Interview

Jean-Marie Peretti (Essec) : « Il y a beaucoup de ressources locales disponibles pour financer les écoles »

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Conseils aux futurs étudiants, qualité pédagogique et liens entre entreprises et écoles, l'expert en RH et professeur à l'Essec revient sur les mutations d'un secteur de plus en plus privatisé en Afrique et ailleurs.

Professeur et chercheur en ressources humaines à l’Essec, le Français Jean-Marie Peretti est également président de l’Institut international de l’audit-social. Il intervient régulièrement au sein d’écoles en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale au travers de cours et de colloques.

Jeune Afrique : Quels conseils donneriez-vous aux futurs étudiants pour choisir une bonne école ?

Jean-Marie Peretti : Il faut avant tout ne pas se fier à leur communication et aller rencontrer directement des anciens élèves, échanger avec eux sur leur expérience, chercher à savoir ce qu’ils ont vécu et quelles compétences ils ont acquises. Ainsi, on sait très vite si les enseignements de tel ou tel établissement sont obsolètes, si l’accès à la documentation est restreint ou si les effectifs sont trop nombreux.

Les cours doivent être assurés par des chercheurs en prise avec les contextes locaux. »

En tant que professeur, comment jugez-vous de la qualité d’une école ?

Une école fonctionne bien si son taux d’emploi à la sortie est élevé. Dans le contexte africain, le fait de posséder un département entrepreneuriat et un incubateur est également important. Cela permet de transmettre l’esprit d’entreprendre et de créer un véritable écosystème d’accompagnement

, notamment financier.

Enfin, les cours doivent être assurés par des chercheurs en prise avec les contextes locaux. Ils doivent présenter des cas pratiques et se fonder sur des exemples locaux.


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Quelles sont les bonnes pratiques pour créer un authentique lien école-entreprise ?

La meilleure méthode est de créer des chaires d’enseignement en partenariat avec des entreprises. La mise en place de clubs de DRH ou de comités de pilotage constitués de dirigeants d’entreprise est aussi un moyen de rencontrer régulièrement les acteurs économiques, d’échanger sur l’organisation d’événements, les besoins de recrutement, l’évolution des métiers et la conception des programmes.

Croire que l’on peut gagner de l’argent avec l’enseignement est absurde. »

Comment percevez-vous l’arrivée des fonds d’investissement dans le secteur de l’éducation ?

Les États font le choix de privatiser l’enseignement parce qu’ils n’ont pas la capacité d’accueillir tous les étudiants. Mais cela aboutit à la création d’établissements qui communiquent plus qu’ils ne forment.

Croire que l’on peut gagner de l’argent avec l’enseignement est absurde. Je trouve cela d’autant plus désolant que le continent n’a pas besoin de fonds étrangers pour financer le secteur. De l’argent à investir dans les écoles, il y en a beaucoup localement.

De plus, ces fonds vont écrémer. Les étudiants qui n’auront pas les moyens de payer seront laissés de côté. Paradoxalement, ces écoles auront un bon taux d’insertion dans l’emploi parce qu’elles ne ­recruteront que des étudiants de l’élite, qui ont déjà un réseau.

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