Agroalimentaire

Guinée : Mohamed Kagnassy, éminence verte de l’agroalimentaire

Mohamed Kagnassy, en février au Salon international de l’agriculture de Paris. © Théau Monnet pour JA

Conseiller en agrobusiness auprès du président Alpha Condé depuis 2016, l’homme d’affaires malien Mohamed Kagnassy, PDG de West Wind SA, développe ses activités en Guinée, notamment dans le numérique.

Toujours élégant, Mohamed Kagnassy a des airs de Modibo Keïta, le premier président malien, et le regard pétillant du grand commerçant, forcément un peu séducteur. Le PDG-fondateur de West Wind SA semble être tombé tout petit dans la marmite des affaires et du pouvoir.

Son père, Cheikna, « le vieux Kagnassy », originaire de Banamba (à 150 km au nord-est de Bamako), dirigeait l’une des plus grandes compagnies de négoce de coton et de produits tropicaux de la sous-région (L’Aiglon, qui a cessé ses activités en 2007) et a conseillé les dirigeants ouest-africains, de Bamako à Abidjan, en passant par Lomé.

Plus d’un millier d’employés

Pour le petit Kagnassy, « l’éducation s’est faite dans le bonheur », d’abord à Badalabougou, célèbre quartier du cœur de Bamako, où il a grandi, avant d’être envoyé au lycée à Genève, en Suisse. Tout juste diplômé de l’International Business School de Londres, il a commencé sa carrière en 1995, au sein du département café-cacao du groupe familial, avant de prendre la tête de ses filiales ivoiriennes. « Mon père m’a initié au monde des affaires, mais il m’a conseillé de me faire un prénom », précise-t-il.

C’est ce que « Mohamed » fera en 2010 en créant son entreprise, West Wind SA, qui compte désormais plus d’un millier d’employés dans les différents pays de la sous-région. Spécialisée dans le négoce et la logistique de produits agricoles et miniers, la société a notamment assuré la première exportation de gypse et de phosphate par bateau, de Nouakchott, en Mauritanie, à Dakar, au Sénégal, où est établi son siège.


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La techno au service des ruraux

En Guinée, la filiale locale de West Wind accompagne la politique de développement rural, notamment la double initiative présidentielle engagée en 2016 pour relancer les filières café arabica et anacarde. Pour Mohamed Kagnassy, ces relances passent par l’aménagement, le désenclavement des zones de production, la mécanisation, les semences et les engrais chimiques. « Moi, je vois un peuple qui a faim. La production bio viendra après », reconnaît-il.

Autre cheval de bataille du « businessman-farmer » : l’innovation. West Wind Guinée a développé l’application Kóbiri (« argent », en soussou). Opérationnelle depuis un an, cette plateforme numérique fournit aux agriculteurs guinéens des services de vente d’intrants, de semences, de produits vétérinaires, de location de matériel (elle dispose d’environ 300 tracteurs et moissonneuses) et des produits d’assurance, en proposant une solution de paiement électronique en partenariat avec MTN Mobile Money et Orange Money. Elle permet aussi de constituer une base de données numériques.

« De cette manière, on responsabilise les paysans et on sait ce qui est cultivé, sur quelles superficies, etc. » Ses ambitions ? Voir la Guinée, « bénie des dieux pour sa pluviométrie », diversifier son agriculture, développer la pisciculture et l’élevage industriels, parvenir à l’autosuffisance alimentaire et même devenir un grand pays exportateur de produits agricoles. À moins que le réchauffement climatique ne s’en mêle.

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