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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : dix huit mois pour convaincre»

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Politique

Burkina Faso – Eddie Komboïgo : « Le CDP est en train de reconquérir la confiance de la population »

Eddie Komboigo, le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), dans son bureau à Ouagadougou. © Sophie Garcia | hanslucas.com pour JA

Le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo, est convaincu que son parti a un rôle important à jouer à l'élection présidentielle de 2020, à laquelle il pourrait candidater. Il revient également sur le bilan de Roch Marc Christian Kaboré, qu'il juge « négatif ».

Réélu à la tête du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) en mai 2018, Eddie Komboïgo entend incarner le retour de l’ancien parti majoritaire sur la scène politique. Et ce, dès la présidentielle de 2020, à laquelle il n’exclut pas d’être candidat. Il a reçu JA dans son vaste bureau ouagalais, orné de sculptures d’animaux, de photos de famille et de portraits de Blaise Compaoré.

Jeune Afrique : Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Roch Marc Christian Kaboré, à dix-huit mois de la fin de son mandat ?

Eddie Komboïgo : Son bilan est négatif. Nous sommes loin des objectifs annoncés. Son principal échec est politique. Les réformes attendues n’ont pas été réalisées. Nous attendions également des gestes en faveur de la réconciliation nationale, pour que chacun puisse contribuer à la construction de la nation. Si j’avais été à sa place, j’aurais appelé les Burkinabè à tirer les leçons de l’Histoire, à se dire la vérité et à se pardonner mutuellement afin de construire ensemble notre nation, dans la paix et la sérénité.

Sur le plan économique, des sociétés ont disparu, les industries tant promises n’ont pas ouvert, les investissements pour des infrastructures n’ont pas été décaissés… Les besoins des populations ne sont pas satisfaits.

La grogne sociale est perceptible dans plusieurs secteurs publics ces derniers mois. Comment le gouvernement doit-il y répondre ?

Il faut un débat franc avec les syndicats pour leur faire prendre conscience de la réalité économique du Burkina. S’il y a une croissance, chacun pourra en profiter équitablement. S’il n’y en a pas, nous en subirons tous les conséquences. Encore faut-il que l’État fasse des efforts, or nous n’en voyons pas. Les syndicats se sentent trahis, et ils ont raison de ne plus faire confiance au gouvernement.


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Ce dernier fait-il ce qu’il faut pour enrayer la dégradation de la situation sécuritaire ?

Je condamne toutes ces attaques barbares et je m’incline devant la mémoire de toutes les victimes. Si les décisions du gouvernement étaient à la hauteur, je crois que ce fléau aurait été enrayé. Mais, chaque jour, nous constatons des attaques.

L’une des conséquences de ces attaques est la montée des violences inter­­communautaires…

Nous le déplorons profondément. Nous souffrons que des Burkinabè s’accusent les uns les autres et s’entretuent. Il faut que tout cela cesse le plus rapidement possible.

Êtes-vous favorable à l’adoption d’une nouvelle Constitution pour instituer une Ve République et marquer la rupture avec le régime de Blaise Compaoré ?

Pourquoi adopter une nouvelle Constitution ? Si l’objectif est d’en faire un symbole politique, je réponds que le peuple ne se nourrit pas de symboles. Il attend des réformes économiques sérieuses, qui lui donneront des emplois et des revenus.

Le président fait croire aux Burkinabè de la diaspora qu’ils pourront tous voter, alors que c’est impossible

Le gouvernement a annoncé sa volonté de faire voter les Burkinabè de la diaspora en 2020. Est-ce le bon moment ?

Oui. Mais nous regrettons vivement que le gouvernement ait fait adopter la révision du code électoral au forceps, alors que la Constitution préconise que cela soit fait par consensus. Le président a décidé que les Burkinabè pourraient voter avec deux documents : la carte nationale d’identité et le passeport. Or, dans la sous-région, la grande majorité de nos compatriotes utilise la carte consulaire biométrique, qui fait office de carte d’identité nationale. C’est le cas par exemple pour environ 1 million de ressortissants burkinabè en Côte d’Ivoire. Pourquoi vouloir remplacer cette carte consulaire biométrique alors qu’elle tient lieu de carte d’identité ?


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La deuxième chose que nous reprochons au code électoral est le cantonnement des bureaux de vote dans les ambassades et les consulats. Par exemple, toujours en Côte d’Ivoire, on estime entre 1 million et 1,5 million le nombre d’électeurs : ce n’est pas avec quelques bureaux répartis dans notre ambassade et nos trois consulats que tous pourront voter, c’est mathématiquement impossible. Le troisième reproche est d’avoir fait passer le nombre de votants par bureau de vote de 500 à 800, or il est impossible de faire voter 800 électeurs en seulement douze heures. En vérité, le président Kaboré fait croire aux Burkinabè de l’étranger qu’ils pourront tous voter, alors qu’ils ne le pourront pas.

Le CDP a-t-il été durablement affaibli par l’insurrection populaire de 2014 ?

Certains nous ont accusés de tous les maux. Mais le peuple, lui, est conscient que le CDP a une offre politique et dispose de ressources humaines de qualité, capables de lui apporter le changement voulu. Notre parti est en train de reconquérir la confiance des Burkinabè. Chaque jour, des militants qui nous avaient quittés nous rejoignent. Cela nous galvanise. Si la confiance revient, le CDP reviendra au pouvoir en 2020.

Blaise Compaoré continue-t-il à jouer dans la direction du parti ?

Il en est le fondateur. À ce titre, il a été élevé au rang de président d’honneur. Je le consulte souvent, mais je consulte également les autres cadres et le Haut Conseil du CDP pour chaque décision importante.

Quelles sont vos relations avec Zéphirin Diabré, qui était votre premier adversaire et se retrouve aujourd’hui à vos côtés dans l’opposition ? Seriez-vous favorable à une alliance électorale avec lui en 2020 ?

Il a eu le courage de venir à notre congrès pour faire un discours historique, en proposant un rapprochement entre le CDP et l’UPC [Union pour le progrès et le changement]. Nous lui avons rendu la pareille en participant au congrès de l’UPC. Ce ne serait donc pas surprenant qu’il y ait un rapprochement entre nos partis dans les mois à venir.


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Certains font état de querelles intestines entre les dirigeants du CDP. De telles tensions ne risquent-elles pas de s’accroître à l’approche de la présidentielle ?

Le CDP est un vieux parti, qui a connu différentes crises. Les fondateurs de l’UPC, du MPP [Mouvement du peuple pour le progrès] et d’autres partis ont quitté ses rangs, mais le CDP a su rester intact. Des crises dans la vie d’un grand parti, cela arrive. Jusqu’à présent, nous ne sommes confrontés qu’à des contradictions secondaires, auxquelles nous cherchons des solutions en interne. Maintenant, si d’autres souhaitent trouver des solutions à l’extérieur, le parti prendra ses responsabilités.

Le CDP aura-t-il un candidat en 2020 ? Si oui, comment sera-t-il désigné ?

Nous aurons un candidat. Nous avons nos propres procédures internes. S’il y a plusieurs candidats à la candidature, un collège sera mis en place pour organiser des primaires. Nous recueillerons aussi l’avis du président Blaise Compaoré.

Souhaitez-vous être ce candidat ?

Vous le saurez le moment venu.

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