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Cet article est issu du dossier «Législatives au Bénin sans l'opposition : les enjeux d'un scrutin inédit»

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Politique

Législatives au Bénin : Patrice Talon face aux accusations de « recul de la démocratie »

Le chef de l’État en audience le 24 octobre 2018. © Présidence Bénin

Élu avec 65 % des voix en mars 2016, le président béninois rêvait d’un nouveau départ pour son pays. Trois ans plus tard, les indicateurs économiques sont au vert. Sur le plan démocratique, c’est une autre histoire…

La plupart des réformes institutionnelles et politiques entreprises par le président Patrice Talon divisent les Béninois. Plus grave, certains dénoncent un « recul de la démocratie et de l’État de droit ».

À deux reprises, le Parlement a rejeté les projets de révision constitutionnelle soumis par le gouvernement. Les syndicats sont vent debout contre la limitation du droit de grève pour certains corps de métier : magistrats, policiers, agents de santé…

Et la réforme en cours du Conseil supérieur de la magistrature, qui se traduira par une augmentation du nombre de représentants du gouvernement au sein de cette instance disciplinaire (huit, au lieu de trois auparavant), rend folle de rage l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab), qui n’y voit qu’une « odieuse invasion » destinée à asseoir l’hégémonie du pouvoir politique sur le judiciaire. Les juges redoutent « représailles et règlement de comptes ».

Une Criet décriée

Patrice Talon, président de la République du Bénin, à Cotonou en 2016. © Youri Lenquette pour Jeune Afrique

L’opposition s’indigne contre son « exclusion » et estime que la consultation va se réduire à un « match amical »

La création, en juillet 2018, d’une Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) traduit certes la volonté du président Talon d’améliorer l’efficacité de la lutte anti­corruption. Mais les opposants l’accusent de pratiquer le « deux poids, deux mesures » et d’être avant tout « au service de la répression des adversaires du régime ».

La controverse suscitée par les réformes politiques a culminé avec l’adoption d’une loi définissant une charte des partis politiques et un nouveau code électoral. Furieuse, l’opposition ne peut participer aux élections législatives du 28 avril – une première dans l’histoire électorale béninoise –, ce qui n’améliorera pas l’image démocratique du pays. Le président Talon lui-même le regrette, mais assume sa décision.


>>> À LIRE – Législatives au Bénin sans l’opposition : les enjeux d’un « match amical » inédit


« L’opposition ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Elle a engagé un bras de fer qu’elle a perdu et n’a pas été à la hauteur des exigences des nouvelles lois », commente Yonnantché Boya, président du Mouvement des jeunes de la mouvance présidentielle. À l’inverse, l’opposition s’indigne contre son « exclusion » et estime que la consultation va se réduire à un « match amical » entre deux partis (le Bloc républicain et l’Union progressiste) appartenant à la mouvance présidentielle.

Grands travaux

Lancement des travaux dans le quartier Haie-Vive de Cotonou, début janvier. © ADEWOLE/AID pour JA

Le programme présidentiel « Bénin révélé » compte des dizaines de projets de réformes et de grands travaux d’un coût global astronomique

Résultat, cette crise politique éclipse les réformes socio-­économiques en cours. Lancé le 16 décembre 2016, le programme présidentiel baptisé « Bénin révélé » compte des dizaines de projets de réformes et de grands travaux d’un coût global assez astronomique : plus de 9 000 milliards de F CFA (13,7 milliards euros). Ses principaux objectifs ? La transformation structurelle de l’économie, l’assainissement du cadre macroéconomique, le maintien de la stabilité et l’amélioration de la croissance.

De ce point de vue, les progrès sont réels. Le taux de croissance, qui était de 2,1 % en 2015, est passé à 4 % en 2016 et à 5,8 % en 2017. Selon les projections, il sera de 7,6 % cette année. Par ailleurs, la réforme des régies financières a permis de beaucoup mieux mobiliser les recettes : + 111 % au premier semestre de 2018 s’agissant de l’administration fiscale. Diagnostic du FMI : « La performance du Bénin reste forte, la situation budgétaire s’est nettement améliorée, et les perspectives économiques à moyen terme sont favorables. »


>>> À LIRE – Relance économique : le Bénin au milieu du gué


Des acquis fragilisés par la crise politique

Yonnantché Boya, Président de la CMND. © Fiacre Vidjingninou pour JA

Les réformes considérées comme difficiles sont indispensables pour parvenir à des résultats durables en matière de développement

Preuve de la confiance qu’inspire désormais l’économie béninoise, l’opération de levée d’eurobonds lancée en mars a été un joli succès : plus de 1 milliard d’euros levés dès la première journée, alors que le besoin exprimé ne dépassait pas 500 millions. La bonne santé de l’économie béninoise est largement portée par les performances du secteur agricole : la production a atteint globalement 597 986 de tonnes en 2017-2018, soit une croissance de 222 % par rapport à 2015-2016.

L’indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique place le Bénin en deuxième position au sein de l’Uemoa, et l’indice de performance logistique de la Banque mondiale en fait de même, mais au sein de la Cedeao. Éligible, dès 2017, au programme « Compact with Africa » du G20 en raison son engagement en faveur de la réforme et de sa bonne gouvernance, le Bénin fait partie des cinq pays sélectionnés au niveau mondial pour bénéficier de l’initiative de soutien aux Objectifs de développement durable (ODD).

« Nous avons aujourd’hui des acquis. Les réformes considérées comme difficiles sont indispensables pour parvenir à des résultats durables en matière de développement », estime Yonnantché Boya. Mais la partie n’est pas encore gagnée. Des voix s’élèvent au Bénin pour estimer que l’actuelle crise politique « fragilise » ces acquis. Et que le mérite de Patrice Talon en est affecté.

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