Politique

[Édito] John Bolton, un homme dangereux

Par

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, fin avril 2019 à Washington. © Evan Vucci/AP/SIPA

John Bolton. S’il n’a pas encore retenu votre attention, regardez sa photo et sa moustache blanche atypique : vous ne les oublierez pas !

Il occupe depuis un an auprès de Donald Trump, au sous-sol de la Maison-Blanche, les vastes bureaux du conseiller à la sécurité nationale. Ses prédécesseurs les plus célèbres ont pour noms Walt Rostow (auprès du président Lyndon B. Johnson), Henry Kissinger (auprès de Richard Nixon) et Condoleezza Rice (auprès de George W. Bush).

Les deux premiers ont géré la guerre du Vietnam, qui s’est achevée pour l’Amérique par une humiliante défaite ; la troisième a géré celle d’Afghanistan, qui se poursuit à ce jour, et celle d’Irak, dont on ne sait pas si elle est vraiment terminée. Henry Kissinger et Condoleezza Rice ont gravi une marche et sont devenus secrétaires d’État ; John Bolton rêve d’un tel sacre…

Un « va-t-en-guerre »

Avant de recruter Bolton, dont il n’aime pas la moustache, l’actuel président des États-Unis a mis à l’essai le général McMaster, qui a fait long feu et a été remercié. Trump a dit et répété que John Bolton lui convenait. Il sait parfaitement que c’est un « va-t-en-guerre », alors que lui, Donald Trump, se pique de tout gagner par la négociation, où, pense-t-il, il excelle. Je crois qu’il le gardera comme conseiller à la sécurité nationale jusqu’à la fin de son mandat, en 2020. Si je consacre cette livraison du Ce que je crois à ce John Bolton, c’est parce qu’il occupe une fonction qui lui permet de déclencher la guerre.


>>> À LIRE – États-Unis : qui sont les éminences grises qui tirent les ficelles dans l’ombre du président ?


Comme vous allez le voir ci-­dessous, cet homme est dangereux. Pourquoi Donald Trump, qui dit vouloir terminer la guerre d’Afghanistan commencée il y a dix-huit ans et laisser la Syrie à qui veut s’en occuper, a-t-il pris ce boutefeu pour en faire son plus proche collaborateur ? Pourquoi l’homme qui ne veut pas que les États-Unis continuent d’être « le gendarme du monde » s’est-il encombré d’un interventionniste à tous crins ? Sans doute pense-t-il qu’il saura contrôler le tempérament outrancier de son conseiller à la sécurité nationale.

Mais, en attendant, John Bolton utilise son savoir-faire pour, au nom des États-Unis et de leur président, multiplier les sanctions, déplacer des porte-avions, alterner mises en garde et menaces.Un jour ou l’autre, par accident ou délibérément, les États-Unis se trouveront en guerre contre un des cinq ou six pays qu’ils ont décidé de « corriger »…

La Corée du Nord sera bientôt capable d’attaquer les États-Unis. Attaquons-la avant qu’elle ne nous attaque et détruisons ses installations nucléaires

Avant d’accéder aux responsabilités qu’il exerce depuis un an, John Bolton s’est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet de la guerre et de la paix. Il lui est donc loisible d’affirmer sans sourciller : « Le président Donald Trump sait très bien ce que je pense et pourquoi je milite ; de mon côté, je sais ce qu’il ne veut pas, de même que je sais que je ne pourrai pas obtenir de lui qu’il fasse tout ce que je veux et lui recommande. » « Il me laisse une grande latitude. Je voyage librement et vois ses homologues Netanyahou, Erdogan, Poutine. Mais je ne parle pas en son nom et ne l’engage pas. »

« La Corée du Nord sera bientôt capable d’attaquer les États-Unis et constitue un danger imminent. Attaquons-la avant qu’elle ne nous attaque et détruisons ses installations nucléaires. C’est légitime et notre sauvegarde est à ce prix », a-t-il dit et écrit.

Le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-Un, le 12 juin 2018, à Singapour. © Evan Vucci/ AP/ SIPA

« Ce pays n’abandonnera jamais ses armes nucléaires ; il ne le fera ni sous la menace ni parce qu’on lui fait miroiter la prospérité économique », ajoute-t-il. Et de trancher : « On n’aboutira à rien avec lui par la négociation. » « Le président Trump sait très bien que c’est ce que je pense car il m’a entendu le dire et le répéter. »


>>> À LIRE – Syrie, Corée du Nord, Afghanistan : Donald Trump, girouette fatale


« L’Iran ? Ce pays veut la bombe et il faut à tout prix l’empêcher de l’avoir ; l’accord signé par Obama et Kerry est “exécrable”. J’ai été l’un des premiers à clamer qu’il met en danger la sécurité des États-Unis. »  « Une seule solution : changer le régime par la force des armes. C’est notre intérêt et celui de nos alliés. »

Anti-musulmans et anti-Palestiniens

De John Bolton, ceux qui ont lu les Mémoires et ont entendu les commentaires sur Fox News ont eu l’impression qu’il veut bombarder tous ceux en qui il voit des ennemis des États-Unis : la Corée et l’Iran, auxquels s’ajoutent désormais le Venezuela et Cuba.

Il a été le collaborateur direct au cours des quarante dernières années de dirigeants américains d’extrême droite, comme Barry Goldwater ou Dick Cheney. Le président George W. Bush l’a nommé en 2005 ambassadeur aux Nations unies pour punir cette organisation. Il a émis alors ce jugement devenu célèbre : « Si l’on supprime dix étages de l’immeuble de l’ONU à New York, personne ne s’en apercevra. »

Il est encore plus anti-musulmans que Trump, et un anti-Palestiniens notoire, proche de la droite israélienne. Il n’a pas hésité, tout récemment encore, à prononcer des conférences grassement payées par les Moudjahidine du peuple, organisation iranienne considérée comme sectaire et terroriste.

Un profil complémentaire à celui de Donald Trump ?

Tel est, à grands traits, l’homme que Trump a installé auprès de lui comme conseiller à la sécurité nationale. Bolton est-il différent de Trump ? Je crois qu’ils se ressemblent et se complètent à la fois : deux septuagénaires d’extrême droite disposant d’un immense pouvoir et prêts à en abuser.

L’un, le président, veut continuer à discuter avec Kim Jong-un, dictateur de cette Corée du Nord devenue la neuvième puissance nucléaire de la planète, et rêve de voir Ali Khamenei, chef de la République islamique d’Iran, accepter à son tour de négocier avec lui. Tandis que l’autre, le conseiller, pense qu’on ne peut que prendre acte de ce que veulent être l’Iran ou la Corée… ou les traiter en ennemis qu’il faut anéantir.

Le président ne veut ni guerre ni intervention brutale. Mais aura-t-il toujours le dernier mot ou bien sera-t-il contraint par son conseiller à faire la guerre ?

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte