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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : dix huit mois pour convaincre»

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Politique

Burkina Faso – Remis Dandjinou : « La réconciliation ne doit pas donner l’impression d’être “un deal” entre politiques »

Rémi Fulgance Dandjinou, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement du Burkina Faso © Olympia de Maison pour JA

Rémi Fulgance Dandjinou, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement du Burkina Faso © Olympia de Maison pour JA © Olympia de Maison pour JA

Ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Remis Fulgance Dandjinou revient pour Jeune Afrique sur la main tendue de l’ancien président Blaise Compaoré pour soutenir la réconciliation inclusive, sur le report du référendum constitutionnel ou encore le procès des auteurs présumés du putsch avorté de 2015.

Ancien professeur d’histoire-géographie originaire de Bobo-Dioulasso, Remis Fulgance Dandjinou, 51 ans, est devenu journaliste il y a plus de vingt ans. Il a d’abord officié en radio, notamment sur Radio Pulsar, à partir de 1995, puis à Canal3, télévision privée alors en vogue à Ouagadougou, qu’il rejoint en 2002 en tant que directeur général adjoint et chroniqueur.

C’est d’ailleurs dans Ça nous intéresse, l’une de ses émissions de débats, qu’il brandit le carton rouge contre la modification de l’article 37 de la Constitution. Promoteur de la chaîne Burkina Info, Remis Dandjinou est chargé du portefeuille de la Communication et des Relations avec le Parlement, ainsi que du porte-parolat du gouvernement depuis janvier 2016.

Il revient au président Kaboré de donner ou non une suite à l’offre faite par Blaise Compaoré

Jeune Afrique : Dans une lettre adressée à Roch Marc Christian Kaboré, l’ancien président Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire, dit sa « disponibilité » pour soutenir la réconciliation inclusive. Le gouvernement est-il prêt à saisir cette main tendue ?

Remis Dandjinou : Le président du Faso a effectivement reçu une lettre datée du 29 mars. Dans un communiqué, le gouvernement a pris acte de la lettre, transmise le 12 avril, ainsi que de la disponibilité du président Compaoré à contribuer à l’apaisement, notamment. De mon point de vue, à ce stade, il revient au président Kaboré de donner ou non une suite à cette offre.

Le référendum constitutionnel a été reporté sine die. Comment va-t-on passer à la Ve République ?

La Ve République découle d’un engagement du président du Faso. Il y a eu un travail consensuel sur la nouvelle loi fondamentale, auquel toutes les forces vives (majorité, opposition, société civile, chefs coutumiers et religieux, etc.) ont pris part. Le projet de texte est donc consensuel. C’est son mode d’adoption qui reste à trancher. Tous les acteurs politiques doivent donc se mettre d’accord pour qu’elle soit adoptée et que, in fine, elle entre en vigueur.

Le président de la Commission d’élaboration de la nouvelle Constitution, Me Halidou Ouédraogo, l’a lui-même reconnu à l’issue de sa rencontre avec le chef de l’État : pour le moment, le référendum est la seule solution, à moins de changer la loi. La question est de savoir comment et dans quelles conditions. C’est ce qui fera l’objet de discussions entre le président du Faso et la classe politique. S’ils s’accordent sur le recours à la voie parlementaire, il faudra modifier la loi en conséquence. En attendant, le chef de l’État préconise la voie référendaire. Des concertations ont été engagées par le Premier ministre, Christophe Dabiré, qui a échangé avec les partis politiques. Elles vont se poursuivre afin de trouver un modus vivendi.

Comment progresser vers la réconciliation, que réclament notamment les partis de l’ex-majorité ?

Personne n’est contre la réconciliation. Il faut absolument que les Burkinabè se réconcilient entre eux, et que le Haut Conseil pour la réconciliation et l’unité nationale avance un certain nombre de pistes. Mais nous devons nous entendre sur la manière d’amorcer cette réconciliation, afin de ne pas donner l’impression d’un « deal » entre acteurs politiques. Elle doit reposer sur un besoin de vérité, de justice, qui constitue un socle solide pour, au final, reconstruire notre vivre-ensemble. Le dialogue politique engagé est aussi l’occasion de s’entendre sur cette question.


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Avec le procès des auteurs présumés du putsch avorté de 2015 et des ministres du dernier gouvernement Compaoré, c’est loin d’être le cas actuellement…

Il n’est pas question de se servir de la réconciliation pour mettre certains acteurs politiques hors jeu ou pour en renforcer d’autres. Il s’agit de panser les plaies des Burkinabè pour repartir de l’avant. Les jugements en cours vont permettre d’aller dans ce sens.

Concernant les procès que vous évoquez, ils s’inscrivent dans le cadre de la justice républicaine et n’empêchent pas que d’autres différends soient traités dans le cadre d’une justice transitionnelle. Pour cela, nous avons besoin de parler le même langage. La vérité est capitale, c’est une obligation, et la justice en est une autre.

Quels sont les points clés du dialogue politique en cours ?

Ce dialogue, souhaité par le chef de l’État, vise à recueillir les avis sur la mise en œuvre de la nouvelle Constitution, les modalités des prochains scrutins (présidentiel et législatif), la loi sur le genre ou encore la réconciliation nationale. Sur tous ces points, il importe que l’ensemble de la classe politique soit en phase afin que le Burkina Faso soit le grand gagnant.

Depuis 2015, les attaques terroristes ont fait plus de 350 morts au Burkina. Comment l’exécutif compte-t-il reprendre la main face à l’insécurité ?

Les actions menées jusqu’à présent, avec pour socle la réforme des forces de défense et de sécurité ont permis de ralentir la poussée terroriste. Vous constaterez qu’il y a moins d’attaques meurtrières. Mieux, l’adoption de la loi de programmation militaire [dotée de 722 milliards de F CFA, soit plus de 1,1 milliard d’euros] a permis de renforcer la gouvernance sécuritaire, y compris la gestion des ressources humaines et l’équipement.


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Aujourd’hui, l’objectif est de réduire au strict minimum la capacité de nuisance des groupes armés. Cela étant, tant que nous n’aurons pas éradiqué les causes du mal, que ce soit en Libye ou ailleurs, il sera difficile d’enrayer les attaques dans l’espace sahélien. C’est pourquoi la feuille de route du président du Faso pour la présidence du G5 Sahel porte sur « l’opérationnalisation de la force conjointe » et la mise en œuvre effective des projets de développement communs.

Le gouvernement a été critiqué pour sa gestion des affrontements communautaires à Yirgou (en janvier) et à Arbinda (en avril). Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Il y a là une volonté de manipuler les communautés pour les opposer les unes aux autres. Et des terroristes surfent sur cette fibre ethnique pour semer le chaos. Le gouvernement nommé le 24 janvier prend justement en charge deux aspects importants de la question : la cohésion nationale et la promotion des droits humains. Ce qui traduit la volonté de répondre à l’urgence de préserver le vivre-ensemble.

 

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