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Cet article est issu du dossier «Finance : en attendant la reprise»

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Bourse

Introductions en Bourse : les investisseurs attendent la reprise après un début 2019 difficile

MTN Nigeria a généré un gain de 21 % après seulement deux jours de cotation à Lagos, en mai. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

Les principales places boursières du continent affichent des performances médiocres depuis le début de l’année. Mais l’amélioration de la conjoncture devrait ranimer l’intérêt des investisseurs.

De Jumia à Oragroup, en passant par MTN Nigeria, les introductions de sociétés africaines en Bourse se sont multipliées ces derniers mois sur les places du continent comme à Londres ou à New York. Cependant, la conjoncture morose des marchés de capitaux en Afrique tempère l’intérêt des investisseurs locaux et étrangers. La faute à des indices boursiers en berne.

Depuis le début de l’année, huit places financières du continent parmi les neuf plus grandes Bourses affichent des performances négatives au 15 mai. Seule l’Afrique du Sud gagne 6,3 %, alors que les pertes au Ghana, en Tunisie et au Kenya dépassent les 4 %. La Tanzanie recule de 8 %, tandis que le Nigeria affiche la plus mauvaise performance, dégringolant de 10 %.

En 2018 déjà, sept places financières n’étaient pas parvenues à créer de la valeur pour les investisseurs. Au Kenya et en Côte d’Ivoire, les pertes dépassaient les 24 %. L’Égypte atteignait à peine l’équilibre, alors que la Tunisie engrangeait un gain de 15,6 %. Conclusion : pour les nouvelles recrues des places financières africaines, il n’est pas toujours assuré d’afficher des rendements positifs.

Les places financières les plus développées du continent ne cessent de monopoliser les IPO (« introduction en Bourse », en anglais), notamment celles de Johannesburg, de Lagos et d’Abidjan – où est établie la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) des huit pays d’Afrique de l’Ouest.


>>> À LIRE – Dossier – Bourses africaines : 2018, l’année noire


MultiChoice a levé plus de 3 milliards de rands

Parmi les entreprises qui ont réalisé de belles performances dès leur introduction, on remarque MTN Nigeria Communications, qui a généré un gain de 21 % à 108,9 nairas (0,26 euro) au 17 mai, après seulement deux jours de cotation à la Bourse de Lagos. La filiale du plus grand opérateur de téléphonie du continent, le sud-africain MTN, avait cédé ses actions au prix initial de 90 nairas.

En Afrique du Sud, le groupe de chaînes privées de télévision MultiChoice, propriété de la société d’e-commerce Naspers, affichait aussi une performance de 21 % au 15 mai, après avoir levé 3,72 milliards de rands (231 millions d’euros) en s’introduisant à la Bourse de Johannesburg le 27 février.

Les actions Oragroup, Skyway Aviation et Eastern Company n’ont pas eu le rendement escompté

À l’inverse, la liste des sociétés dont les actions ont manqué de rendement après avoir ouvert leur capital aux investisseurs compte Oragroup, le holding togolais d’Orabank qui a fait son entrée à la BRVM le 16 avril et dont le titre reculait de 1 % au 15 mai. « La valorisation initiale de certaines introductions, comme celle d’Oragroup récemment, a été excessive, ce qui a pesé sur la performance du titre depuis son introduction en Bourse », juge l’analyste Wilfride Becket, qui couvre le marché des actions chez Bici Bourse, à Abidjan.

L’action Skyway Aviation Handling, pour sa part, s’échangeait à 65 nairas à Lagos, soit le prix d’introduction du 26 avril, alors que le producteur de cigarettes Eastern Company SAE, contrôlé par l’État égyptien, perdait 4 % par rapport au cours de l’IPO du 3 mars au Caire.

Principales entrées en Bourse en 2019 © JA

Des opportunités d’achat apparaissent

Au Ghana, la cotation d’Energy Commercial Bank a tout bonnement été abandonnée. À la suite de la faible demande des investisseurs dans l’offre publique, qui ciblait une levée de 340 millions de cédis (59 millions d’euros), le management de l’établissement financier a dû accepter une fusion avec First International Bank. « Le risque politique [comme les échéances électorales de 2020 au Ghana ou en Côte d’Ivoire] constitue un frein pour les investisseurs. Il pèse sur la valorisation et les performances boursières dans la région, et ce n’est jamais le bon moment de s’introduire en Bourse, alors que la tendance générale des indices est à la baisse », poursuit l’analyste.

