Cinéma

Maroc : « Une urgence ordinaire », un inquiétant diagnostic du système hospitalier

« Une urgence ordinaire », du réalisateur Mohcine Besri.

« Une urgence ordinaire », du réalisateur Mohcine Besri. © Louise productions

Avec « Une urgence ordinaire », le réalisateur Mohcine Besri ausculte la société marocaine dans le cadre d’un huis clos hospitalier.

Comme le dit Mohcine Besri, qui représentait le Maroc au 17e Festival international du film de Marrakech : « Il existe deux façons de dresser le bilan d’une société : observer une école publique ou un hôpital. » C’est pourquoi, de la première minute à la quatre-vingt-cinquième d’Une urgence ordinaire, le réalisateur suisso-marocain ne sort jamais d’un huis clos. Il l’avait déjà fait pour son deuxième long-métrage, Les Mécréants, qui lui avait permis d’être récompensé au Cairo International Film Festival en 2012.

Symbole d’un « système défaillant »

Cette fois, c’est dans l’ambiance bruyante de l’hôpital de Casablanca, bondé de patients coincés dans une file d’attente sans fin, que les histoires des personnages s’entremêlent. Ayoub, un enfant de 6 ans nécessitant une opération urgente, attend qu’une place se libère avec ses parents, Driss et Zahra, qui ne peuvent pas lui offrir des soins privés. Jour après jour, une simple opération se transforme en calvaire pour cette famille de pêcheurs originaire d’un village isolé. Selon Mohcine Besri, « l’hôpital n’est que le symbole d’un système défaillant dont les plus démunis sont les premières victimes ».

Ce personnage reflète mon rapport avec un pays que j’aime mais qui ne nous aime pas

Aux côtés d’Ayoub, il y a son camarade de chambre Ali. Récemment revenu d’Europe, ce jeune dépressif tente de se suicider dès la première scène du film. Il raconte être déçu par « un échec amoureux », non pas avec une femme, mais avec son pays. Un récit en partie autobiographique. Le réalisateur a également quitté le pays, en 1994, pour terminer ses études en Europe. « Ce personnage reflète mon rapport avec un pays que j’aime mais qui ne nous aime pas », dit-il.

Note de colère

C’est ce que pense aussi Tareq, le médecin qui déambule sans trêve dans les sombres couloirs du huis clos et tente en vain de s’occuper d’Ayoub et d’Ali. Entre deux cigarettes, le médecin s’interroge sur ce qui l’a poussé à retourner dans son pays. Sa conclusion ? L’hôpital de Casablanca a besoin de lui, parce que « l’urgence est quotidienne ». D’où le titre français du film. Sa traduction en arabe – Tafaha al-kail, « on n’en peut plus » – ajoute une note de colère bien présente dans le récit.

Ce drame, à la fois tragique et ironique, ne met en scène que l’ordinaire quotidienneté. « Pendant le tournage, les figurants me racontaient leurs expériences, explique Besri. Les gens se sont reconnus à l’écran. » Inspiré par le réalisateur italien Nanni Moretti et par sa façon de mettre en scène la société, Mohcine Besri soigne chaque détail, chaque image. Fruit d’un « long travail de recherche qui a duré des années », Une urgence ordinaire ausculte un système défaillant, mais aussi les thèmes plus vastes de la pauvreté et des migrations. C’est « une métaphore des maux de notre société ».

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