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Cet article est issu du dossier «Élections en Afrique du Sud : l'ANC, un favori controversé en perte de vitesse»

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Politique

Afrique du Sud : pour Cyril Ramaphosa, le plus dur reste à faire

Le président Cyril Ramaphosa se félicite à l'annonce des résultats des élections générales, en Afrique du Sud, le samedi 11 mai 2019. © Ben Curtis/AP/SIPA

Si l’ANC a remporté les élections générales du 8 mai, son socle électoral s’effrite dangereusement. Le président Cyril Ramaphosa réussira-t-il à réformer son parti pour renverser la tendance ?

Cyril Ramaphosa doit-il y voir une sanction personnelle ou fait-il simplement les frais des dérives du parti antiapartheid, le Congrès national africain (ANC) ? Chahuté mais toujours debout, le parti qu’il dirige depuis décembre 2017 a pour la première fois vacillé, réalisant lors des élections générales du 8 mai le pire score de son histoire.

L’ANC conserve certes une large avance sur ses deux concurrents – ­l’Alliance démocratique (DA), de Mmusi Maimane, et les Combattants pour la liberté économique (EFF), de Julius Malema –, mais, avec environ 57 % des suffrages, il a perdu cinq points par rapport aux scrutins de 2014.

Ramaphosa en sursis ?

Le socle électoral de l’ANC s’effrite, et le président sud-africain, qui depuis des semaines promettait de tourner la page des années de corruption, paraît aujourd’hui en sursis. Ses concitoyens lui avaient déjà adressé un premier désaveu avant même la tenue des élections, puisque 9 millions de personnes en âge de voter ne se sont pas inscrites sur les listes électorales. Le vote est venu en apporter un second.

La plus forte progression est à mettre au crédit des EFF : avec 10 % des suffrages, les « bérets rouges » de Malema gagnent presque 4 points par rapport à 2014 et arrivent en deuxième position dans les provinces du Limpopo, du Mpumalanga et du North West. Signe que le discours radical de cet ancien de l’ANC séduit dans ces régions où le taux de chômage avoisine les 30 % et où la voix de Cyril Ramaphosa porte de moins en moins.


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Fragilisé

Élu face à Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de l’ANC avec une très faible avance il y a un an et demi, Cyril Ramaphosa jouait, le 8 mai, une partie de sa crédibilité. Longtemps hostile à toute forme de remise en question, l’ANC a trouvé en cet ancien protégé de Mandela un homme prêt à admettre « les erreurs » du passé mais fragilisé par l’accumulation des scandales de corruption visant l’administration précédente.

Au sein du parti, il est bien obligé de composer avec les partisans de l’ancien président Jacob Zuma (2009-2018), mais ceux-ci continuent de lui mener la vie dure. Le secrétaire général de l’ANC, Ace Magashule, fervent partisan de ce dernier, est même soupçonné d’être à la tête d’un « clan », qui serait à la manœuvre pour écourter le mandat de Ramaphosa.

Le chef de l’État et de l’ANC, Cyril Ramaphosa, le jour du vote, à Soweto. © Ilvy Njiokiktjien/VII/Redux-REA

Ramaphosa va devoir donner des gages concrets pour montrer qu’il n’est pas simplement la créature d’un système qu’il dit vouloir réformer

La tâche du chef de l’État s’annonce donc compliquée. Ramaphosa ne pourra pas se contenter de s’être assuré la majorité au Parlement. Il va devoir donner des gages concrets pour montrer qu’il n’est pas simplement la créature d’un système qu’il dit vouloir réformer. « Pendant la campagne, Cyril Ramaphosa a axé son discours sur lui-même plus que sur le parti ou sur ses adversaires des EFF ou de la DA, parce qu’il se sait plus populaire que l’ANC en elle-même à l’heure actuelle et qu’il veut incarner le changement », explique l’ancienne députée de l’ANC Melanie Verwoerd.

La Cosatu, allié de poids

Conscient de la faible marge de manœuvre dont il dispose au sein du parti, Ramaphosa a tenté d’organiser la riposte dans les mois qui ont précédé l’élection en obtenant le soutien public de vétérans de l’ANC, comme l’ancien président Thabo Mbeki, et en se rapprochant de la toute-puissante centrale syndicale Cosatu, qui, après un mouvement de grève généralisé au début de l’année, a mené une campagne enthousiaste en faveur de l’actuel président.

Avec 1,8 million d’adhérents, la Cosatu est un allié de poids qui permet à Ramaphosa d’asseoir sa légitimité. « Les gens oublient que Ramaphosa n’est pas devenu l’un des hommes les plus riches du pays en se laissant marcher sur les pieds. Il est souvent sous-estimé et là il se bat pour sa survie politique », analyse un ambassadeur sud-africain en Afrique de l’Est.

Promesses

Mais Ramaphosa a-t-il les moyens de mener la bataille au sein de l’ANC ? Lors d’un meeting géant à Ellis Park, à Johannesburg, il a multiplié les menaces. « Qu’il n’y ait aucun doute, les responsables de la state capture et de la corruption devront rendre des comptes », a-t-il lancé devant 60 000 militants.

D’anciens ministres de Zuma mis en cause dans des affaires de corruption (Malusi Gigaba, Mosebenzi Zwane et Faith Muthambi) figuraient pourtant sur les listes ANC aux élections. Dès lors, comment croire que Ramaphosa pourra « faire le ménage » qu’il a promis de faire ?

En attendant l’annonce du gouvernement, les électeurs devront s’en tenir aux promesses martelées en clôture de sa campagne : « L’ère de l’impunité est révolue, a assuré Ramaphosa. Nous entrons maintenant dans l’ère de la responsabilité. Nous entrons maintenant dans l’ère des conséquences. » Cela reste à prouver.

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