Économie

[Tribune] Entrepreneurs ivoiriens, suivez l’exemple de la communauté libanaise !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:53
Alain Kouadio

Par Alain Kouadio

L'homme d'affaires ivoirien Alain KOUADIO, président du groupe Kaydan, est vice-président de la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI) en charge de la stratégie, de la prospective, de la promotion de l'entrepreneuriat et de la CGECI Academy

Des drapeaux libanais et ivoiriens à Abidjan (photo d’illustration). © Libanais en Côte d’Ivoire/Facebook

La communauté libanaise est l’une des plus influentes et porte les plus grandes entreprises ivoiriennes dans de nombreux secteurs clés. N’est-il donc pas temps de nous frotter à son habileté et d’apprendre ainsi comment réussir en affaires ?

Les Ivoiriens sont présents dans les clubs Alumni des grandes business schools internationales : Harvard, Wharton, HEC, Essec, Insead… Ces prestigieuses universités façonnent des individus capables de déceler les bonnes affaires, de les concrétiser et d’assurer leur pérennité.

Alors pourquoi, pétri de ces connaissances, notre pays peine-t-il à voir émerger une véritable génération d’entrepreneurs, clé du développement de toute nation ? La Côte d’Ivoire a un taux de croissance de 8 % par an, portée à la fois par l’investissement public et la consommation d’une classe moyenne au pouvoir d’achat en constante augmentation. Pourquoi ne parvenons-nous pas à profiter de cette conjoncture favorable, alors que certaines communautés installées en Côte d’Ivoire y réussissent avec brio ?

Se débarrasser de nos préjugés

Bien souvent mise à l’index pour sa pratique des affaires supposée déloyale, la communauté libanaise est l’une des plus influentes et porte les plus grandes entreprises ivoiriennes dans de nombreux secteurs clés. N’est-il donc pas temps de nous frotter à son habileté et d’apprendre ainsi comment réussir en affaires ?

J’ai l’intime conviction que nous y gagnerions. Et pour cela, nous devons nous débarrasser sans aucun complexe de nos préjugés. Plutôt que de nous lancer dans des élucubrations sur l’origine de telle ou telle fortune, il serait préférable d’identifier les vrais facteurs de réussite de cette communauté.

Les Libanais ont compris que la nouvelle classe moyenne ivoirienne aspirait à un mode de vie calqué sur les standards des pays développés

Nous nous sommes convaincus que leur succès venait en partie d’une prétendue habilité à échapper aux contingences de la réglementation auxquelles sont assujetties nos entreprises. Je relativiserais cette perception des choses car, aussi loin que remonte ma mémoire, je ne me souviens pas d’un Hojeij, d’un Sayegh, d’un Aboudé ou d’un Sayek… qui ait été ou soit à la tête d’une quelconque administration ivoirienne.


>>> À LIRE – Libanais d’Afrique : enquête sur une communauté discrète mais puissante


Identifier les clés du succès

On attribue souvent leur succès à une forte solidarité qui permettrait à tout Libanais désireux de se lancer en affaires de bénéficier de fonds de démarrage remboursables à tempérament et sans intérêts. Dans ce cas, pourquoi notre légendaire solidarité africaine ne nous permettrait-elle pas d’en faire autant ? Étant donné que nous sommes plus nombreux, cette solidarité devrait être notre avantage compétitif. Les critiques portent enfin sur le mauvais traitement salarial qu’ils appliqueraient à leurs employés. Mais, paradoxalement, le roulement des salariés dans les entreprises libanaises est beaucoup plus faible que dans les autres entreprises dont l’actionnariat est local.

À l’évidence, cette communauté possède de grandes qualités entrepreneuriales qui expliquent sa réussite à travers le monde. Il convient donc d’identifier ces facteurs de succès et de nous en imprégner. Les Libanais ont compris que la nouvelle classe moyenne ivoirienne aspirait à un mode de vie calqué sur les standards des pays développés.

Alors ils ont fait venir les franchises dans tous les domaines de la consommation. Paul et Kaiser pour les boulangeries, Burger King et KFC pour les fast-foods, Lacoste, Hugo Boss, Jennyfer pour la mode. Ils ont compris que, ses revenus augmentant, les exigences de notre classe moyenne en matière de confort allaient s’accroître. Aussi se sont-ils lancés dans la distribution de produits alimentaires locaux vendus dans des supermarchés climatisés. Ayant compris que cette classe moyenne aspirait à des soins de meilleure qualité, ils ont doté leurs hôpitaux de plateaux techniques de dernière génération.

Tout comme nos frères libanais, bâtissons notre entreprise pierre par pierre

Sortir de notre zone de confort

Prenons en exemple leur acharnement au travail, leur témérité, leur persévérance et surtout leur ambition. Imitons leur style de management fondé sur l’assertion selon laquelle la délégation a ses limites, doit être encadrée et demeurer une exception. Tout comme nos frères libanais, ouvrons nos magasins très tôt le matin et soyons les derniers à en partir. Tout comme eux, bâtissons notre entreprise pierre par pierre. Car c’est par ce chemin que les boutiques de quartier Ali Alimentation et Abou Quincaillerie sont respectivement devenues Prosuma et Bernabé.

N’hésitons pas à sortir de notre zone de confort. Alors que tous les ex-banquiers ivoiriens se lancent en affaires comme consultants en structuration financière, le médecin libanais n’hésite pas à s’essayer à la restauration avec à la clé un certain succès. Notre formation d’origine ou le secteur dans lequel nous avons fait notre carrière ne doivent pas être nos seuls domaines d’expérimentation de l’entrepreneuriat.

C’est en nous imprégnant de cette école des affaires que nous constituerons un secteur privé local robuste. C’est surtout en menant les bonnes réflexions productives que l’émergence à laquelle nous aspirons tant se réalisera.