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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : dix huit mois pour convaincre»

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Politique économique

Burkina Faso : une croissance de bon augure

Terrassement avant goudronnage de la route nationale 3, au nord-est de Ouagadougou, en août 2018.

Terrassement avant goudronnage de la route nationale 3, au nord-est de Ouagadougou, en août 2018. © Aurimages

Malgré le contexte difficile, la croissance devrait se maintenir durablement grâce aux efforts des pouvoirs publics, ainsi qu’à la vitalité des secteurs agricole et minier.

La belle croissance du Pays des hommes intègres promet de durer. Le FMI prédit qu’elle se maintiendra à 6 % dans les prochaines années. Ce n’est que justice compte tenu des efforts des gouvernants et de la population. Si l’on prend les grands paramètres macroéconomiques, les résultats sont là.

L’inflation est modérée (2 % par an) ; le déficit budgétaire, ramené de 7,8 % du PIB en 2017 et à 4,7 % en 2018, tend vers les 3 % requis ; la dette publique demeure raisonnable (42,5 % du PIB) et la dette vis-à-vis de l’étranger (24,2 % du PIB) promet de baisser. Les réformes se mettent en place. Le prix des carburants s’adaptera automatiquement aux évolutions sur le marché mondial, ce qui permettra de limiter les subventions publiques.

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Les embauches dans la fonction publique ont été réduites de 40 % en 2018, et le régime des primes et indemnités est en voie d’être modifié. Malgré un certain relâchement l’an dernier, le Burkina Faso collecte mieux ses impôts. « Il a fait beaucoup de progrès en matière fiscale, confirme Arthur Minsat, chef de l’unité Afrique au Centre de développement de l’OCDE. Les recettes fiscales ont atteint 18,1 % du PIB en 2016, contre 10,2 % au début de la décennie. »

Un complément de revenus précieux

La liste des améliorations n’est pas close : l’interconnexion électrique permet de doubler la fourniture de courant en provenance du Ghana ; le pôle agro-industriel de Bagré est un succès, et le triangle transfrontalier avec la Côte d’Ivoire et le Mali (Bobo-Dioulasso - Korhogo - Sikasso) promet d’en être un autre à moyen terme. Rappelons que le Burkina Faso est l’un des rares pays à honorer la déclaration de Maputo (2003), qui demande aux pays africains de consacrer à l’agriculture au moins 10 % de leur budget.

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Le secteur minier est en plein essor. Ses recettes progressent au rythme de 10 % par an, et 15 000 emplois y ont été créés en 2018. La locomotive est évidemment l’or – dont la quatorzième mine, exploitée par Teranga Gold à Niankorodougou, devrait sortir son premier lingot à la fin de l’année – avec une production industrielle de plus de 52,6 tonnes en 2018, auxquelles s’ajoutent quelque 9,5 t extraites par le secteur artisanal. Celui-ci pose des problèmes de pollution et de sécurité, mais il procure un complément de revenus précieux aux populations locales.

Si les effets ne se sont pas encore fait sentir, la reprise des relations diplomatiques avec la Chine devrait donner un coup de fouet aux innombrables projets d’infrastructures (routes, énergie), grâce à l’arrivée des prêts et des entreprises de Pékin – pour mémoire, le rythme de réduction de la pauvreté depuis 2000 au Burkina Faso est identique à ce qu’il a été en Chine entre 1996 et 2013. On comprend que, face à ce tableau plutôt favorable, le FMI ait débloqué, en décembre 2018, une nouvelle tranche de 25,1 millions de dollars dans le cadre de son accord triennal avec Ouagadougou.

Tout n’est pas rose pour autant. Selon la Banque mondiale, l’extrême pauvreté (moins de 1,9 dollar par personne et par jour) affectait 43,7 % de la population en 2017. « On constate le même type de croissance fondé sur la rente avec la prédominance des exportations d’or et de coton, déclare Arthur Minsat. Cela ne crée pas d’emplois en nombre suffisant et fragilise une économie sensible aux cours mondiaux des matières premières. » D’autant que la faible industrialisation du pays ne permet pas de transformer et de valoriser plus de 2 % de la production cotonnière.

Myriade de PME familiales

Autre écueil, le déficit en électricité. Certes, avec une puissance installée de 1 000 MW en 2020, contre 650 MW en 2018, il tend à se réduire, mais il pénalise toujours les bourgades rurales, dont plus de 95 % ne sont pas approvisionnées.

Le poids excessif de la fonction publique représente 10 % du PIB. L’expansion du terrorisme oblige à consacrer une part croissante du budget à l’armée et aux forces de l’ordre : le budget de la sécurité a bondi de 35 % en 2018, et il progressera encore de 28 % en 2019, détournant de précieuses ressources qui devraient être consacrées au développement.


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Enfin, l’informel demeure un grave handicap. « Le Burkina Faso est typique des pays les moins avancés, explique Aruna Bineswaree Bolaky, économiste à la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced). Les entreprises informelles y sont dominantes et se créent surtout par nécessité de sortir du chômage. L’innovation y est très marginale. Elles ont du mal à survivre et encore plus à se développer en raison des obstacles que représentent la rareté des compétences et un accès limité au crédit. Elles ne peuvent donc pas créer beaucoup d’emplois. » Aussi, il y a urgence à faciliter la vie de la myriade des petites entreprises familiales.

Oui, le Burkina Faso évolue dans le bon sens. Non, il n’est pas tiré d’affaire. Ce que reconnaissait avec lucidité Rosine Sori-Coulibaly

Oui, le Burkina Faso évolue dans le bon sens. Non, il n’est pas tiré d’affaire. Ce que reconnaissait avec lucidité Rosine Sori-Coulibaly, ministre de l’Économie de janvier 2016 jusqu’en janvier dernier, dans une interview accordée, en août 2018, à African Banker : « Les perspectives de croissance restent sujettes à des facteurs de risques tels que les attaques terroristes, la vulnérabilité de l’agriculture aux aléas climatiques, la persistance des revendications sociales, la faible mobilisation des ressources pour le financement du Plan national de développement économique et social et la volatilité des cours des matières premières. »

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