Politique

Décès de Daniel arap Moi, ex-président devenu incontournable dans la vie publique au Kenya

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Mis à jour le 04 février 2020 à 12h21
Daniel arap Moi, ancien président kényan

Daniel arap Moi, ancien président kényan © SAYYID AZIM/AP/SIPA

Le décès de l’ancien président Daniel arap Moi rappelle au Kenya les 24 années de régime autoritaire de ce président dont le départ en 2002 n’avait été que très relatif, « Baba Moi » étant resté une figure tutélaire de la vie politique comme un habitué des tribunaux.

Son décès à 95 ans a été annoncé mardi 4 février par le président Uhuru Kenyatta, qui avait été son dauphin. Daniel arap Moi avait succédé au père de l’actuel chef de l’État, Jomo Kenyatta, premier président du Kenya indépendant. Le Kenya contemporain enterre donc bien avec « Baba Moi » une personnalité incontournable de son histoire, auquel il réserve un deuil national et des obsèques d’État.

Sur la fin de sa vie, Daniel arap Moi n’avait plus grand-chose de l’autoritaire président qui a régné d’une main de fer sur le Kenya de 1978 à 2002. Mais même très affaibli physiquement, il faisait toujours parler de lui : mi-mai, la justice kényane l’avait condamné à verser 10 millions de dollars à une famille qui l’accusait d’avoir illégalement acquis son terrain, en 1983, avant de le revendre en 2007.

D’autres dossiers étaient en attente, dont une affaire similaire concernant une parcelle de huit hectares à Nairobi. « Baba Moi », souvent présenté comme l’un des principaux propriétaires terriens du pays, était fréquemment accusé d’avoir acquis sa fortune grâce à des transactions douteuses.

Ses déboires judiciaires n’ont toutefois pas affaibli son aura. Jusqu’à sa mort, il est resté un personnage incontournable du paysage politique kényan. En témoigne le ballet quasi ininterrompu de visiteurs qui se succèdaient à son domicile, belle bâtisse située à Kabarak, sur les hauteurs de Nakuru, dans l’ouest du pays.

Un atout maître

Aussi, lorsqu’en avril 2018 l’opposant Raila Odinga lui rend visite, la rencontre fait la une des journaux. Mais, ce jour-là, c’est la présence d’un autre personnage qui est au centre de toutes les interrogations : celle de Gideon Moi, le fils de l’ancien président.

Il n’est un secret pour personne que ce sénateur du comté de Baringo nourrit des ambitions pour la présidentielle de 2022. « Daniel arap Moi n’est plus que l’ombre de l’homme politique féroce qu’il a été, mais Gideon Moi l’utilise pour servir ses ambitions », estimait alors le politologue kényan Karuti Kanyinga.

Problème : William Ruto, sulfureux vice-président issu, comme Moi, de l’ethnie kalenjine, a lui aussi prévu de se présenter.

En 2017, Ruto s’est affirmé comme l’un des seuls membres du camp Kenyatta à même de tenir la barque pendant la contestation qui a suivi la tenue de l’élection présidentielle, et il a les yeux rivés sur 2022. L’accord tacite qui le liait au président kényan et doit théoriquement lui garantir le soutien de la coalition au pouvoir lors du prochain scrutin avait beau battre de l’aile, il n’avait pas l’intention de laisser passer sa chance.

Daniel arap Moi reste un atout clé dans l’optique d’une présidentielle de par son statut d’ancien président et sa fortune

« Ruto est extrêmement clivant au Kenya. Il symbolise toute la corruption de l’élite politique. Gideon a un espace à exploiter, mais il a besoin d’asseoir sa crédibilité en utilisant le nom de son père », poursuit Karuti Kanyinga.

« Moi n’a plus la capacité à mobiliser les foules pour qu’elles se rallient à un candidat. Mais il reste un atout clé dans l’optique d’une présidentielle de par son statut d’ancien président et sa fortune personnelle », analysait en mai dernier la chercheuse Gabrielle Lynch, spécialiste de la Rift Valley.

Moi, en dépit de son âge et de sa santé, tentait de jouer un rôle de « faiseur de rois ». Avec plus ou moins de succès, puisqu’en 2002 il avait échoué à imposer Uhuru Kenyatta comme son successeur face à Mwai Kibaki. Mais les va-et-vient à son chevet montraient que, à trois ans de l’élection, Kabarak représentait toujours une étape incontournable pour quiconque entendait briguer la State House.

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