Cinéma

Rwanda : « La Miséricorde de la jungle », un voyage au bout de l’enfer de la guerre

Image extraite du film "La miséricorde de la jungle".

Image extraite du film "La miséricorde de la jungle". © Urban Distribution

Avec « La Miséricorde de la jungle », qui raconte l’histoire de soldats rwandais égarés pendant la deuxième guerre du Congo, Joël Karekezi évoque avec brio la nécessité du pardon.

Impossible de se repérer dans cet inextricable enchevêtrement de lianes, de racines, de branches, sous le couvercle opaque d’un enfer vert. Dans la jungle du Sud-Kivu, en 1998, deux soldats de l’armée rwandaise cherchent à retrouver leur bataillon après un réveil en retard.

Sergent Xavier (Marc Zinga), héros de guerre rwandais, chef chevronné et désabusé, se retrouve seul avec le jeune soldat Faustin (Stéphane Bak), qui s’est engagé pour venger la mort de son père et de ses frères. Mais leur marche forcée dans la jungle devient rapidement cauchemardesque. Il y a la faim, la soif, la fatigue. La fièvre aussi, qui vient brouiller des lignes déjà ténues : ils seront amenés à porter l’uniforme de leurs adversaires, à se déguiser en civils pour échapper à leurs poursuivants.

Étalon d’or de Yennenga

Mouvements de caméra saccadés, contre-jours, flous, effet Vertigo… Sans lésiner sur les moyens, le réalisateur rwandais Joël Karekezi plonge le spectateur dans le monde sans repères, géographiques ou moraux, de la guerre. « Ne plus pouvoir distinguer l’innocent du coupable, voilà ce qui me fait peur », avoue lors d’un moment de découragement sergent Xavier, rendu à moitié fou par une crise de paludisme.

Durant la dernière édition du Fespaco, la projection en salle du film a fait grande impression. Et il était d’ailleurs annoncé en coulisses comme favori avant de recevoir l’Étalon d’or de Yennenga. Certains commentateurs ont voulu y voir une faveur accordée au pays invité d’honneur du festival panafricain, qui accueillait Paul Kagame pour la cérémonie de clôture… Peut-être, mais La Miséricorde de la jungle est un vrai bon film, sincère, qui déroule avec finesse son argumentaire antimilitariste.

Des photos des victimes du génocide d’avril 1994, exposées en avril 2015 à Kigali. © Ben Curtis/AP/SIPA

J’avais 8 ans lorsque mon père a été tué pendant le génocide.J’ai eu besoin de montrer ce que j’avais vu, de raconter des histoires autour de la guerre

« Quand j’étais gamin, je regardais des films de guerre ou de combat, Rambo, Bruce Lee, dans des salles de projection improvisées chez des particuliers où des écrans de télévision remplaçaient les écrans de cinéma, se souvient Joël Karekezi. L’envie de faire moi-même du cinéma est venue assez tôt. J’avais 8 ans lorsque mon père a été tué pendant le génocide. Bientôt j’ai eu besoin de montrer ce que j’avais vu, de raconter des histoires autour de la guerre. »

Le réalisateur s’est d’abord fait remarquer avec un court-métrage, devenu long-métrage en 2011, Imbabazi. Le pardon. Cette année, en plus de son nouveau film sort un documentaire, Rwanda. Portraits du pardon, qui donne la parole à une vingtaine de génocidaires et de victimes. À travers toute sa production récente, le cinéaste tente ainsi de répondre à une même question : que faire pour ne pas répéter les mêmes erreurs ? Et mettre fin à une logique infernale où les bourreaux d’aujourd’hui chassent les bourreaux d’hier.

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