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Cet article est issu du dossier «Guinée : l'année de tous les paris»

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Mines

Guinée : le grand boom de la bauxite

Le terminal à bauxite du port de Conakry. © Youri Lenquette pour Jeune Afrique

Avec la mise en exploitation du site de la SMB, la production de ce minerai stratégique a triplé en trois ans, pour atteindre 60 millions de tonnes en 2018. Et ce n’est pas fini.

La Guinée abrite plus du tiers des réserves mondiales de bauxite, dont la production nationale est passée de 20 millions de tonnes en 2016 à 60 millions en 2018. Elle est principalement extraite des sites exploités en Guinée maritime par trois entités : la Société minière de Boké (SMB-Winning), ­consortium franco-­sino-singapourien représentant plus de 58 % de la production en 2018 ; la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), opérateur historique du gisement de Sangarédi, détenu à 49 % par l’État et à 51 % par un consortium regroupant Rio Tinto Alcan, Alcoa et Dadco (25 % de la production) ; et la Compagnie des bauxites de Kindia (CBK), filiale de Rusal (6 % de la production).

SMB-Winning a vu sa production passer de 12 millions de t au début de ses activités d’exploitation, en 2016, à 42 millions en 2018. Il prévoit de dépasser les 50 millions de t avec l’entrée en production, en 2022, de ses gisements de Santou et de Houda, situés dans la préfecture de Télimélé. Le 29 mars, le consortium a d’ailleurs lancé la construction d’une voie ferrée pour relier ces deux sites au terminal de Dapilon (l’un des deux terminaux fluviaux minéraliers qu’elle a construits, avec celui de Katougouma, au port de Boké), à partir duquel la bauxite est exportée vers la Chine pour le compte de Shandong Weiqiao, l’un des quatre partenaires du consortium.


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Tripler sa production en trois ans

Jusqu’à présent, SMB-Winning a développé un système de transport fluvial par barge sur le rio Nunez, ainsi que par camion, mais ce dernier mode de transport serait moins rentable au-delà de 50 km. La ligne de chemin de fer Dapilon-Santou, dont la mise en service est prévue pour 2022, parcourra 135 km, comportera 23 ponts et 3 tunnels, pour un coût total estimé à 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros). « Je me souviens de la pose de la première pierre du port de Boké il y a cinq ans, indique Sun Xiushun, PDG du consortium.

Créé à partir de rien, le projet de SMB-Winning a permis à la Guinée de tripler sa production en trois ans. La construction de ce chemin de fer permettra de garantir une exportation encore plus stable de la bauxite guinéenne et de renforcer sa position sur le marché mondial. » De quoi permettre à la Guinée de se hisser au rang de deuxième producteur de bauxite, après l’Australie (90 millions de t/an) et devant la Chine (65 millions), ce dernier pays ayant revu sa production à la baisse au profit de l’importation.


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Fer : mégaprojet suspendu

En revanche, la production de fer est au point mort, puisque l’exploitation des gisements du mont Simandou, en Guinée forestière (Sud-Est), n’a toujours pas commencé. Le géant anglo-australien Rio Tinto s’est retiré en 2016 du projet Simandou-Sud.

Le 21 février dernier, le franco-israélien Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) a quant à lui renoncé à ses prétentions sur les blocs 1 et 2, à l’issue d’une médiation avec l’exécutif guinéen, lequel a abandonné ses poursuites contre le groupe. Mais le mégaprojet n’est pas encore relancé.


Or stable, diamant en baisse

En 2018, les recettes minières de l’État guinéen se sont établies à 355 millions de dollars (316 millions d’euros), contre 293 millions en 2015. Outre la bauxite, et en attendant que la production de fer reprenne, les deux autres principales ressources minières du pays sont l’or et le diamant. La production d’or est restée stable, à 26,7 tonnes en 2018, dont 16,6 t extraites de sites industriels, avec pour principaux opérateurs le sud-­africain AngloGold et le russe Nordgold.

La production de diamant, elle, a considérablement chuté. Seul exploitant industriel depuis la fermeture d’Aredor, Guiter Mining (filiale spécialisée du groupe guinéen Guiter) a produit à peine plus de 1 000 carats de diamant l’an dernier, un volume équivalent à celui de l’orpaillage, alors que la production nationale était de plus de 11 540 carats en 2016.

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