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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : dix huit mois pour convaincre»

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Politique économique

Burkina Faso : Lassané Kaboré, l’équilibriste

Lassane Kabore, ministre de l'économie du Burkina Faso.© Hippolyte Sama © Hippolyte Sama

Moins de dépenses, plus de recettes, budget maîtrisé… Le nouveau ministre des Finances burkinabè, Lassané Kaboré, est résolu à poursuivre les réformes.

Nommé le 24 janvier à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et du Développement (Minefid), Lassané Kaboré, 51 ans, retrouve une maison qu’il connaît bien. Il en a notamment dirigé les affaires monétaires et financières, avant d’occuper la stratégique fonction de directeur général de la coopération(2013-2015)puis de rejoindre la Commission de la Cedeao, à Abuja (Nigeria),
en 2016, en tant que directeur chargé de la stabilité macroéconomique et de la surveillance multilatérale des politiques économiques et financières des États membres.

Sa première mission : apaiser la grogne de ses agents contre la réforme du fonds commun du Minefid, dont le montant est estimé à plus de 50 milliards de F CFA (plus de 76,2 millions d’euros) pour 2018, au lieu de 7,43 milliards en 2010. L’exécutif voulait réduire le montant de ce fonds en plafonnant ses versements à 25 % de la rémunération annuelle de chaque bénéficiaire.

Une prime de motivation pour les agents

« Les syndicats ont répondu par un front social pernicieux, en sabotant les services. Une mutation des modes de lutte qui, je pense, va coûter extrêmement cher à l’État », prévient Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, chercheur en économie et directeur de l’Institut Free-Afrik.

Le 24 avril, un décret pris en conseil des ministres a supprimé le principe du fonds commun. En revanche, il instaure une prime de motivation trimestrielle, qui sera versée aux agents pendant les trois prochaines années, dont les montants varient entre 400 000 F CFA par trimestre pour les agents des catégories D et E, et 900 000 F CFA pour les cadres supérieurs. Pour Lassané Kaboré, cette mesure vise à éponger les crédits contractés sur la base du fonds commun auprès des banques.

Le ministre devra par ailleurs favoriser l’installation de mécanismes innovants pour assurer le financement des chantiers inscrits dans le plan national de développement économique et social, sachant que les deux tiers de son coût, estimé à 15 400 milliards de F CFA, sont censés être financés par le secteur privé.

Tenir le cap des réformes

Il lui faudra aussi poursuivre la réforme de l’administration des impôts et des douanes, ainsi que celle de la fiscalité – lesquelles ont fait leurs preuves, puisque les recettes propres de l’État ont atteint 142,7 milliards de F CFA en janvier (contre 116,5 milliards en 2018, à la même période) pour des dépenses de 83 milliards.

« Les contraintes structurelles de l’économie n’ont cependant pas été réglées, comme la crise de l’énergie, qui n’a jamais été aussi sévère qu’en 2018 », indique Ra-Sablga Seydou Ouédraogo. Tout comme le FMI, ce dernier rappelle que, si l’économie burkinabè s’est montrée résiliente, ses perspectives, qui sont plutôt positives, risquent d’être revues à la baisse en raison de la menace de nouvelles attaques terroristes, qui pourraient peser sur le secteur minier et sur le tourisme, ainsi que des troubles sociaux, qui pourraient compromettre la perception des recettes et accentuer la pression sur les dépenses courantes.


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Qu’il s’agisse de prévenir ces risques ou de les compenser, Lassané Kaboré devra tenir ferme le cap des réformes pour préserver la stabilité macroéconomique et favoriser une croissance inclusive.

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