Politique

[Tribune] Ces exemples qui prouvent que les fake news n’ont rien de new

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Fake news © Damien Glez

Depuis que Donald Trump a été élu président des États-Unis, le concept de fake news a connu une fortune extraordinaire. On pourrait croire que le concept est né avec lui, mais des exemples datant parfois de plusieurs siècles prouvent le contraire.

Depuis que Balourd Trump a été élu président des États-Unis, le concept de fake news a connu une fortune extraordinaire. Le locataire de la Maison Blanche dénonce toutes les horreurs qu’on rapporte à son sujet – et qui sont généralement vraies – comme des nouvelles bidon, et dans la foulée il en crée d’autres – de vraies fausses nouvelles ; du bidon de chez bidon, quoi. On pourrait croire que le concept est né avec lui ; que nenni, que nenni! En voici quelques-unes qui datent de plusieurs siècles.

Hugues Capet, fils de boucher ?

1. Nous avons tous appris à l’école l’expression « les quarante rois qui ont fait la France », lesquels rois descendent tous d’Hugues Capet. Pour se moquer d’eux ou ternir leur prestige, on a dit ou écrit pendant des siècles que le père d’Hugues Capet était un simple boucher. Or, cette allégation qui a traversé le temps est une fake news inventée par le grand Dante lui-même.


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Elle ne se trouve dans aucun texte antérieur à La Divine Comédie. Dante voulait discréditer la maison (capétienne) des princes de Sicile, à laquelle il reprochait le massacre dit « des Vêpres siciliennes ». François Villon s’empara du bobard et le propagea, et ainsi de suite, jusqu’aux révolutionnaires de 1789 qui jugèrent (en 1792) Louis XVI sous le nom roturier de « Louis Capet » et ne se privèrent pas de gloser sur son ancêtre (prétendument) boucher. Aujourd’hui encore, on trouve ici et là ce fait – qui n’en est pas un…

Napoléon petit, vraiment ?

2. Napoléon était petit. Faux : il était de taille moyenne pour l’époque. Ce sont ses ennemis jurés, les Anglais, qui ont lancé la fake news. Son médecin particulier, qui savait de quoi il parlait, avait précisé que l’Empereur mesurait 1,68 m, ce qui n’était pas petit à l’époque. Le « pied » et le « pouce » français désignaient alors autre chose que leurs équivalents anglais.

C’est le problème des fake news : elles peuvent naître innocemment mais ensuite les gredins s’en emparent

Les « 5 pieds, 6 pouces » indiqués par Corvisart donnaient 1,55 m si on prenait les pieds et les pouces anglais. C’était peut-être une erreur de bonne foi – mais la perfide Albion pouvait-elle être de bonne foi ? C’est le problème des fake news : elles peuvent naître innocemment mais ensuite les gredins s’en emparent.

Omar et le « bazar » de la bibliothèque d’Alexandrie

3. Le calife Omar a fait brûler la grande bibliothèque d’Alexandrie – et il prononça à l’occasion cette phrase aussi « historique » qu’imaginaire : « Si ce qui s’y trouve contredit le Coran, ça doit disparaître ; si ça ne contredit pas le Coran, c’est inutile. Brûlons donc tout ce bazar ! »


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Cette légende apparut au début du XIIIe siècle : aucun chroniqueur n’en parle entre le VIIe siècle (quand Omar conquit l’Égypte) et 1203, ce qui est tout de même étrange. Même les auteurs les plus hostiles aux Arabes et à l’islam ne mentionnent pas ce pseudo-événement – on imagine pourtant qu’ils ne se seraient pas privés de le faire s’il avait eu lieu. Bernard Lewis himself, qui ne portait pas les Arabes dans son cœur, n’y croyait pas.

Et pourtant… Tous les jours, quelque part dans le vaste monde, quelqu’un se lève pour dénoncer, la voix vibrante, cet antique « crime contre la culture ». Il est vrai qu’en islamophobie et arabophobie il faut faire flèche de tout bois.

Moralité : suivre la sagesse d’Ibn Khaldoun

Enfin, il faut noter que les fake news étaient une véritable industrie pendant la Grande Guerre : les États eux-mêmes les inventaient – c’est de cette période que date l’expression « bourrage de crâne »… Quand un journal allemand titra « À l’annonce de la chute d’Anvers, on a fait sonner les cloches », cette information anodine devint dans Le Matin : « Les barbares conquérants d’Anvers ont puni les malheureux prêtres de leur refus héroïque de sonner les cloches en les pendant la tête en bas, comme des battants vivants. » En fait, les cloches avaient sonné en Allemagne, pas à Anvers…

Rien de nouveau, donc. Même dans ce domaine, l’inepte Trump n’a pas été capable d’innover… À nous de nous méfier, selon le sage principe donné il y a plus de six siècles par Ibn Khaldoun dans ses fameux Prolégomènes : « Si une chose n’est pas vraisemblable, elle n’est sans doute pas vraie… »

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