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Congo : Paul Obambi doit encore faire ses preuves avec les mines de Mayoko

Le gisement de Mayoko, dans l’ouest du Congo, a produit 120 000 tonnes de fer l’an dernier. © DR

Si Paul Obambi, le patron de Sapro, a enfin vendu une cargaison de fer, reste à savoir si le minerai congolais séduira les industriels chinois, et à résoudre de nombreux problèmes logistiques.

Pendant un an, le fer extrait du gisement de Mayoko, dans l’ouest du Congo, se sera amoncelé à la mine et au port de Pointe-Noire dans l’attente d’un acquéreur. Le 19 avril, un premier bateau a finalement quitté les quais ponténégrins avec 23 000 tonnes destinées à la Chine. L’influent patron local Paul Obambi, fondateur de Sapro, qui a fait ses classes dans le négoce pétrolier, avait crié victoire un peu vite en organisant en mai 2018 une cérémonie sur ces mêmes quais à l’occasion du lancement de la production de sa mine, reprise en septembre 2016 au sud-africain Exxaro.

Sapro a eu besoin de temps pour qu’un acheteur lui fasse confiance. Pour cela, il a dû notamment s’attaquer à ses problèmes logistiques liés à la vétusté du Chemin de fer Congo Océan (CFCO), entité publique sur laquelle transite son minerai. Si des discussions ont eu lieu entre Sapro et le géant suisse Glencore, actif au Congo et dans le négoce de fer, c’est finalement le britannique Ashley Global Shipping, à la fois transporteur maritime et trader de matières premières, qui a acheté la cargaison.

Le prix du fer au plus haut

« Glencore était intéressé par la qualité de notre minerai, d’une teneur en fer de 65 %, mais il ne nous a pas offert des conditions aussi avantageuses qu’Ashley Global Shipping, une compagnie familiale et centenaire avec laquelle nous avons signé un premier contrat portant sur 120 000 t, ce qui représente, à nos cadences actuelles, entre quatre et cinq mois de production », affirme Paul Obambi Jr, fils du fondateur et directeur général de Sapro Mayoko, la branche minière du groupe familial.

Cette première exportation arrive à point nommé pour les entrepreneurs congolais, alors que les prix du fer sont au plus haut, après une envolée de 30 % depuis le début de 2019. La hausse des cours est principalement due à l’arrêt, à la fin de janvier, de la mine brésilienne de Córrego do Feijão, propriété de Vale, à la suite de la rupture d’un barrage qui a fait des centaines de victimes. Cette interruption a obligé Vale, premier producteur mondial – 335 millions de t écoulées en 2018 – à diminuer sa production de 10 %, dans un marché où le groupe brésilien et les australiens BHP Billiton, Rio Tinto et FMG pèsent près des deux tiers des volumes échangés.


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Selon les analystes, cette conjoncture favorable sur le marché du fer ne devrait toutefois pas se maintenir à moyen terme. « Les prix de vente de gré à gré [le fer n’est pas coté] sont actuellement à leurs niveaux les plus élevés depuis presque trois ans, et particulièrement pour les minerais à forte teneur en fer, au-dessus de 62 %. Mais, d’ici à quelques mois, de nouveaux projets majeurs doivent entrer en production en Australie et au Brésil, ce qui pourrait orienter les prix à la baisse », estime Magnus Ericsson, spécialiste du secteur minier chez RMG Consulting.

L’essentiel de la production toujours bloqué

Par ailleurs, si le premier navire chargé du fer de Mayoko marque une première étape réussie pour Sapro – et permet par là même au Congo d’intégrer le club des pays exportateurs de fer, dont font aussi partie la Mauritanie, l’Afrique du Sud, la Sierra Leone et le Liberia –, il reste à Obambi père et fils nombre de défis à relever avant de pérenniser leur projet extractif situé à plus de 400 km de Pointe-Noire.

Des défis logistiques d’abord, en vue de réussir à fluidifier le transit du minerai sur le CFCO, avec lequel Sapro Mayoko a noué un partenariat. Pour le moment, l’essentiel de la production depuis un an – environ 90 000 t sur 120 000 – est encore bloqué au niveau de la mine du fait du risque élevé de déraillement des convois.

« Nous nous occupons de la dévégétalisation des abords de la voie, du changement de rails dégradés, mais aussi d’entretenir et d’augmenter le nombre de nos locomotives et celui de nos wagons. D’ici à quelques jours, nous disposerons de matériel pour transporter 500 000 t de fer par an », annonce encore Obambi Jr.

Exporter 2 millions de tonnes à partir de 2022

Mais il faudra surtout que Sapro pérennise la commercialisation de son fer au-delà de ce premier contrat de 120 000 t, pour pouvoir en exporter 2 millions de t à partir de 2022. « La teneur en fer est importante, mais d’autres composants – silice et alumine notamment – interviennent dans l’appréciation de la qualité du minerai parce qu’ils rendent sa transformation plus ou moins facile par les groupes sidérurgiques », explique l’analyste suédois. Pour Sapro, il faut donc maintenant que ses premières cargaisons tests parties de Pointe-Noire séduisent les industriels chinois.

Parvenir à vendre une cargaison de fer à Glencore pourrait aussi être considéré comme un gage de qualité pour la production de la mine de Mayoko. Selon Paul Obambi Jr, le contact n’est d’ailleurs pas rompu avec le trader suisse, qui détient par ailleurs le gisement de Zanaga et est l’un des principaux acheteurs de pétrole du pays.


Glencore joue la montre à Zanaga

Le groupe suisse a hérité du projet de Zanaga en 2010 lors de sa fusion avec son compatriote Xstrata mais semble peu enclin à accélérer son développement. En mars 2018, Glencore et son partenaire ont annoncé vouloir réduire le rythme de production prévu de 30 à 12 millions de tonnes de fer par an, mais ils n’ont donné aucune date d’entrée en exploitation.

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