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Cet article est issu du dossier «Guinée : l'année de tous les paris»

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Vie des partis

Guinée – Sidya Touré : « Si Alpha Condé ne se représente pas, je serai président »

Sidya Touré, président de l’Union des forces républicaines (UFR) à Conakry.

Sidya Touré, président de l’Union des forces républicaines (UFR) à Conakry. © F-X Freland pour JA

Président de l’Union des forces républicaines (UFR) et ancien haut représentant d'Alpha Condé, Sidya Touré prépare la présidentielle de 2020. Il souhaite que le chef de l'État ne se représente pas, craignant qu'il y ait des « troubles » durant l'élection.

Sidya Touré observe longtemps son interlocuteur avant de prendre la parole. Ses phrases sont courtes, efficaces, dignes d’un homme politique aguerri et d’un serviteur de l’État à la longue carrière. Ce septuagénaire, fils d’un petit commerçant de Boké, en Côte d’Ivoire, a commencé sa scolarité à Abidjan, passé son bac à Vitré, en France, et fait ses études supérieures à Paris (licence en droit des affaires à Paris-II, puis École nationale du Trésor). En 1972, il intègre la direction de la comptabilité publique ivoirienne à Abidjan. Puis, pendant vingt ans, il assurera la direction d’administrations, de sociétés publiques et de cabinets ministériels ivoiriens, jusqu’à devenir directeur de cabinet du Premier ministre Alassane Ouattara, de novembre 1990 à décembre 1993.

L’année suivante, Sidya Touré rentre en Guinée, dont il est le Premier ministre de 1996 à 1999. En 2000, il est élu à la tête de l’Union des forces républicaines (UFR). Il est candidat à la première élection présidentielle démocratique du pays, en 2010, à l’issue de laquelle Alpha Condé arrive au pouvoir ; lui finit troisième (avec 15,60 % des suffrages exprimés). Même résultat lors de la présidentielle d’octobre 2015, cette fois remportée dès le premier tour par Alpha Condé.

Après avoir dénoncé « des fraudes massives » en faveur du président sortant, le leader de l’UFR [parti libéral centriste fondé en 1992, l’UFR est la deuxième formation d’opposition, avec dix députés élus à l’issue des élections législatives de 2013, sur un total de 114 sièges] accepte finalement, en janvier 2016, de devenir haut représentant du chef de l’État. Une fonction qui lui donne un rôle de conseil de l’exécutif pour le second quinquennat. Il en démissionne près de trois ans plus tard, le 11 décembre 2018, « faute de résultats », dit-il. Et, à l’évidence, pour préparer la présidentielle de 2020.

Je suis contre le troisième mandat et j’émets des réserves sur la neutralité de la Ceni

Jeune Afrique : Pourquoi semblez-vous plus hostile que jamais au président Alpha Condé, alors que, pendant près de trois ans, vous et lui avez été plutôt proches ?

Sidya Touré : « Proches » n’est pas le mot. Surtout, je suis contre le troisième mandat et j’émets des réserves sur la neutralité de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante]. Déjà en 2010, j’ai fortement contesté l’élection d’Alpha Condé, que j’estimais entachée de fraudes. Puis il y a eu le « coup KO » en 2015 et, surtout, son 1,574 million d’électeurs fictifs…

Pendant le premier mandat d’Alpha Condé, aucun objectif n’a été atteint. Pour le deuxième, je voulais donner des conseils, alors j’ai accepté de devenir haut représentant du chef de l’État – en insistant pour ne pas être rémunéré. J’ai notamment tenté d’améliorer l’électricité, ainsi que le secteur des mines pour que ce dernier participe de manière inclusive au développement. Malheureusement, Alpha Condé n’écoute pas, il dirige tout seul, à l’ancienne. Alpha est un homme du passé.

Pour certains, vous faites aussi partie du passé…

Je suis plus jeune que lui ! [Sidya Touré aura 74 ans en août, Alpha Condé vient d’en avoir 81.] En Guinée, je suis mon propre modèle. Je n’en trouve pas d’autre. Quand je vois ce qu’est devenu le pays, je me dis que Lansana Conté a été l’homme des réformes, le fondateur d’une Guinée en voie de démocratisation. On est passé d’un système socialo-communiste à l’économie de marché. Avec lui, nous avons restructuré le pays, créé les institutions. Le multipartisme, c’est lui, la Cour suprême, c’est lui !… C’était un homme avec qui l’on pouvait discuter. Alpha Condé, lui, n’a jamais rien fait. Son premier job, ça a été président de la République, à 73 ans.

Et vous, qu’avez-vous fait ?

Moi ? J’ai d’abord participé à la transformation de la Côte d’Ivoire. Cette expérience a changé ma vision du rôle de l’État dans le système économique. Ensuite, en tant que Premier ministre en Guinée, j’ai apporté l’eau et l’électricité, j’ai remis de l’ordre dans l’administration, j’ai renoué les liens avec la communauté internationale. On dit que c’est le meilleur bilan en Guinée des soixante dernières années.

Si Condé ne se représente pas, je serai le prochain président. S’il y va, la vie politique en Guinée s’arrête. Il y aura énormément de troubles.

Si je suis élu, je renouvellerai l’État, je remettrai l’administration en place et je veillerai à la bonne gouvernance

Si vous êtes élu en 2020, quel est votre programme ?

Je renouvellerai l’État, je remettrai l’administration en place et je veillerai à la bonne gouvernance. Je ferai en sorte qu’une équipe puisse faire avancer des projets. J’investirai fortement dans l’économie agricole. Dans l’éducation aussi. Je construirai de vraies écoles, de vrais hôpitaux et, bien sûr, des routes. Quant au secteur minier, je le développerai, tout en veillant à préserver l’environnement. La Guinée est un immense chantier, tout est à faire.

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