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Histoire : (re)découvrir Toutankhamon

Le masque mortuaire de la momie du pharaon égyptien Toutankhamon. © Jens Meyer/AP/SIPA

Les trésors du célèbre pharaon Toutankhamon ont entamé l’an dernier une ultime tournée mondiale qui les conduit aujourd’hui à Paris. Retour sur l’épique découverte du tombeau d’un jeune roi dont la vie reste nimbée de mystère.

«Des merveilles ! » C’est par ces mots que la légende Toutankhamon (mort en – 1327) a commencé. Ils sont ceux de Howard Carter. Alors qu’il tente d’y voir plus clair à travers l’étroite ouverture pratiquée dans la porte du tombeau, l’archéologue anglais est pressé par son camarade Lord Carnarvon de dire ce qu’il aperçoit.

La flamme de la bougie vacille, tout n’est pour le moment que formes obscures. Puis c’est la stupeur : dans la pénombre se dessinent « d’étranges animaux, des statues, et, partout, le scintillement de l’or ».

Un tombeau oublié jusqu’au XXe siècle

À l’époque déjà – nous sommes dans les années 1910 – , la Vallée des Rois a été explorée dans ses moindres recoins, retournée par les différentes fouilles archéologiques. Au point que la plupart des égyptologues se montrent pessimistes quant aux chances de Howard Carter de découvrir le tombeau de Toutankhamon. Les premières saisons de fouilles, infructueuses, semblent d’abord donner raison aux sceptiques.

Jusqu’à ce coup de pioche du 4 novembre 1922 qui laisse apparaître une marche taillée dans le roc, non loin du tombeau de Ramsès VI. Un escalier entier est peu à peu dégagé des sables. Il donne sur une porte scellée par une figure du dieu Anubis dominant les neuf ennemis de l’Égypte : le signe que celui qui repose en ces lieux est un personnage de haut rang.

L’euphorie laisse bientôt place à l’inquiétude : la porte présente des traces d’effraction

Comment ce tombeau a-t-il pu échapper non seulement à la vigilance des archéologues, mais aussi à la rapacité des pilleurs de tombeau ? Howard Carter n’est pas encore certain qu’il s’agisse bien de celui de Toutankhamon, il doit encore déblayer le bas de la porte. Très vite, le doute n’est plus permis : le sceau apposé sur la partie inférieure est bien celui de Toutankhamon !

Mais l’euphorie laisse bientôt place à l’inquiétude : la porte présente des traces d’effraction. Tout indique que des pilleurs sont bien passés par là peu après l’enterrement du pharaon. Pour autant, le tombeau n’a pas été entièrement vidé, puisque sa première porte a été soigneusement scellée après sa réouverture. Avant de tomber dans l’oubli, jusqu’au XXe siècle donc.

La momie du pharaon Akhenaton, le père de Toutankhamon, lors d'une conférence de presse au Caire. © Reuters

Fils d’Akhenaton

Si Toutankhamon est aujourd’hui l’un des pharaons les plus célèbres de l’histoire de l’Égypte, l’état des connaissances à son sujet, à la découverte de son tombeau, est pour le moins parcellaire. Nous ne sommes alors à peu près sûrs que de deux choses le concernant : il est mort et a été enterré, écrit en substance Howard Carter. Des études génétiques révéleront en 2010 qu’il est le fils du pharaon Akhenaton et de sa sœur.

Il s’agit de la dix-huitième dynastie pharaonique, qui connaît une période de troubles profonds en Égypte. L’Empire subit les attaques répétées des hordes de Hittites, un peuple originaire d’Anatolie. Le pays connaît aussi des bouleversements religieux, le pharaon Akhenaton ayant institué le culte monolâtre du dieu-soleil Aton.


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À sa naissance, Toutankhamon s’appelait en effet « Toutankhaton », soit « l’image vivante d’Aton », avant de prendre son nom définitif à la faveur du rétablissement du culte du dieu thébain Amon. Une émouvante statue de ce dernier protégeant le jeune pharaon, présentée à l’exposition, témoigne du retour à l’orthodoxie avec l’avènement de Toutankhamon, à l’âge de 9 ans. Mais, certainement trop lié au règne de son hérétique de père, le jeune pharaon subit les outrages de ses successeurs. Les inscriptions qui font référence à son règne sont effacées des monuments officiels sous la dix-neuvième dynastie, les statues le représentant quasi systématiquement vandalisées et son culte oublié.

