « Cette officialisation ne pourra qu’être bénéfique à la professionnalisation du marché bancaire tunisien. Cette demande d’homologation montre aussi que les entreprises ont soif de conseil : doivent-elles s’introduire en Bourse, avoir recours au marché financier ? », détaille Ahmed el Karam, le président de l’association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers. Habib Karaouli, le dirigeant de Cap Bank, jusqu’ici l’unique banque d’affaires du pays, est également ravi d’avoir bientôt – enfin – un adversaire aussi « professionnel et sérieux » à qui se mesurer sur le ring.


L’« affaire » Abdelkefi

Août 2017 : Fadhel Abdelkefi découvre sur Facebook qu’il a été condamné par contumace en 2014 à une peine de prison et à une amende de 1,8 million de dinars. Alors dirigeant de Tunisie Valeurs, il aurait « oublié » de rapatrier les revenus de sa filiale marocaine. Le ministre présente sa démission et revient dans la société familiale. La Cour de cassation le blanchit le 5 mars 2019.

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