Avec le recul inexorable des indices boursiers en Afrique, plusieurs opportunités d’achat d’actions commencent à se manifester. Le All Share Index Real Time, en Tanzanie, traitait le 15 mai à moins de 4,6 fois les bénéfices générés par les sociétés cotées. En revanche, le Maroc et la Tunisie figuraient, eux, parmi les places financières où les bénéfices prévisionnels des émetteurs étaient le moins en adéquation avec les cours des actions, suggérant une possible correction à la baisse.

L’expansion du PIB des pays d’Afrique subsaharienne devrait atteindre 3,5 % en 2019

Alors que des valorisations attractives pourraient inverser la tendance baissière et pousser les gestionnaires de fonds à repenser leurs positions en Afrique, les perspectives d’une plus grande croissance économique devraient se répercuter sur la profitabilité des émetteurs, améliorant l’attractivité de leurs actions en Bourse.

Selon les estimations du FMI publiées le mois dernier, l’expansion du PIB des pays d’Afrique subsaharienne devrait atteindre 3,5 % en 2019, en nette accélération par rapport aux 2,9 % enregistrés en 2018 et surclassant la croissance mondiale, estimée à 3,3 %. Par rapport aux données de janvier, l’institution a revu à la hausse ses projections pour l’année 2020 de 10 points de base, à 3,6 %, alors que les estimations de la croissance globale étaient restées inchangées. Plus du tiers des pays de la région devraient enregistrer une croissance dépassant les 5 %, non seulement en 2019 mais aussi en 2020, selon le FMI.

Performance des principaux indices boursiers en 2019 © JA

Avec la reprise de la conjoncture économique et l’amélioration des conditions de marché qui se profilent, les annonces de nouvelles introductions se multiplient, même si toutes les IPO planifiées ne finissent pas nécessairement par se concrétiser. L’année dernière, trois opérateurs du secteur des infrastructures de télécommunications, Eaton Towers, Helios Towers Africa et IHS Towers, avaient annulé à la dernière minute leurs plans de cotation en Bourse, en citant les conditions défavorables du marché boursier londonien.

Le Ghana va créer un fonds pour regrouper ses intérêts miniers

La cotation à Londres et à New York reste une bonne solution. Jumia a ainsi levé le 11 avril l’équivalent de 196 millions de dollars (175 millions d’euros) en s’introduisant à Wall Street. Le cours de l’action de la société, focalisée sur 14 pays, avait bondi de 62 % au 15 mai, soit une valeur totale d’entreprise de 1,8 milliard de dollars. Cependant, le titre avait auparavant atteint un pic au 1er mai avec des gains culminant à 224 %.

Le nigérian Dangote Cement, dont les actions sont déjà cotées à Lagos, veut ouvrir son capital aux investisseurs à Londres. © C. BIBBY/Financial Times/REA

Pour sa part, le nigérian Dangote Cement, dont les actions sont déjà cotées à Lagos, veut ouvrir son capital aux investisseurs à travers une introduction à la Bourse de Londres, a indiqué Aliko Dangote, l’homme le plus riche du continent. « Plusieurs sociétés africaines qui cherchent à s’introduire en Bourse préfèrent la liquidité et la profondeur des marchés développés plutôt que les Bourses locales où les multiples de valorisation sont bas », selon Wilfride Becket. « S’aligner sur les valorisations des marchés européens et américains leur permet de lever plus de fonds », ajoute-t-il.

Au Ghana, le ministre des Finances, Ken Ofori-Atta, a annoncé au Parlement que son département a déjà sélectionné des conseillers financiers et juridiques pour la création d’un fonds qui regroupera les intérêts miniers du pays avant de procéder à une double cotation à Accra et à Londres.


Les télécoms en pleine effervescence

Le secteur des télécoms multiplie les annonces. Millicom Tanzania ciblerait une cotation en Tanzanie, alors que l’opérateur Mascom compte ouvrir son capital avant la fin de l’année aux investisseurs à la Bourse du Botswana, selon son plus grand actionnaire, le milliardaire zimbabwéen Strive Masiyiwa, président d’Econet.

Airtel Africa, filiale du deuxième plus important opérateur de téléphonie mobile en Inde, Bharti Airtel, a lui opté pour la place financière britannique. La levée de fonds de près de 1 milliard de dollars (893 millions d’euros) de la société contrôlée par le magnat Sunil Mittal, qui intervient dans pas moins de 13 pays du continent, devrait se concrétiser dans les quatre prochains mois, selon le management.

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