Politique

Kenya : Daniel arap Moi, toujours incontournable sur la scène politique

Daniel arap Moi, ancien président kényan © SAYYID AZIM/AP/SIPA

Qu’importent l’âge et les déboires judiciaires, l’ancien président kényan Daniel arap Moi continue de peser sur la scène politique locale.

Avachi dans son fauteuil, Daniel arap Moi n’a plus grand-chose de l’autoritaire président qui a régné d’une main de fer sur le Kenya de 1978 à 2002. Mais il a beau être très affaibli physiquement, il fait toujours parler de lui : mi-mai, la justice kényane l’a condamné à verser 10 millions de dollars à une famille qui l’accusait d’avoir illégalement acquis son terrain, en 1983, avant de le revendre en 2007.

D’autres dossiers sont en attente, dont une affaire similaire concernant une parcelle de huit hectares à Nairobi. « Baba Moi », souvent présenté comme l’un des principaux propriétaires terriens du pays, est fréquemment accusé d’avoir acquis sa fortune grâce à des transactions douteuses.

Ses déboires judiciaires n’ont toutefois pas affaibli son aura. À 94 ans, il reste un personnage incontournable du paysage politique kényan. En témoigne le ballet quasi ininterrompu de visiteurs qui se succèdent à son domicile, belle bâtisse située à Kabarak, sur les hauteurs de Nakuru, dans l’ouest du pays.

Un atout maître

Aussi, lorsqu’en avril 2018 l’opposant Raila Odinga lui rend visite, la rencontre fait la une des journaux. Mais, ce jour-là, c’est la présence d’un autre personnage qui est au centre de toutes les interrogations : celle de Gideon Moi, le fils de l’ancien président. Il n’est un secret pour personne que ce sénateur du comté de Baringo nourrit des ambitions pour la présidentielle de 2022. « Daniel arap Moi n’est plus que l’ombre de l’homme politique féroce qu’il a été, mais Gideon Moi l’utilise pour servir ses ambitions », estime le politologue kényan Karuti Kanyinga. Problème : William Ruto, sulfureux vice-président issu, comme Moi, de l’ethnie kalenjine, a lui aussi prévu de se présenter.

En 2017, Ruto s’est affirmé comme l’un des seuls membres du camp Kenyatta à même de tenir la barque pendant la contestation qui a suivi la tenue de l’élection présidentielle, et il a les yeux rivés sur 2022. L’accord tacite qui le lie au président kényan et doit théoriquement lui garantir le soutien de la coalition au pouvoir lors du prochain scrutin a beau battre de l’aile, il n’a pas l’intention de laisser passer sa chance.

il reste un atout clé dans l’optique d’une présidentielle de par son statut d’ancien président et sa fortune

« Ruto est extrêmement clivant au Kenya. Il symbolise toute la corruption de l’élite politique. Gideon a un espace à exploiter, mais il a besoin d’asseoir sa crédibilité en utilisant le nom de son père », poursuit Karuti Kanyinga. « Moi n’a plus la capacité à mobiliser les foules pour qu’elles se rallient à un candidat. Mais il reste un atout clé dans l’optique d’une présidentielle de par son statut d’ancien président et sa fortune personnelle », ajoute la chercheuse Gabrielle Lynch, spécialiste de la Rift Valley.

Moi, en dépit de son âge et de sa santé, pourrait-il jouer un rôle de « faiseur de rois » ? Cela semble excessif, d’autant qu’en 2002 il avait échoué à imposer Uhuru Kenyatta comme son successeur face à Mwai Kibaki. Mais les va-et-vient à son chevet montrent que, à trois ans de l’élection, Kabarak semble toujours être une étape incontournable pour quiconque entend briguer la State House.

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