Écoles de commerce

Formation en Afrique : l’e-learning, un modèle qui cherche à convaincre

Par  | 

Au Maghreb comme en Afrique subsaharienne, les écoles de commerce investissent de plus en plus dans les cours en ligne. Reste à faire tomber certaines barrières du côté des enseignants et des étudiants.

« C’est l’avenir de l’enseignement. Les étudiants ne peuvent plus rester assis à écouter un professeur durant deux ou trois heures », s’enthousiasme Malick Faye, directeur de la business school et des accréditations de BEM Dakar. Plus qu’une solution pour désengorger les salles de classe tout en touchant un plus grand nombre d’étudiants, la formation en ligne (ou e-learning) séduit toute une génération née un Smartphone à la main.

Son atout est qu’elle ne remplace pas totalement les enseignements classiques. Les écoles qui y ont recours privilégient pour la plupart les formats hybrides qui permettent aux étudiants d’arriver en classe mieux préparés. À l’EM Lyon, des modules de formation en comptabilité, en informatique ou en langues sont dispensés en ligne en amont des cours.

Autoévaluation

Les étudiants s’autoévaluent, ce qui permet ensuite aux professeurs d’optimiser les cours en constituant des groupes par niveaux. « Avec la transformation numérique, tous les métiers se métamorphosent. C’est important qu’un étudiant sache se former par lui-même », ajoute Amina Bouzguenda-Zeghal, directrice générale de l’université Paris-Dauphine Tunis.

EM Lyon Casablanca a conçu trois moocs.

EM Lyon Casablanca a conçu trois moocs. © AYOUB GOUACH/EML

Les écoles n’hésitent plus à débloquer des sommes importantes pour aller plus loin dans ce domaine. Le mois dernier, l’université Paris-Dauphine, qui possède un ­campus à Tunis et un autre à Casablanca, a annoncé un million d’euros d’investissements.


>>> À LIRE – École de commerce : ces anciens étudiants formés par et pour l’Afrique


Depuis 2009, Sup de Co Dakar a investi plus de 250 millions de francs CFA (un peu plus de 380 000 euros) pour développer ses programmes numériques. À l’Esca de Casablanca, 300 modules de formation et 25 000 références bibliographiques sont disponibles sur sa plateforme en ligne, créée en 2013.

Partenariats

L’EM Lyon de Casablanca concentre sa production de moocs (cours en ligne ouverts à tous) sur des ­problématiques locales. Le groupe en a conçu trois, liés à l’innovation et à l’entrepreneuriat. D’autres établissements orientent leurs élèves vers des ­plateformes de jeux d’entreprise, qui simulent des négociations commerciales.


>>> À LIRE – Classement JA des écoles de commerce 2019 : les business schools africaines en quête d’un modèle


L’autre façon d’enrichir le catalogue de contenus numériques est d’acquérir des licences ou de nouer des partenariats. Ainsi, l’université Paris-Dauphine Tunis s’intéresse actuellement à des start-up locales, comme AfricaTek Academy, entreprise spécialisée dans la formation, pour répondre aux besoins en compétences des sociétés tunisiennes dans les domaines de la programmation, du big data ou de l’intelligence artificielle.

L’e-learning requiert des capacités d’autonomie, d’auto­gestion et de rigueur que les étudiants ne possèdent pas forcément.

Certains travaux de recherche viennent néanmoins tempérer l’enthousiasme des écoles pour la formation en ligne. Ceux de Clément Dussarps, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bordeaux, pointent du doigt le sentiment d’abandon ressenti par les apprenants face à un cours en ligne. Les limites du modèle sont particulièrement marquées côté étudiants. L’e-learning requiert, en effet, des capacités d’autonomie, d’auto­gestion et de rigueur qu’ils ne possèdent pas forcément.

Apprendre seul devant son écran, c’est faire l’impasse sur une « connaissance de groupe engendrée par une relation en présentiel capable de ­provoquer une communication féconde », conclut une étude de l’université de Genève, qui souligne la place centrale du formateur dans l’acquisition du savoir.


>>> À LIRE – L’Université virtuelle de Côte d’Ivoire lance sa plateforme de Moocs


Les enseignants restent aussi à convaincre. « Numériser un cours suppose beaucoup de rigueur dans la conception, la scénarisation et la mise en œuvre », insiste Malick Faye. Plus ludiques et plus denses, les modules d’e-learning nécessitent de savoir animer des vidéos, de concevoir des quiz, des rappels et des exercices. Autant de compétences complètement étrangères à certains profils peu à l’aise avec la vidéo et l’outil internet. L’avenir de l’enseignement passe donc aussi par la capacité des enseignants à s’adapter à ces nouvelles attributions.

Recevez les meilleures opportunités

Fermer

Je me connecte