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Littérature : « Qui n’est pas raciste, ici ? », quand Akli Tadjer interroge la société française

Le Franco-Algérien Akli Tadjer, auteur de « Qui n’est pas raciste, ici ? ».

Le Franco-Algérien Akli Tadjer, auteur de « Qui n’est pas raciste, ici ? ». © DR

Dans son dernier ouvrage, « Qui n’est pas raciste, ici ? », le Franco-Algérien Akli Tadjer revient sur sa rencontre avec une classe qui avait refusé, par xénophobie, de lire son roman « Le Porteur de cartable ».

L’affaire Akli Tadjer a secoué les réseaux sociaux, puis les médias en novembre 2018. L’écrivain franco-algérien avait alors partagé un e-mail envoyé par la professeure de français d’un lycée professionnel de la Somme (nord de la France) où elle mentionnait la collection de remarques racistes de ses élèves, qui refusaient de lire Le Porteur de cartable.

« Qui n’est pas raciste, ici ? » est la première phrase qu’il a adressée à la classe, et c’est le titre de ce livre, court et pédagogique, qui relate cet épisode. « J’avais besoin de laisser une trace de cette aventure, mais j’ai décrit une classe fictive pour ne pas stigmatiser le lycée, explique l’auteur. J’ai d’ailleurs ajouté des questions sur le racisme qu’on m’avait posées dans d’autres établissements. Je trouve important que l’on sache que certains lycéens français peuvent refuser de lire un livre parce que le nom de l’auteur leur déplaît. C’est très choquant. »

Racisme et communautarisme

Mais l’ambition de Tadjer ne se résume pas à la narration d’un seul événement. Il embrasse la question du racisme plus largement, en l’incarnant par ses propres expériences et analyses. Cette classe est en quelque sorte le panel d’une certaine France décomplexée par rapport au racisme.

« Les réseaux sociaux ont libéré la parole, alors ils y vont gaillardement. Ces jeunes des provinces déclassées, où le taux de chômage crève des plafonds, ne vivent qu’entre eux. Que viendrait faire un immigré dans une région où il n’y a pas de travail ? Alors ils considèrent que la source de leur mal vie, c’est l’autre, celui qui leur est différent. Maintenant sont-ils racistes au sens où ils se sentent supérieurs ? Je ne crois pas. C’est plutôt de la xénophobie, que la misère ne peut pas excuser. »

Aujourd’hui on récolte ce qu’on a semé, une voyoucratie née du trafic de drogue, et l’islam politique s’est engouffré dans la brèche

S’il parle de racisme, Tadjer dénonce aussi le communautarisme avec des formules chocs, comme « Nos mères n’étaient pas vêtues comme des chauves-souris, elles ne portaient même pas de foulard, sauf celles qui avaient raté leur teinture au henné » ; « En banlieue, on provoque à coups d’injures sexistes, homophobes, antisémites, dans la France silencieuse on provoque par des injures racistes, antisémites, homophobes. Beaucoup de points communs dans ce triste constat » ; « Aujourd’hui on récolte ce qu’on a semé, une voyoucratie née du trafic de drogue, et l’islam politique s’est engouffré dans la brèche ».

Un point de vue qu’il étaie : « Je ne suis pas liberticide mais je veux que la loi, toute la loi, rien que la loi soit respectée. La France n’a pas vocation à être communautarisée. Je suis pour les communautés ouvertes sur l’Autre. Le communautarisme est l’exact contraire. Tous les communautarismes religieux. »


>>> À LIRE – Discriminations à l’emploi, racisme et sexisme… le long chemin de la France vers l’égalité


Être les meilleurs

Qui n’est pas raciste, ici ? est un objet singulier dans la bibliographie d’Akli Tadjer, mais s’il existe une filiation avec ses romans, c’est dans l’espoir qui affleure, même au cœur du pire. « Je crois en la jeunesse, mais je les mets en garde, déclare l’auteur. Aux jeunes des quartiers, je dis que je sais que c’est difficile quand on n’a pas le bon nom, mais vous n’avez pas d’autres choix que d’être les meilleurs. C’est injuste mais c’est la triste réalité. Nous sommes tous passés par là. Aux jeunes des provinces silencieuses, je dis : ne gâchez pas votre énergie à vous en prendre à d’autres qui ne vous ont jamais rien enlevé. Saint-Exupéry a écrit : “Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis.” Et moi j’affirme qu’on a tous en nous la capacité de haïr l’Autre, nous avons aussi celle d’aller vers lui. Moi j’ai choisi mon chemin. »

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