Dossier

Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : dix huit mois pour convaincre»

Voir tout le sommaire
Santé

Burkina Faso : quel bilan pour la gratuité des soins ?

Dans un dispensaire de la région Centre-Nord. © Sophie Garcia | hanslucas.com

Entrée en vigueur en 2016, la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans a permis de réduire fortement le taux de mortalité au Burkina.

Mardi 26 mars, il est à peine 7 heures au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Dassasgho, quartier est de Ouagadougou. Alors que le soleil pointe à l’horizon, déjà des flots de patients entrent et sortent du dispensaire, dont de nombreuses femmes, certaines portant un nourrisson, d’autres tenant leur enfant par la main.

Depuis l’entrée en vigueur, en avril 2016, de la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, la fréquentation de ce CSPS n’a cessé d’augmenter. Il enregistre désormais plus de 50 000 consultations par an, pour une population estimée à 31 000 personnes.


>>> À LIRE – Gabon : la gratuité de l’accouchement entre en phase de test


« Le premier effet de cette mesure est d’avoir réduit considérablement le taux de mortalité des enfants de 0 à 5 ans, souligne Madeleine Ilboudo, infirmière responsable du CSPS. Ces deux dernières années, nous n’avons d’ailleurs enregistré aucun décès, pour la simple raison que les femmes n’attendent plus leur mari pour consulter. Cela évite les complications, et les pathologies sont détectées de manière plus précoce, notamment le paludisme, première cause de consultations et de décès au Burkina. »

À la fin de l’exercice 2018, le montant total des impayés s’élève à environ 10 milliards de F CFA, reconnaît le ministère de la Santé

Le dispositif a aussi chamboulé le financement du système de santé. Au fur et à mesure de sa mise en œuvre, l’enveloppe allouée à la prise en charge de la gratuité est en effet passée de 17 milliards de F CFA (25,9 millions d’euros) en 2016 à 28,8 milliards en 2017, et elle a atteint plus de 31,8 milliards l’an dernier. Mais le décalage dans le décaissement pénalise les centres de santé.

« Depuis octobre 2018, le CSPS de Dassasgho supporte le coût de la gratuité en attendant d’être remboursé par l’État », déplore Madeleine Ilboudo, tout en saluant la justesse et l’équité du dispositif. « À la fin de l’exercice 2018, le montant total des impayés s’élève à environ 10 milliards de F CFA, et nous n’avons pas encore réglé la facture du premier trimestre de 2019 », reconnaît Pierre Yaméogo, secrétaire technique chargé de la couverture sanitaire universelle au ministère de la Santé, qui assure cependant qu’une avance de 8 milliards de F CFA a d’ores et déjà été consentie.

Bouche-à-oreille

La gratuité des soins de santé pour les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes constitue un grand bond en avant vers la couverture sanitaire universelle, étant donné qu’elle permet déjà d’assurer la prise en charge totale de 25 % des 20 millions de Burkinabè. « Il fallait rompre la barrière financière pour favoriser un accès aux soins équitable », insiste Pierre Yaméogo.

Selon les spécialistes de la santé, cette mesure inédite au Burkina permet en effet de prendre en charge 80 % des pathologies infantiles et maternelles, parmi lesquelles le paludisme, les diarrhées ou encore les infections respiratoires, et elle inclut les interventions chirurgicales, comme la césarienne.


>>> À LIRE – Start-up africaine de la semaine : un carnet de santé mobile pour contrer la mortalité infantile


« C’est une bonne mesure, même si, parfois, certains médicaments sont en rupture de stock », dit Adji Ouédraogo, 26 ans, enceinte de six mois, qui vient au CSPS de Dassasgho pour une pesée. Sophie Palenfo, 32 ans, arrive, elle, avec sa fillette de 7 mois, souffrante. C’est par le bouche-à-oreille qu’elle a appris que la gratuité était effective. « Avant j’avais peur de consulter à cause du coût de l’auscultation et de l’ordonnance, confie-t-elle. Désormais, je n’hésite plus ! »

Généralisation du dispositif

L’engouement des populations vulnérables pour le dispositif conforte les équipes du secrétariat technique chargé de son suivi. « Sur la période 2010-2015, nous avions un taux de consultation pour les moins de 5 ans qui était de 1,7 contact par enfant et par an, alors que la norme mondiale est de 3 contacts. En 2016, grâce à cette mesure, ce taux est passé à 2,49 contacts par enfant, et à 3,08 contacts en 2018 », se félicite Pierre Yaméogo.

Pour généraliser le dispositif et étendre la gratuité au niveau communautaire, le ministère de la Santé veut permettre aux 17 900 agents qui ont été formés à cet effet de soigner les cas simples de palu, de diarrhée ou de toux.

« Nous allons mettre à la disposition de ces agents des médicaments, ainsi que des contraceptifs », précise Pierre Yaméogo. De quoi accompagner le démarrage, prévu en juin 2019, d’un autre chantier sanitaire et social d’envergure : la gratuité des services de planification familiale. Un arrêté ministériel doit venir d’ici là préciser les modalités de la mise en œuvre progressive de cette mesure, dont le coût est estimé à 6,4 milliards de F CFA.


Pharmacie à but non lucratif

Si l’État finance la gratuité des soins, c’est à la Centrale d’achats des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (Cameg), d’assurer l’approvisionnement en produits de santé (70 % de l’offre). La Centrale affiche un bilan de 55 milliards de F CFA (83,85 millions d’euros) en 2018 et, la demande en médicaments ayant augmenté de plus de 200 %, son carnet de commandes s’élève à 49 milliards de F CFA, contre 34 milliards en 2014.

« En tant qu’association à but non lucratif, nous réinvestissons nos bénéfices pour améliorer les performances ou baisser les coûts des médicaments, explique Anne-Maryse K’Haboré, docteure en pharmacie et directrice générale de la Cameg. Cette année, par exemple, pour améliorer l’accès de la population aux produits, nous avons proposé une baisse des prix de près de 800 millions de F CFA. » Pénalisée par la lenteur des décaissements publics, la Cameg estime cependant que les créances de l’État (21 milliards de F CFA) ne lui permettent pas d’assurer sereinement sa mission d’approvisionnement.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte