Cinéma

Cinéma : Mati Diop, yes she Cannes !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h53
Le film "Atlantique" de la Franco-Sénégalaise Mati Diop a été sélectionné pour la Palme d’or à Cannes.

Le film "Atlantique" de la Franco-Sénégalaise Mati Diop a été sélectionné pour la Palme d’or à Cannes. © Henny Garfunkel/Redux-REA

La Franco-Sénégalaise Mati Diop sera la première Africaine en lice pour la Palme d’or à Cannes avec son premier long-métrage, « Atlantique ». Tout, dans ses choix, traduit son refus du formatage et de la facilité.

« Mati Diop est à Dakar en ce moment. Elle est encore un peu sous le coup de la nouvelle. Elle coache ses acteurs principaux pour leur venue à Cannes, mais elle se prépare aussi à l’événement. Apprendre qu’elle a été retenue a été un sacré choc ! » L’entourage, très protecteur, n’en dira pas beaucoup plus. Le film Atlantique, qui doit sortir en salles au second semestre, ne peut pas être montré avant le Festival de Cannes, où il a été sélectionné en compétition officielle. Le dossier de presse « n’est pas finalisé ». La productrice Judith Lou Lévy (Les Films du bal) demande du temps pour pouvoir « structurer le discours autour du film et harmoniser les violons avec les partenaires ». Et surtout la réalisatrice, contactée par e-mail, n’a pas souhaité répondre rapidement à notre demande d’entretien.

La fébrilité de la cinéaste et de son équipe donne une idée de l’importance que revêt cette invitation à monter les marches cannoises. Peut-être aussi un peu de son étonnement. Le choix de Mati Diop apporte un peu de fraîcheur dans une sélection squattée par des vétérans européens et américains de la Croisette (Jim Jarmusch, Pedro Almodóvar, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Ken Loach…).

Premier long-métrage, première nomination

Jeune par rapport à ses rivaux (36 ans), la Franco-Sénégalaise est surtout la première réalisatrice sélectionnée à pouvoir revendiquer son africanité. C’est aussi une professionnelle méconnue en dehors du cercle des mordus de musique ou de cinéma, qui connaissent son père, le guitariste et compositeur Wasis Diop, ou son oncle Djibril Diop Mambety (1945-1998), auteur du classique du cinéma africain Touki Bouki (1973). Elle présente avec Atlantique son premier long-métrage.

Ce film est en réalité la version longue d’un court-métrage de seize minutes, Atlantiques (avec un « s »), réalisé il y a dix ans. Il raconte l’histoire d’ouvriers d’une banlieue populaire de Dakar qui, sans salaire depuis trop longtemps, décident d’affronter l’océan pour se trouver un meilleur avenir. Parmi eux, Souleiman, l’amant d’une jeune fille qui doit se marier. Quelques jours après le départ des ouvriers, un incendie a lieu durant la cérémonie, et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier…

En autodidacte

Pour ce long-métrage, Mati Diop est donc venue une nouvelle fois tourner à Dakar. Présentée par les médias comme « la nouvelle flamme du cinéma africain » ou « la relève du cinéma sénégalais », elle est née et a grandi à Paris, mais le septième art est le cordon qui, depuis plusieurs projets, la relie au continent.

Je ne souhaitais pas intégrer une école de cinéma comme la Femis

Son parcours est farouchement singulier, plus proche de celui d’une plasticienne amoureuse de la caméra. En 2014, lors de la sortie de son moyen-métrage Mille Soleils, qui racontait le destin des acteurs de Touki Bouki, elle nous avait confié son désir d’échapper aux carcans du septième art. « Je ne souhaitais pas intégrer une école de cinéma comme la Femis, m’inscrire dans une tradition française qui ne me passionnait pas. J’avais besoin de liberté, d’apprendre à faire les films en les faisant. » C’est donc en autodidacte que Mati Diop crée ses premières vidéos. « À ses débuts, déjà, lorsqu’elle captait des performances de théâtre, j’avais été saisi par son sens inné de l’image, sa capacité exceptionnelle à créer du récit », se souvient Charles de Meaux, réalisateur et artiste contemporain, cocréateur d’Anna Sanders Films, qui a produit plusieurs de ses projets.

Elle intègre une résidence au palais de Tokyo, puis l’école du Fresnoy, dans l’agglomération lilloise, spécialisée dans les arts visuels et les nouvelles technologies. Participe en tant qu’actrice à des réalisations de cinéastes qui font d’abord confiance à l’image plutôt qu’aux dialogues pour donner à comprendre les personnages, comme 35 Rhums, de Claire Denis. Et, pour ses propres travaux, dit s’inspirer de cinéastes qui sont aussi des artistes contemporains, comme le Thaïlandais Api­chat­pong Weera­seth­akul.


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Tout, dans ses choix, traduit son refus du formatage, de la facilité et le désir de faire entendre une voix différente. En laissant la liberté d’improviser à ses acteurs, en s’autorisant des flous, en intensifiant les ambiances colorées, la réalisatrice montre à l’écran une Afrique réelle et onirique, kaléidoscopique. « On n’est pas dans un cinéma commercial, mais pas non plus dans du “cinéma-­calebasse”, souligne Charles de Meaux. Pour moi, ses racines parisiennes et africaines lui permettent d’être dans un entre-deux, de trouver la bonne distance avec son sujet. Elle propose des décalages subtils qui déjouent les clichés. » Cette vision séduira-t-elle le jury cannois ? Réponse le 25 mai à la cérémonie de clôture du Festival.

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