BTP & Infrastructures

BTP : Inoussa Kanazoé accélère l’industrialisation de Cim Metal

Usine Cimfaso © Cimfaso

Après son propre pays et la Côte d’Ivoire, le Burkinabè Inoussa Kanazoé, fondateur de Cim Metal, s’attaque au marché malien. Objectif : faire de son groupe le leader du secteur en Afrique de l’Ouest.

Encouragé par la percée de Cimfaso dans son pays et principal marché, le consortium burkinabè Cim Metal Group multiplie les projets cimentiers pour devenir numéro un en Afrique de l’Ouest francophone. Une casquette d’industriel qui confirme l’ancrage du self-made-man Inoussa Kanazoé dans les affaires. Le très discret patron de Cim Metal Group, qui a fait ses armes dans l’importation de ciment à partir des années 1990, poursuit la transformation de son groupe en un acteur industriel de premier plan.

Après avoir lancé CimFaso en 2015, puis l’usine Cim Ivoire pour environ 60 milliards de F CFA, soit plus de 90 millions d’euros – d’une capacité de 3 millions de tonnes, elle a été implantée dans la zone portuaire d’Abidjan au début de cette année –, il s’apprête à franchir un nouveau cap en commençant la construction de Cim Mali. « Nous avons déjà signé avec le gouvernement malien la convention pour le démarrage des travaux, prévu avant la fin de l’année 2019. Nous préparons l’appel d’offres pour désigner l’entreprise qui réalisera l’usine », a affirmé à Jeune Afrique Inoussa Kanazoé.

L’aventure de l’entrepreneur de 53 ans sur le marché malien vise à poursuivre l’expansion régionale du groupe Cim Metal. Au Mali, le cimentier va investir au total 110 milliards de F CFA, dont 60 milliards seront consacrés à une future unité de broyage de clinker. Autodidacte, Inoussa Kanazoé s’est révélé comme négociant-importateur de produits de grande consommation (sucre, riz, etc.) avec Kanis Commodities et, surtout, de ciment.

Un entrepreneur discret

Une activité qu’il lance à la fin des années 1980, en pleine révolution burkinabè. À ses débuts dans le commerce, « Kanis », comme l’appellent affectueusement ses concitoyens, a vendu des glaces alimentaires. En 1985, avec 13 500 F CFA, il émigre en Côte d’Ivoire – comme nombre de ses compatriotes – et y vit de petits boulots. « À mon retour à Ouagadougou, en 1987, j’avais économisé 150 000 F CFA. »

« C’est avec cette somme que j’ai commencé le commerce de friperie, poursuit le patron. En 1990, j’ai peu à peu étendu mes activités à l’importation de ciment. Au départ, je partais en camion à Lomé en acheter 10 t et revenais les vendre à Ouaga. Dès que le stock s’épuisait, je repartais m’approvisionner chez Cimtogo [Ciments du Togo]. » Cinq ans plus tard, il fonde la Société de commercialisation du ciment (Sococim-Burkina), qui grappille rapidement entre 65 % et 70 % du marché, avec plus de 600 000 t vendues.

Lorsqu’il accueille JA dans les bureaux de Kanis International, au cœur du quartier d’affaires de la capitale burkinabè, le businessman se montre loquace, contrairement à ses habitudes. « C’était un bon jour. En général, le patron parle peu », glisse l’un de ses lieutenants. Une discrétion qui contraste avec l’entregent de l’entrepreneur, décrit par ses partenaires comme « futé dans les affaires ».

Quand expansion rime avec restructuration

En commençant fin janvier à vendre les productions de Cim Ivoire, le natif de Ouagadougou a conforté sa stature d’industriel. « Cim Metal Group veut devenir le leader du secteur en Afrique de l’Ouest francophone », affirme Poco Tapsoba, directeur général du consortium. À mesure de l’expansion du groupe dans la sous-région, Inoussa Kanazoé restructure ses activités.

Dans cette optique, Cim Metal Group a débloqué 68 milliards de F CFA afin d’acquérir 100 wagons pour sa branche logistique et de renforcer son parc, de 2 000 camions actuellement. Cela doit permettre au groupe de maîtriser les coûts de transport du clinker, un composant essentiel pour la production de ciment.

Par ailleurs, Inoussa Kanazoé a investi 25 milliards de F CFA dans une fonderie (tôle et fer) d’une capacité d’au moins 60 000 t par an implantée à Ouagadougou. Ce projet prévoit la fabrication de tôles, de fer à béton et de fils d’attache. Pour le moment, l’usine fabrique uniquement du fer recuit.

