Culture

[Tribune] Magnifions notre patrimoine culturel !

Par

Analyste financier et blogueur ivoirien

Un stand de wax (photo d'illustration). © Alexander Sarlay by Wikimedia Commons

Pourquoi le bogolan serait-il réservé aux seuls créateurs du continent ? Si nous, Africains, « consommons Afrique », nous ne permettrons plus à l’appropriation culturelle d’exister dans sa forme dominatrice, selon N'doli Jean-Hugues Cherif.

La décennie 2010 est celle de l’Afrique universelle. Celle de la première Coupe du monde de football organisée sur le continent, celle qui a vu la musique nigériane faire danser la planète entière, ou encore celle où la maison Dior, symbole du luxe français, a présenté une collection entièrement confectionnée dans un wax garanti 100 % africain, filé et tissé au Bénin, teinté et imprimé en Côte d’Ivoire par Uniwax, une des rares entreprises africaines à produire le tissu venu historiquement de Hollande. Sympa, me direz-vous ? Ça, c’est le côté face.

Côté pile, l’universel auquel aspire le continent vient avec son lot de remises en question. Les Africains ont en effet de nombreux griefs envers ceux qui, sans se donner la peine de le mentionner, s’inspirent de leur patrimoine culturel.

C’est là qu’intervient le concept d’appropriation culturelle, que le sociologue français Éric Fassin définit comme « un emprunt entre cultures qui s’inscrit dans un contexte de domination ». Si je suis d’accord avec la première partie de la définition, je reste plus réservé sur la notion de domination en ce qui concerne, par exemple, la collection Croisière 2020 de Dior.

Magnifions notre patrimoine !

Si la culture africaine prétend à l’universel au même titre que les cultures américaine et européenne, nous devons accepter qu’elle soit de la même façon copiée, adaptée, que d’autres se l’approprient. Dès lors, la question n’est plus de savoir si la maison Dior est légitime pour vulgariser le wax dans le monde, mais si nous, Africains, considérons que nos productions font partie du patrimoine de l’humanité et que, à ce titre, elles sont exploitables hors de nos frontières. Uniwax peut utiliser du jean sans donner de crédit aux Américains, Hermès de la soie sans rendre hommage à la Chine… Pourquoi le bogolan, le kente ou le kita seraient-ils réservés aux seuls créateurs africains ?

Une idée simple mais révolutionnaire : confectionner les uniformes scolaires à partir de tissus africains

Si nous craignons, dans un contexte de domination occidentale économique, politique et culturelle, d’être dépossédés de notre patrimoine, alors pourquoi ne pas le magnifier ? Loza Maléombho, styliste ivoirienne de renom, propose une piste de réflexion intéressante : confectionner les uniformes scolaires à partir de tissus africains. Idée simple a priori, mais révolutionnaire ! Et qui apporterait aux industries textiles locales une rente annuelle aujourd’hui captée essentiellement par des usines chinoises. L’uniforme en kita ou en faso dan fani ferait ainsi entrer dans notre quotidien des tissus jusqu’ici portés occasionnellement. Si nous, Africains, « consommons Afrique », nous ne permettrons plus à l’appropriation culturelle d’exister dans sa forme dominatrice.

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