« Le spectacle le plus étonnant de l’archéologie égyptienne »

Lui-même ne laissera pas de postérité. Les momies de ses deux enfants morts en bas âge sont retrouvées par Howard Carter. Les analyses de 2010 indiquent qu’ils sont les fruits de l’inceste entre Toutankhamon et sa sœur, une pratique visiblement courante entre membres de la dynastie. Le défunt pharaon est aussi accompagné d’une petite armée de serviteurs – 413 chaouabtis en bois, quartzite, calcite, calcaire, granite ou faïence – dotés d’outils pour accompagner leur roi dans l’autre monde.

De la nourriture était même entreposée dans des récipients ovoïdes en bois. Mais ces touchants témoignages de sollicitude sont vite oubliés au regard de l’incroyable richesse du trésor découvert par l’archéologue anglais : « Jamais sans doute, dans toute l’histoire de l’archéologie égyptienne, il n’a été donné à qui que ce soit de contempler spectacle aussi étonnant », écrit un Howard Carter encore sous le choc après l’ouverture de la deuxième porte.


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À mesure que la lumière pénètre le lieu pour la première fois en trois millénaires, une profusion de merveilles se fait jour : ici des coffres en bois précieux, un gros serpent doré, un trône en or ; là des chars étincelants d’or et de pierres incrustées. Dans une cache attenante, une magnifique chaise d’ivoire et d’or, des vases d’albâtre et de faïence. Les différentes équipes de pillards n’ont visiblement pu venir à bout d’une telle abondance. Certains ont probablement été surpris dans leur travail, des objets sans rapport jonchant le sol à certains endroits.

Howard Carter met au point des techniques novatrices, encore employées par l’archéologie moderne, déplaçant les trésors sans les endommager et notant leur emplacement précis

« Puis, sur la droite […], deux statues du roi en bois [dont l’une visible à l’exposition], grandeur nature, se faisant face telles des sentinelles, habillées d’un pagne et chaussées de sandales d’or […] », poursuit Carter. Les deux colosses au regard intimidant gardent une nouvelle porte, derrière laquelle se trouve certainement le but de l’expédition archéologique : le sarcophage de Toutankhamon.

Pour l’heure, il faut répertorier, photographier et transporter les milliers d’objets de l’antichambre avant d’envisager d’accéder à la chambre funéraire. Howard Carter met au point des techniques novatrices, encore employées par l’archéologie moderne, prenant un soin infini à déplacer les trésors sans les endommager et à noter leur emplacement précis.

Le sarcophage doré du roi Toutankhamon dans sa chambre funéraire de la Vallée des Rois près de Louxor. © AFP

Cercueil en or

Le 17 février, Howard Carter peut dégager la troisième porte devant une auguste assistance de notables égyptiens et de spécialistes anglais. Une chapelle recouverte de feuilles d’or remplit pratiquement la chambre funéraire et donne sur une seconde chapelle, dont la porte arbore un sceau intact : la tombe du pharaon n’a pas été profanée.

La plupart des pièces exposées proviennent de cette chambre, que Howard Carter a dû faire vider avant de procéder, enfin, à l’examen du sarcophage lui-même, qui n’aura lieu qu’en octobre 1925. Après de minutieuses précautions pour soulever le couvercle du sarcophage et dégager le cercueil en or sculpté, la momie du pharaon se révèle, sous un masque d’or splendide. Le visage de Toutankhamon est remarquablement conservé.

Son crâne, étrangement déformé, donne une indication des tares génétiques dont le jeune pharaon était affecté. Pour autant, les causes de sa mort prématurée n’ont pu être précisées qu’en 2010, quand l’étude complémentaire de Zahi Hawass, ancien ministre égyptien des Antiquités, révèle une fracture du fémur gauche et un pied-bot, auxquels il faut ajouter un très probable cas de paludisme.

Dans les conditions sanitaires de l’époque et vu la constitution fragile de Toutankhamon, il n’en fallait pas plus pour mettre un terme au règne éphémère du plus célèbre des pharaons.


La Fabuleuse Découverte de la tombe de Toutankhamon, de Howard Carter, éditions Libretto, 176 pages, 8,10 euros.

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