Secteur concurrentiel

Le groupe, qui construit depuis 2016 Cimasso, ou « la maison du ciment », à Bobo-Dioulasso, est également en production. D’un coût de 60 milliards de F CFA, cette usine sera, selon nos informations, inaugurée par les autorités burkinabè. Inoussa Kanazoé indique que l’investissement dans trois cimenteries et une fonderie s’élève à plus de 172 milliards de F CFA, apportés essentiellement par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et des établissements locaux comme Société générale, Coris Bank International et Ecobank. Grâce à ces investissements, Cim Metal espère que l’industrie va représenter 65 % de son chiffre d’affaires (200 milliards de F CFA), contre 40 % l’an dernier. Une augmentation imputable à l’entrée en production de Cim Ivoire et de Cimasso.

À Abidjan, Cim Ivoire aura fort à faire pour s’imposer face à la concurrence. Le consortium ambitionne de redistribuer les cartes entre des géants tels que le chinois Prestige Cement, l’indien Diamond Cement, le suisse LafargeHolcim ou encore le marocain Ciments de l’Afrique (Cimaf), qui possède des cimenteries dans la ville ainsi qu’à San Pedro.

S’il se dit assez serein à l’annonce de l’arrivée du marocain Ciments modernes (Cimod), de la filiale ivoirienne Atlantic Ciment du marocain Anouar Invest, du turc Oyak et de Sino-Ivoire, le groupe de Kanazoé espère que ses nouveaux investissements dans la cimenterie vont lui permettre de doubler son bilan pour atteindre 435 milliards de F CFA.

Investir dans les ressources vertes

« Nous sommes sereins, car les investissements réalisés nous rendent compétitifs sur le marché ivoirien, estimé à 4,5 millions de t par an pour une capacité de 12 millions de t. Nous produisons dans notre usine du ciment qualitatif obtenu par un procédé fondé sur la technologie de pointe apportée par l’allemand Loesche Group, l’un des leaders mondiaux de broyeurs verticaux », assure Essam Daoud, le directeur général de Cim Ivoire.

L’ancien dirigeant de Cimaf, qui salue déjà une baisse des prix sur le marché, entend toutefois poursuivre les investissements dans ce projet intégré pour connecter, à terme, l’usine au port par un chemin de fer. Solidement implantée au Burkina, sa filiale CimFaso capte 45 % de la demande nationale de ciment, estimée à plus de 2,5 millions de t.

Leader national incontesté de l’importation de riz (300 000 t/an), le groupe diversifié, qui emploie quelque 5 500 collaborateurs, n’entend pas s’arrêter là. Il a annoncé son intention d’investir dans les ressources vertes via sa filiale Cim Motors en édifiant une centrale mix de 50 MW. « Elle peut être solaire ou hybride. L’objectif est de minimiser nos coûts en énergie, qui représentent 10 milliards de F CFA en moyenne », précise Kanazoé.


La garde rapprochée d’Inoussa Kanazoé

  • Ahoefa Sidonie Kpognon : l’argentière

Ahoefa Sidonie Kpognon, du groupe Cimmetal. © s.Garcia/hanslucas pour JA

Cette Togolaise de 47 ans, formée en audit et contrôle de gestion à l’Institut africain d’administration et d’études commerciales de Lomé, occupe depuis 2016 le poste stratégique de directrice financière et comptable de Cim Metal Group. Elle a fait ses débuts dans l’industrie du ciment chez Cimtogo en 1996 avant de superviser de 2012 à 2015 le projet de Cimburkina, filiale de l’allemand Heidelberg.

  • Essam Daoud : l’expert

Essam Daoud © DR

Ancien patron de la filiale burkinabè du groupe marocain Ciments de l’Afrique (Cimaf), il a pris les rênes de Cim Ivoire alors qu’une rude bataille se livrait sur le marché ivoirien. Auparavant senior manager conseil et audit chez KPMG à Rabat, il connaît très bien le secteur cimentier en Afrique de l’Ouest.

  • Rahim Kanazoé : la jeunesse au pouvoir

Rahim Kanazoé, du groupe Cimmetal. © S.Garcia/hanslucas pour JA

Ce financier de 29 ans, nanti d’un master 2 en fiscalité appliquée et d’une licence en finance et audit comptable de l’Institut burkinabè des arts et des métiers (université de Ouagadougou), a rejoint le groupe en 2011 comme coordonnateur de la fonderie. Il a été propulsé à la tête des filiales cimentières (CimFaso et Cimasso) du Burkina.

  • Poco Tapsoba : le polytechnicien

Poco Tapsoba, du groupe Cimmetal. © S.Garcia/hanslucas pour JA

Formé en électronique à l’Institut polytechnique de Yamoussoukro, Poco Tapsoba, 42 ans, pilote la stratégie d’industrialisation du groupe, dans lequel il est entré en 2002 pour gérer l’approvisionnement. Également diplômé en gestion par le CIESA, ce fidèle compagnon jouit de l’oreille attentive du patron.

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