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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : dix huit mois pour convaincre»

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Politique

Présidentielle au Burkina Faso : Roch Marc Christian Kaboré, dix-huit mois pour convaincre

Le chef de l’État Roch Marc Christian Kaboré, le 2 mars, à Ouagadougou. © Sophie Garcia/hanslucas.com

À dix-huit mois de la présidentielle, Roch Marc Christian Kaboré sait qu’il sera jugé en partie sur son bilan. Malgré les impératifs sécuritaires, il entend accélérer le rythme des réformes sur les plans économique et social.

C’était il y a déjà plus de trois ans. Mais, à en croire les proches de Roch Marc Christian Kaboré, tout a vraiment basculé le 15 janvier 2016 quand, pour la première fois dans l’histoire du pays, une trentaine de civils ont été froidement abattus par un commando jihadiste, en plein centre de Ouagadougou. « On ne peut pas analyser l’action du président en occultant ce qui s’est passé ce jour-là, explique l’un de ses proches. Cela a été un vrai coup dur. Il ne s’y attendait pas du tout et a été cueilli à froid. Il n’a pas eu d’autre choix que de changer de logiciel dès le début de son mandat. »

Depuis, la situation sécuritaire s’est dégradée. Deux autres attentats ont ensanglanté Ouaga, en 2017 et en 2018. Après le nord, l’insécurité s’est étendue à l’est du pays. Jihadistes et groupes armés locaux y mènent des attaques régulières dans lesquelles des centaines de militaires et de civils ont perdu la vie. Plus inquiétant encore, ces violences dégénèrent ces derniers mois en sanglantes tueries intercommunautaires, comme à Yirgou et à Arbinda (Nord).

De nouvelles priorités

Sous pression, le président Kaboré a été contraint de revoir ses priorités. Des ajustements financiers ont été faits au profit du ministère de la Défense et de celui de la Sécurité. Plusieurs de ses engagements économiques et sociaux ont été mis en pause. « Le retour à la sécurité est notre premier souci, car sans elle les entrepreneurs ne peuvent pas faire avancer leurs chantiers, les éleveurs ne peuvent pas faire paître leurs bêtes, les commerçants ne peuvent pas échanger, les enfants ne peuvent pas aller à l’école… », assure Simon Compaoré, ex-ministre de la Sécurité et fidèle de Roch Kaboré.

Malgré les impératifs sécuritaires, Roch Kaboré n’entend pas sacrifier certaines réformes sociales

Ce dernier doit aussi gérer une situation sociale tendue, avec des grèves à répétition dans le secteur public comme chez les agents du ministère des Finances, qui protestent contre la suppression de certaines de leurs primes. « Nous n’attendons plus rien de ce régime qui ne se rend pas compte de la situation dans laquelle notre pays se trouve », assène Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition. Pour le président, le temps commence à presser.

En janvier, il a changé de Premier ministre – Paul Kaba Thieba a été remplacé par Christophe Dabiré, un homme d’expérience connu du sérail politique ouagalais – et remanié le gouvernement, avec des changements notables à la tête des stratégiques ministères de la Défense, de la Sécurité, et des Finances.

Malgré les impératifs sécuritaires, Roch Marc Christian Kaboré n’entend pas sacrifier certaines réformes sociales. Ses proches mettent en avant l’instauration de la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, la mise à niveau des équipes médicales dans tous les centres hospitaliers régionaux ou encore le lancement de la gratuité de la planification familiale.

Roch Marc Christian Kaboré le 2 juillet 2018 à Nouakchott. © Ludovic Marin/AP/SIP

Nous avons fait de grandes avancées dans le secteur de l’eau, avec le lancement de plusieurs barrages

D’autres promesses phares qu’il avait formulées en 2015, avant son élection, ne se sont en revanche pas encore concrétisées, comme la fin des écoles sous paillote ou celle des corvées d’eau. « Cela demande du temps, justifie le porte-parole du gouvernement, Rémi Dandjinou. Nous avons fait de grandes avancées dans le secteur de l’eau, avec le lancement de plusieurs barrages. Pareil pour les infrastructures, avec la construction de routes et de pistes rurales. »

Longtemps incarné par l’ex-Premier ministre Paul Kaba Thieba, le Plan national de développement économique et social (PNDES) demeure au cœur de la stratégie présidentielle. Reste à transformer ces milliards de F CFA de promesses de dons en grands chantiers dans tout le pays.

Ve République et vote de la diaspora

Le chef de l’État entend par ailleurs boucler deux dossiers hautement symboliques avant la fin de son mandat : l’adoption d’une nouvelle Constitution, qui doit marquer le passage à une Ve République, et le vote des Burkinabè de la diaspora. Après un imbroglio autour du mode d’adoption du projet de nouvelle loi fondamentale, il a été décidé que celui-ci serait la voie référendaire plutôt que parlementaire. Pour des questions financières, il est envisagé de coupler ce référendum avec les élections présidentielle et législatives de 2020. Des scrutins qui seront historiques si les Burkinabè de l’étranger peuvent y prendre part, comme s’y sont engagées les autorités. Maintes fois promis, le vote des « diaspos » est un enjeu politique et un défi logistique majeur, en particulier en Côte d’Ivoire, où résident entre 1 et 1,5 million d’électeurs burkinabè.

Nous allons assumer notre devoir de « redevabilité » et dérouler les actions que nous avons menées depuis cinq ans

Aussi complexes que soient les conditions dans lesquelles il est arrivé au pouvoir, Roch Kaboré sait qu’il sera d’abord jugé sur son bilan. D’où sa volonté de ne plus perdre une seconde. « Nous allons assumer notre devoir de “redevabilité” et dérouler les actions que nous avons menées depuis cinq ans. Les Burkinabè trancheront », explique un proche du chef de l’État. Dans l’optique de la campagne à venir, Simon Compaoré a été libéré de son poste de ministre d’État à la présidence pour mettre le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) en ordre de bataille.


>>> À LIRE – Burkina : « Roch », acte II : un remaniement avec la présidentielle en ligne de mire


De leur côté, l’Union pour le progrès et le changement (UPC), de Zéphirin Diabré, et le Congrès pour la démocratie et le progrès, l’ancienne toute-puissante formation de Blaise Compaoré, commencent eux aussi à se préparer. Les deux principaux partis d’opposition devraient présenter chacun un candidat. Mais ils travaillent également à une alliance électorale face au président sortant, en cas de second tour. Un scénario périlleux que Kaboré, comme d’autres avant lui, espère éviter.

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