Politique

[Analyse] En Côte d’Ivoire, une présidentielle à plusieurs inconnues

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André Silver Konan est un journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

Un électeur signe devant des assesseurs, en 2010.

Un électeur signe devant des assesseurs, en 2010. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

À dix-sept mois de l’élection présidentielle de 2020, seul Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale, paraît être en précampagne. En face, les trois grands partis ivoiriens – le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) d’Alassane Ouattara, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié et le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo entretiennent l’incertitude.

Se souviennent-ils que cette stratégie de la montre a été le meilleur ennemi d’Emmanuel Ramazani Shadary en RD Congo ? Ouattara, Bédié et Gbagbo ne voient-ils pas que, quels que soient les candidats finalement désignés en Côte d’Ivoire, le temps risque de jouer contre eux ? Au Congo, Joseph Kabila a fait de Ramazani Shadary son dauphin quatre mois seulement avant le scrutin du 30 décembre 2018. Espérait-il mettre les autres candidats potentiels (de son camp) devant le fait accompli et les contraindre à se rassembler autour de celui qu’il avait choisi ? Si c’est le cas, cela a été un échec.

Revenons en Côte d’Ivoire. L’image est quasi unique dans l’album politique du pays. Guillaume Soro, assis sur un banc de fortune, boit du lait dans un modeste kiosque à café de province. Le fait paraît banal, mais la scène est symbolique : le député de Ferkessédougou (Nord), qui a fêté ses 47 ans le 8 mai, est en train de se construire une image d’enfant du pays. Pendant ce temps, tenus dans l’ignorance de la décision qui sera un jour prise, les potentiels candidats des trois principales formations politiques doivent attendre.

Plusieurs personnalités présidentiables

Alassane Ouattara, pourtant, s’est exprimé sur le sujet. « Je crois que je peux prendre ma décision conformément à la Constitution, fin juillet 2020, puisque les élections auront lieu le 28 octobre 2020 », a-t-il déclaré. Autrement dit, il préfère attendre le dernier moment pour annoncer – et peut-être même prendre – sa décision et n’exclut pas de se porter lui-même candidat, au risque de relancer le débat sur la légalité d’un troisième mandat et, partant, une crise politique. Il y a pourtant des personnalités présidentiables au sein du RHDP, comme le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, ou le ministre d’État Hamed Bakayoko. Et, contrairement à Ramazani Shadary, ils peuvent revendiquer une certaine notoriété.

Personne ne part en campagne en ayant peur de recevoir des coups !

Quid de Bédié et de Gbagbo ? Le patron du PDCI aura 86 ans en 2020. Il écrase les ambitions dans son camp et continue de poser des actes qui laissent penser que, s’il ne se lance pas lui-même dans la course, c’est lui qui aura personnellement choisi le candidat du parti. Une stratégie désastreuse pour une formation qui ne part pas avec l’avantage d’être déjà au pouvoir et dont les candidats potentiels (Thierry Tanoh ou Jean-Louis Billon, par exemple) n’ont pas besoin d’être ainsi biberonnés. Personne ne part en campagne en ayant peur de recevoir des coups ! Le PDCI a même tout à gagner à commencer dès maintenant à mobiliser ses ressources financières et humaines.


>>> À LIRE – Côte d’Ivoire : la présidentielle de 2020, c’est déjà demain


La problématique qui se pose au camp Gbagbo est assez similaire. Depuis Bruxelles, où il est en liberté conditionnelle, l’ancien président ne cache pas à certains de ses visiteurs son envie de se porter lui-même candidat. De ce fait, il n’hésite pas à étouffer les ambitions de sa propre épouse, Simone, et à fragiliser davantage Pascal Affi N’Guessan, le président légal du parti, alors que la procédure judiciaire à la Cour pénale internationale (CPI) n’a pas encore connu son épilogue. Plus le temps passe, plus le camp « Gbagbo ou rien » court le risque de ne pas présenter de candidat en 2020. Comme en 2015.

C’est connu : une précampagne bien menée peut conduire à des surprises si le scrutin est transparent

De par leurs ambitions personnelles ou de par leurs manœuvres pour imposer un de leurs obligés sans prendre la peine de consulter la base, Bédié, Gbagbo et Ouattara sont en train de laisser Soro seul dans la course à la précampagne. C’est connu : une précampagne bien menée peut conduire à des surprises si le scrutin est transparent. François Hollande, qui avait sillonné les provinces françaises bien avant la présidentielle de 2012, reste un exemple parfait !

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