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Cet article est issu du dossier «Guinée : l'année de tous les paris»

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Politique

[Édito] Réforme constitutionnelle en Guinée : ne pas se tromper de combat

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Un électeur dans un bureau de vote de Conakry, en 2015 (archives). © Youssouf Bah/AP/SIPA

Les partisans d'Alpha Condé militent pour un référendum sur une révision constitutionnelle qui permettrait au président de briguer un troisième mandat, tandis que les législatives et la présidentielle se rapprochent. Ces échéances électorales risquent-elles de perturber la phase de décollage économique que connaît actuellement la Guinée ?

S’il est une publication qui, en ce premier semestre de 2019, a dû conforter le président Alpha Condé dans ses choix, c’est bien celle-ci. La dernière et très complète Revue synthétique des résultats 2007-2018 de la Banque africaine de développement, consacrée à la Guinée, lui décerne un satisfecit global, lequel s’appuie sur la persistance, depuis 2016, d’une croissance moyenne deux fois supérieure à celle des pays africains ainsi que sur les nets progrès enregistrés, tant sur l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance (cinquième meilleure progression en dix ans) qu’au classement « Doing Business », établi par la Banque mondiale (gain de 26 places entre 2012 et 2018).

Même si le PIB par habitant reste inférieur de moitié à celui de la Côte d’Ivoire, même si la corruption est toujours prégnante et l’accès à l’électricité encore trop aléatoire, la Guinée semble s’ancrer dans un cycle économique vertueux, pour la première fois depuis l’indépendance ; loin des calamiteuses années Lansana Conté, quand le revenu annuel par tête d’une Guinée pillée par ses gouvernants plafonnait au-dessous des 470 dollars (contre plus de 800 aujourd’hui). Depuis, le PIB a triplé de valeur, et l’espérance de vie s’est accrue de dix ans.

Les compteurs à zéro

Les perspectives électorales de 2019 et 2020 (législatives et présidentielle) – qui souvent, dans ce pays, s’accompagnent d’un acmé de tensions – viendront-elles perturber cette phase de décollage ? Il faut espérer que non. Une chose est sûre : c’est en s’appuyant sur ce bilan et sur la nécessité, à leurs yeux, de voir Alpha Condé continuer son œuvre que ses partisans ont entamé une campagne visant à modifier la Loi fondamentale.

Inutile de se leurrer. S’il va de soi que, partout ailleurs dans le monde, une Constitution se toilette, s’adapte, se modernise, voire se change quand sa date de péremption est atteinte, cette question n’est abordée en Afrique qu’à la seule aune de la limitation des mandats.

La Constitution idéale serait sans doute celle qui lierait les mains des autocrates, dont l’unique souci est de rester au pouvoir, tout en permettant aux leaders d’exception, animés d’une vision sincère, de mener à bien, sur la durée, la tâche d’édification et de consolidation de leurs fragiles États.

Mais l’équation est impossible, et, pour contourner l’obstacle que représentent les différents verrous posés par le législateur, la tentation est grande de remettre les compteurs à zéro en changeant de République. C’est ce qu’a fait, dans l’indifférence quasi générale, le président ivoirien Ouattara : adoptée par référendum en octobre 2016, la Constitution de la IIIe République l’autorise à briguer deux mandats à partir de 2020. C’est vers cette même perspective et selon le même mode d’adoption que semble s’orienter (sous réserve de confirmation de sa part) son homologue guinéen, Alpha Condé.

Briser le mur de défiance

L’opposition a prévenu : elle ne veut pas d’une nouvelle Constitution qui, quels qu’en soient les aspects novateurs, permettrait au président sortant de se représenter. C’est évidemment son droit. Et elle fera tout pour que la question ne soit pas posée – ce qui augure clairement d’un rapport de force dans la rue plutôt que dans les urnes.

Il existe pourtant une autre voie, bien moins anxiogène et bien plus démocratique : avoir foi dans le discernement des électeurs, ne pas présumer leur inculture politique ni leur incapacité à dire non (ou oui) librement, et porter le combat sur le seul terrain qui vaille : l’exigence d’un scrutin véritablement libre et transparent. Encore faut-il pour cela briser le mur de défiance qui sépare les acteurs politiques guinéens.

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