Justice

Corruption au Maghreb : « La rente n’est pas aux mains d’un seul clan »

Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major et vice-ministre algérien de la Défense, à Alger le 1er juillet 2018. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Pour lutter contre la corruption, l'Algérie, comme la Tunisie avant elle, a lancé une grande purge au sein des milieux d'affaires. Décryptage de Malik Boumédiène, maître de conférences et spécialiste des transitions démocratiques dans la région.

Alors que l’Algérie a initié une grande purge dans les milieux d’affaires proches d’Abdelaziz Bouteflika, la Tunisie avait elle aussi connu des limogeages importants autour de la famille Ben Ali-Trabelsi.

Interview de Malik Boumédiène, maître de conférences en droit et sciences politiques à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès, rattaché au Centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux, spécialiste des transitions démocratiques dans la région.

Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, promet de poursuivre « toute la bande » impliquée dans des faits de corruption. Sous le couvert de la justice, n’y a-t-il pas le risque d’une logique de purge ?

Les politiques sont intimement liés aux milieux d’affaires. Je crains qu’il ne s’agisse surtout d’une opération de communication pour laisser penser qu’une page se tourne. Je ne crois pas qu’un clan en particulier sera purgé, mais plutôt que les personnes qui ont le moins de poids dans le rapport des forces actuel serviront d’exemple.

D’autres pays de la région ont-ils connu ce genre de nettoyage économique avant même qu’une transition ne soit mise en place ?

Transition économique et politique vont de pair. Dans l’Égypte de Sissi, qui vise le développement à tout prix, des enquêtes pour corruption ciblent Moubarak, mais les hommes de pouvoir sous contrôle du maréchal peuvent profiter de la corruption. La Tunisie, au contraire, a connu une purge radicale autour de la famille Ben Ali-Trabelsi, car ses membres étaient connus de la population. En Algérie, c’est plus compliqué de savoir qui détient le pouvoir financier, et dans quelle proportion. L’argent part souvent à l’étranger. Et la rente n’est pas aux mains d’un seul clan.


>>> À LIRE – Tunisie : sur la piste des clans Ben Ali – Trabelsi


En cas de transition, la Tunisie pourrait-elle servir d’exemple ou de repère ?

En Tunisie, l’instance chargée de la justice transitionnelle n’a pas pu enquêter sur les dossiers économiques comme elle le souhaitait, faute d’avoir eu accès aux documents. Le pays a aussi adopté une loi d’amnistie économique pour les fonctionnaires. L’arsenal juridique seul ne suffit pas. C’est lors de la mise en œuvre de ses dispositions que cela se complique. En Algérie, il y a d’autant moins de garantie que la justice est corruptible. Le processus risque donc de tomber dans l’oubli.

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