Médias

[Tribune] Julian Assange ou l’extradition de la liberté

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Avocate camerounaise, directrice exécutive d'Internet sans frontières.

Un manifestant porte une photo du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, à Lisbonne le jeudi 25 avril 2019. © Armando Franca/AP/SIPA

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, arrêté à la mi-avril par la police britannique dans l’ambassade d’Équateur à Londres, n'a fait que divulguer des informations d'utilité publique, selon l'avocate camerounaise Julie Owono.

L’arrestation de Julian Assange, à la mi-avril, a fait l’effet d’une douche froide auprès des défenseurs de la liberté de la presse et de l’internet libre. Après avoir passé presque sept ans reclus à l’ambassade d’Équateur à Londres, le lanceur d’alerte et journaliste a été lâché par les autorités de ce pays, au mépris de toutes les règles du droit international et de la nécessaire protection des libertés publiques. Cette interpellation est inquiétante.

Elle est aussi révélatrice de notre entrée dans une ère transitoire : celle où la technologie contribuera soit au renforcement de la démocratie, soit à sa mort. Pour comprendre ce qui se joue, petit retour sur les faits d’armes du cybermilitant.

En 2010, le site d’Assange, WikiLeaks, publie en accès libre une vidéo et des documents classés secret-défense qui montrent des soldats américains commettant des crimes en Irak et en Afghanistan au nom de la lutte contre le terrorisme.

Réaction disproportionnée

Mais l’une des premières révélations de WikiLeaks, en 2006, concernait un scandale de détournements de fonds publics impliquant l’ex-président kényan Daniel arap Moi. En 2010, la publication de milliers de câbles diplomatiques américains contribue largement au déclenchement du Printemps arabe.

Ces leaks ont été rendus possibles grâce à une analyste militaire américaine, Chelsea Manning, qui sera condamnée en 2013 à trente-cinq ans de prison, puis libérée en 2017 par Barack Obama. Avant d’être de nouveau incarcérée, sous Donald Trump, pour avoir refusé de témoigner dans une nouvelle enquête visant WikiLeaks et son fondateur.

La réaction disproportionnée de l’Occident est un renoncement grave à des principes que l’on pensait universels et immuables

Ce qui frappe dans la saga Assange-Manning, c’est l’acharnement avec lequel deux administrations américaines successives – et certains de leurs alliés européens – pourchassent des individus dont le seul crime est d’avoir utilisé les nouvelles technologies pour livrer au monde une information d’utilité publique. La réaction disproportionnée de l’Occident est un renoncement grave à des principes que l’on pensait universels et immuables, notamment la protection d’une presse libre et la promotion d’une société démocratique.


>>> À LIRE – WikiLeaks : le cocktail africain


Certes, quelques-uns pointent du doigt un autre versant, moins glorieux, de l’action d’Assange : il aurait participé à des attaques ciblées contre l’Occident au profit de la Russie. Cela n’efface pas le reste. Et quelle ironie que la Russie de Vladimir Poutine, où est exilé Edward Snowden, un autre lanceur d’alertes, ait été la première à accuser Londres d’étrangler la liberté.

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